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Obligation vaccinale. "Les suspensions sont illégales !" Marie-Laure Charchar, déléguée CGT au CHU de Bordeaux

L’instauration du passe sanitaire pour le personnel hospitalier, en vigueur depuis le 5 août, a mis à mal les établissements de santé, déjà en sous-effectifs. Au CHU de Bordeaux, Marie-Laure Charchar, secrétaire générale de la CGT Blanchisserie dénonce les sanctions imposées à ses collègues et pointe les méthodes illégales utilisées par la direction pour suspendre des agents.

mardi 28 septembre

Marie-Laure Charchar est secrétaire générale de la CGT Blanchisserie du CHU de Bordeaux. Depuis le début de la crise sanitaire, elle et ses collègues ont dénoncé le manque de moyens et de personnels dont souffrent les buandiers et menés plusieurs grèves, dont celle de janvier dernier.

L’application du passe sanitaire vient aggraver leurs conditions de travail, alors que plusieurs agents se sont vus menacés de suspension, par des méthodes illégales. Une situation dénoncée par la secrétaire générale, qui appelle à se saisir de la journée de mobilisation du 5 octobre en défense des acquis sociaux et contre les mesures autoritaires du gouvernement.

Révolution Permanente : Quelles conséquences du passe sanitaire as-tu observées au CHU de Bordeaux ?

Marie-Laure Charchar :

Le passe sanitaire, qui équivaut à un chantage à la vaccination, s’applique pour tous les personnels de santé depuis le 5 août, faute de quoi des sanctions sont applicables depuis le 15 septembre. On estime qu’il y a eu environ 20 000 suspensions à l’échelle nationale depuis mi-septembre avec des conséquences comme à Mulhouse où le plan blanc a dû être déclenché au niveau de l’hôpital par manque de personnel, à cause de la suspension de quasiment 170 soignants ! Sur l’ensemble des hôpitaux de Bordeaux, 150 hospitaliers étaient également concernés par de potentielles sanctions mi-septembre s’ils ne présentaient pas de passe sanitaire, selon les chiffres de la direction des ressources humaines. C’est catastrophique car les services hospitaliers souffrent déjà du manque d’effectif.

Au niveau de ton service par exemple, comment ces sanctions sont-elles appliquées ?

Le pire, c’est que les méthodes avec lesquelles on tente d’appliquer ces suspensions sont illégales ! A la blanchisserie, la direction est venue me prendre à part le 14 septembre, la veille de l’application des sanctions, pour m’expliquer que cinq agents allaient être suspendus. Je n’ai rien répondu, car tant que rien n’est mis par écrit ces paroles n’ont aucune valeur, et je ne veux pas céder à ce genre de coup de pression et rentrer dans un jeu de négociations. Par la suite, elle a directement appelé les personnels concernés, pour leur annoncer qu’ils étaient suspendus, sans aucune notification écrite : ceci est illégal ! J’ai directement réagi et imposé à la direction de les rappeler pour leur dire de revenir travailler le lendemain.

La semaine suivante, une des agentes a été convoquée par la DRH qui ne lui a même pas laissé la possibilité de poser ses congés pour éviter d’être suspendue. Elle a dû aller se faire vacciner contre son gré, et n’a eu le droit à aucun temps de repos. Le lendemain, elle était sur son poste, et on voyait qu’elle ne se sentait pas bien. Je suis en faveur de la vaccination, mais je suis totalement contre ce chantage à l’emploi honteux ! Hier on était des héros, maintenant on est traités comme des moins que rien ! Dans le cas d’un autre collègue, la direction a usé d’une autre méthode : ils l’avaient suspendu par appel téléphonique -ce qui ne laisse aucune preuve- et le lendemain, lorsqu’il était absent au travail, la direction l’a déclaré comme un abandon de poste ! C’est un scandale !

A l’heure actuelle, on a toujours un collègue suspendu, et un autre qui est revenu en ce début de semaine. Pour nous chaque effectif compte, on fait un travail suffisamment pénible et on en a marre de payer pour la gestion sanitaire catastrophique ! Macron a voulu faire porter la responsabilité de la reprise épidémique cet été sur les non-vaccinés, alors qu’on se rappelle les nombreux dysfonctionnements de la campagne vaccinale dès son lancement, et du manque de moyens alloués à l’hôpital pour faire face à la crise. Au début de l’épidémie on allait quand même laver les draps des malades du covid sans matériel de protection !

En plus des sanctions liées au passe, le gouvernement a relancé ses contre-réformes : assurance-chômage, retraites. Pour toi quelles sont les perspectives pour lutter contre ces mesures autoritaires et antisociales ?

Au niveau de l’hôpital, il y a eu un premier rassemblement le 15 septembre en réaction aux sanctions qui commençaient à tomber.] Il faut qu’il y ait une réponse offensive de notre part, à la hauteur de la situation. Le gouvernement ne sait offrir aux soignants que de la répression qu’elle soit salariale ou policière : je me souviens encore des images de Farida, la soignante traînée par terre par les policiers et condamnée à payer une amende alors qu’elle manifestait pour défendre le service public.

On sera présents le 5 octobre, une date de mobilisation nationale qui sera un moment important contre les mesures autoritaires et antisociales du gouvernement. Qu’on soit syndiqués ou pas je crois qu’il faut qu’on donne une réponse collective sur le terrain de la lutte et par la grève. Malheureusement cette « rentrée sociale » appelée par les directions syndicales arrive tard, il aurait fallu qu’on se mobilise dès septembre avec un plan de bataille contre le passe sanitaire, contre la réforme du chômage et la réforme des retraites !

On constate aussi la dispersion des dates, avec un autre appel le 1er octobre qui concerne les retraités : pourquoi ne pas partir tous ensemble ? On est déjà précaires, on ne peut pas se mettre en grève une journée par ci et une autre par-là alors que plus personne n’a confiance dans les journées saute-mouton, cela ne fait que nous affaiblir. Il faut chercher à se coordonner avec toutes les professions et les secteurs qui sont impactés par les réformes de Macron : c’est seulement comme ça qu’on pourra faire reculer le gouvernement.




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