^

Politique

Autoritarisme

Offensive contre la presse : l’Elysée fait censurer une tribune critiquant Macron

Ce jeudi, Le Monde retirait une tribune parue sur son site mettant en cause un récent discours de Macron en Algérie. Libération révèle que c'est l'Élysée qui a poussé à cette censure, dans une offensive grave contre la liberté d'expression et le droit de la presse.

vendredi 2 septembre

Crédits photo : Macron lors de sa visite en Algérie fin août - AFP / Ludovic Marin

Une tribune dénonçant la politique mémorielle de Macron censurée par Le Monde

Depuis hier, le journal Le Monde est sous le feu des critiques sur les réseaux sociaux. En cause, la suppression d’une tribune de Paul Max Morin, politiste et auteur de « Les jeunes et la guerre d’Algérie. Une nouvelle génération face à son histoire » par la rédaction du quotidien ce jeudi 1er septembre.

Dans cette tribune intitulée « Réduire la colonisation française en Algérie à une histoire d’amour parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle », Paul Max Morin traite de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie du 25 au 27 août dernier, au cours de laquelle le président a appelé - selon ses termes - à un « partenariat renouvelé » pour renouer « une histoire de respect, d’amitié et, oserais-je le dire, d’amour » entre les deux pays.

En réaction, Paul Max Morin dénonce dans sa tribune « le travail mémoriel » entrepris par le chef de l’État, qu’il qualifie de « vitrine pour simuler des avancements vers la « réconciliation » », tout en analysant « la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle » qu’il décrit ainsi : « en cinq ans, la colonisation sera passée, dans le verbe présidentiel, d’un « crime contre l’humanité » (2017) à « une histoire d’amour qui a sa part de tragique » (2022) ». Il critique du même coup l’annonce de la création d’une nouvelle commission d’historiens franco-algériens car « les historiens et historiennes des deux côtés de la Méditerranée n’ont pas attendu la parole présidentielle pour travailler » tout en dénonçant le manque de moyens dont ceux-ci disposent pour mener à bien leurs recherches.

Mais dans l’après-midi même de la publication de la tribune, Le Monde la retire présentant « ses excuses à ses lectrices et lecteurs, ainsi qu’au Président de la République ». Pour justifier la suppression du texte, la rédaction explique que le texte ne correspondrait « pas au fond des déclarations du chef de l’État. »

L’Élysée à la manœuvre derrière la censure de l’article

Si la censure du texte en elle-même a suscité de vives réactions, Libération révèle ce vendredi après-midi que c’est l’Elysée qui a fait censurer la tribune. Interrogé par le service Cheknews du journal, Paul Max Morin explique que cette tribune avait été commandée, relue et validée par Le Monde : « Nous nous sommes entendus sur l’angle du papier : la “droitisation” du discours d’une part et un regard critique sur les annonces faites en Algérie. J’ai alors rédigé une tribune, qui a été relue, modifiée et validée par eux. ».

Cependant, il raconte avoir été appelé par un journaliste dès la publication de la tribune, l’informant que « l’Elysée était furax » et « qu’il fallait apporter des modifications », suite à quoi la tribune a été supprimée du site en dépit des changements proposés par l’auteur. « Une demi-heure plus tard, j’ai reçu un deuxième appel pour me dire que la tribune était retirée, parce que j’avais mal interprété ou surinterprété les propos du président (...). » explique le politiste.

Cette décision scandaleuse, reposant sur des prétextes bidons de mauvaise interprétation du discours du Président, est donc une censure directe par l’État d’un article mettant en cause Emmanuel Macron. Une offensive contre la presse et la liberté d’expression scandaleuse dans un moment où ce dernier cherche à nouer de nouveaux partenariats avec l’Algérie, en lien avec les ressources gazières du pays.

Ce n’est pas la première fois que la macronie fait dans la censure. En 2020 déjà, Jean-Michel Blanquer avait fait censurer une bande-dessinée le mettant en scène. Cependant, dans un moment où Macron tente de forger une « unité nationale » face à l’instabilité croissante, cette offensive contre un texte abordant frontalement la politique du gouvernement constitue un saut qui pourrait annoncer d’autres offensives du même type contre la presse pour faire taire toute critique.



Mots-clés

liberté de la presse   /    Macronisme   /    censure   /    Emmanuel Macron   /    Répression   /    Politique