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Notre classe

Les énergéticiens vont durcir le mouvement

"Nouvelles coupures en perspective", promet Olivier Fégueux, CGT Energie

Il avait l’air survolté, le premier ministre, mardi après-midi, à l’Assemblée nationale : « procéder à des coupures sauvages de courant, c'est méconnaître la démocratie et la loi. Tout ça doit être sanctionné, car ce n'est pas acceptable ». Dans les prochains jours, il risque de s’étrangler encore un peu plus car la CGT Energie a prévu de durcir son mouvement et de nouvelles actions coups de poing.

jeudi 23 janvier

Faire grève, c’est bloquer l’outil de travail, avec ce que cela implique. C’est ce qui préside aux coupures auxquelles procèdent les militantes et les militants de la Fédération Nationale Mines et Energie de la CGT, en première ligne, cette semaine, du combat contre la réforme Macron-Philippe des retraites. C’est ce que détaille Olivier Fégueux, responsable CGT de la FNME pour l’Ile-de-France.

35.000 foyers dans le noir. C’est ainsi que la presse a couvert, mardi matin, l’action qui a été menée par les énergéticiens et qui visait, au niveau du Val-de-Marne, l’aéroport d’Orly et le grand marché de Rungis. « En effet, assume Mégueux. L’action qui a été décidée sur le piquet, dans le 94, ce matin, a impacté pendant deux petites heures 35.000 clients. Mais aussi et surtout deux mastodontes comme Orly et Rungis, et c’était bien ça, notre objectif. L’électricité a été rétablie au bout de deux heures au niveau des foyers, précise Mégueux, qui comprend les désagréments mais souligne par ailleurs combien les travailleurs de l’énergie sont soucieux et attentifs à la question des coupures pour impayés et sont les premiers à revendiquer un vrai service public de l’énergie, avec des tarifs accessibles. Côté gouvernement, en revanche, l’intention était tout autre. On nous a envoyé le secrétaire d’Etat à la Ville et au Logement nous taper dans la tronche. Mais il faut arrêter de tout confondre. Tout ce qu’il se passe, c’est la responsabilité de Macron et de son gouvernement. Ce sont eux qui n’écoutent pas ce qu’il se passe et refusent de retirer cette réforme. C’est pour cela qu’il y a des grèves et des actions ».

« Côté patronat,, poursuit-il, on a deux patrons de compagnies aériennes qui ont menacé de porter plainte pour "mise en danger de la vie d’autrui" car, paraît-il, on aurait privé de courant la tour de contrôle d’Orly. Bien entendu, on était absolument sûrs de ce que l’on faisait, mais l’objectif était de nous faire passer pour des dingues. Deux heures après cette sortie, Enedis a dû démentir. Jamais le courant n’avait été coupé. En cas de coupure au niveau du réseau RTE ou de la fourniture d’électricité, bien entendu que la tour de contrôle d’un aéroport est couverte. De notre côté, on a démontré notre maîtrise de l’outil, et on continuera avec les actions ».

Celle de Rungis-Orly n’était pas la seule, ce mardi. Il s’agissait de la plus spectaculaire, sans doute, mais c’était loin d’être une action isolée. Fégueux revient en effet sur « plusieurs actions au niveau de l’Île-de-France avec des coupures ciblées, notamment, au niveau de plusieurs dépôts de bus RATP. On sait que les grévistes ont dû reprendre le travail, souvent. En lien avec nos camarades de la CGT RATP et d’autres organisations syndicales, on a donc décidé de cibler symboliquement plusieurs centres stratégiques, que ce soit à Gennevilliers, dans le 94 ou le 93 ».

Le calendrier va être chargé, d’ici au 24 janvier, et même après. C’est ce que souligne Fégueux : « Nous avons des journées d’action tous les jours, et nous appelons à rester fortement mobilisés jusqu’à lundi soir, le 27. Nous avons déjà un canevas d’actions, mais on ne va pas s’arrêter-là. On veut durcir le mouvement. L’objectif est de mettre des sites en carafe et le maximum de collègues en grève ». Les énergéticiens sont loin d’avoir épuisé toutes leurs forces, en effet. Ils sont dans le mouvement depuis décembre « en tout cas sur les initiatives fortes. A l’époque, déjà, pour nous taper sur la gueule, un député LREM nous avait traités de "terroristes". Le jour après il se retrouvait sans électricité. Ce qui est sûr, c’est qu’on veut démultiplier les actions et intensifier le mouvement qui, lui, est loin d’être fini ».

Les actions revendiquées par la Fédération énergie de la CGT sont loin de plaire à tout le monde, au niveau syndical. Ça n’aura échappé à personne. Après la mobilisation coup de poing en direction du siège de la CFDT, lundi, l’organisation de Laurent Berger a annoncé son intention de porter plainte. Au niveau de la confédération cégétiste, l’enthousiasme n’est pas toujours au rendez-vous, non plus. « Malgré toutes les difficultés et les différences qu’on peut avoir, précise Fégueux, on est très en lien avec notre confédération. De notre côté, on est très clairs : dès qu’un syndicat territorial mène une action qui est décidée démocratiquement, alors obligatoirement on cautionne. Une grève, c’est des piquets de grève et des AG qui prennent les choses en main ».

Et les ennuis judiciaires et les représailles possibles ? Fégueux sourit : « Vous savez, on n’aura pas peur des représailles, et en disant ça je pense tout particulièrement à mes camarades de Dordogne interpellés ce matin. Des coups de pression à répétition, on en subit depuis 2004, l’année de notre privatisation. Et lorsqu’un de nos camarades est mis en cause, on considère que c’est toute l’organisation qui est visée, et on répond. Et quand on répond, on ne répond pas gentiment », poursuit-il toujours aussi détendu.

Changement de ton, en revanche, au sujet de l’affaire CFDT. « Cette histoire est ahurissante. L’électricité du siège national a été coupée pendant 3 ou 4 minutes, et c’est un scandale ? Mais quand ce sont des familles avec des gamins qui sont coupées pour impayés – avant que ce soient les Robins-des-Bois qui les raccordent à nouveau – ou quand, après des tempêtes, les collègues interviennent pendant des jours sur des réseaux complètement pourris pour rétablir le courant à des dizaines de milliers de foyers, privés d’électricité pendant plusieurs jours, parfois, ça fait la une de la presse ? Non ! Personne n’en a rien à faire. Mais quand il s’agit d’une coupure à la CFDT, relais du patronat et du gouvernement, ça dérange tout le monde. Enfin, je me comprends ». En effet, compliqué de trouver, au-delà de ce qu’a pu raconter BFM, quiconque, dans notre camp social, que les actions des énergéticiens n’ait pas fait sourire. Ou applaudir.

[Propos recueillis par JBT]




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