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Débats

Live Le Poing Levé

Offensive islamophobe et misère étudiante : retour sur le live du Poing Levé avec M. Rigouste et O. Slaouti

Mercredi soir, Révolution Permanente, diffusait un live : « Université : entre offensive islamophobe et misère étudiante, quelles perspectives ? ». Animé par Alberta, militante au Poing Levé Mirail et au NPA Jeunes, en présence de Mathieu Rigouste, Omar Slaouti et de plusieurs étudiants militants du Poing Levé, la discussion est revenue sur l’offensive contre « l’islamo-gauchisme » et la situation des étudiants en France !

mardi 9 mars

Ce mercredi, le collectif étudiant et militant Le Poing Levé a organisé un live sur Révolution Permanente « Université : entre offensive islamophobe et misère étudiante, quelles perspectives ? ». Animé par Alberta, militante à l’Université du Mirail à Toulouse, les deux heures de live ont vu défiler plusieurs militants venus débattre des attaques sur l’université et sur le procès contre l’« islamogauchisme », et discuter de la situation des étudiants dans la crise sanitaire et économique. Entre précarité, situation des étudiants étrangers, misère étudiante et détresse psychologique, il s’agissait aussi de poser des perspectives pour une jeunesse en première ligne face à une situation sanitaire et économique qui l’impacte fortement, la condamnant à des perspectives d’avenir de plus en plus resserrées. Étaient ainsi réunis Mathieu Rigouste, chercheur indépendant, militant contre les violences policières et spécialiste du sujet, auteur notamment d’un ouvrage de référence sur la «  généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine  » intitulé « L’ennemi intérieur », Omar Slaouti, militant anti-raciste du FUIQ, co-directeur d’un ouvrage récent sur les « Racismes de France  » et membre du Front Contre L’islamophobie Pour L’égalité Des Droits Pour Tou-Te-S. Étaient également venus pour l’occasion plusieurs militants jeunes du NPA-RP et du collectif Le Poing Levé, Rozenn étudiante au Mirail et syndiquée à la CGT Chronodrive, Mehdi et Léo étudiants à Paris 8 et Petra, militante au collectif Onzième Thèse à Bordeaux.

Retrouvez le live complet sur Facebook :

Attaques sur l’université et procès contre l’« islamogauchisme »

La soirée est ouverte par une introduction d’Alberta qui revient sur la situation actuelle et les multiples attaques du gouvernement, dans la continuité de sa politique sécuritaire et xénophobe. Pour rappel, le 14 février dernier, invitée sur le plateau de Cnews, Frédérique Vidal fustigeait « un islamogauchisme qui gangrène les universités » reprenant à son compte une rhétorique propre à l’extrême-droite pour s’attaquer aux enseignants de gauche, et notamment aux études sur les questions de genre, race et classe. Une rhétorique qui vise à poursuivre l’offensive islamophobe du gouvernement pendant que les étudiants se trouvent plongés dans une situation de misère scandaleuse restée sans réponse. Dans un climat où le gouvernement menait déjà l’offensive islamophobe autour du projet de loi séparatisme, l’offensive réactionnaire continue à s’accélérer désormais contre les universitaires.

"Avec la rhétorique de l’islamogauchisme, il y a un schéma qui consiste à dénoncer ce qui viendrait critiquer les politiques racistes et islamophobes et tout ce qui vient gêner l’expansion du capitalisme et lui résiste" dit Mathieu Rigouste en revenant sur les attaques du gouvernement. Pour le chercheur indépendant, la volonté du gouvernement est à la fois celle de museler et d’attaquer une recherche critique du capitalisme, du racisme ou encore du patriarcat tout en donnant lieu à une politique islamophobe qui stigmatise et crée l’imaginaire d’un ennemi responsable de tout les maux : "Les sociétés impérialistes occidentales s’appuient sur l’imaginaire de la figure de l’ennemi musulman. Dans les années 30 c’était le judéo bolchévisme, il s’agit de raciser la figure de l’ennemi"

Omar Slaouti va dans le même sens "Ceux et celles qui sont montrés du doigt ce sont les racisés d’en bas. Cette attaque islamophobe elle se joue dans un contexte d’accentuation des inégalités en pleine pandémie" ajoutant encore « Ce qui se met en place c’est une interdiction de penser, de produire, d’écrire sur des concepts comme la race, c’est tout le contraire de la liberté d’expression ». A contrario du discours du gouvernement qui parle d’une université gangrenée par l’ islamogauchisme, en même temps qu’il clamait par la bouche de Blanquer il y a plusieurs mois liberté d’expression et droit de tenir des discours réactionnaires, la réalité est toute autre, et surtout, vient encore une fois expliciter sa volonté de museler une recherche critique.

Face aux attaques islamophobes et réactionnaires, construire l’unité des luttes

Léo, militant au poing levé à Paris 8 revient ensuite sur le but politique du discours du gouvernement : « On observe la volonté du gouvernement de décliner son offensive réactionnaire et islamophobe dans les universités pour réprimer, discipliner et préparer la séquence de mobilisation que pourrait ouvrir la pandémie » expliquant "En même temps qu’il s’attaque aux libertés fondamentales sous couvert de défense des valeurs républicaines, le gouvernement promet dans un texte de loi la prison aux étudiants mobilisés. Il y a un double front : domestiquer la critique et réprimer les futures mobilisations".

La question des perspectives pour les futures mobilisations ouvertes par la séquence est alors posé par nos trois interlocuteurs, pour Mathieu Rigouste il est nécessaire : «  de renforcer les luttes internes à l’université. Tant que l’université est intégrée dans ces logiques sociales elle ne peut que reproduire des rapports de domination. Ce n’est pas l’université qui nous émancipe mais nos luttes ». Les intervenants s’accordent également sur la nécessité de construire une unité contre les attaques islamophobes, contre tout corporatisme dans les universités et ailleurs, Omar Slaouti renchérit et demande « comment se fait-il que les partis de gauche et sections syndicales qui étaient vent debout contre la Loi Sécurité Globale n’aient pas levé le petit doigt contre la Loi Séparatisme ?" . Léo insiste également sur cet aspect et revient sur les attaques islamophobes qui sont «  le signe de la faiblesse du gouvernement qui doit utiliser un arsenal répressif et raciste pour diviser. Il est erroné de séparer les offensives islamophobes de celles sociales comme le fait une partie de la gauche » il conclut la première partie en appelant à l’unité, et la nécessité que le mouvement ouvrier, politique et syndical, prennent en charge les revendications contre la politique raciste et sécuritaire du gouvernement : «  à l’inverse de cette logique l’unité ne peut se construire en mettant sous le tapis les luttes spécifiques comme le fait une partie de la gauche syndicale et politique. Il va falloir se battre pour construire l’unité de tous les exploités et opprimés".

La situation des étudiants, entre misère et détresse psychologique

La deuxième table ronde succède plus spécifiquement autour de la situation de la jeunesse dans le contexte de crise et ses conséquences pour ce secteur social, ainsi que ses perspectives. Alberta introduit une nouvelle fois en revenant sur la réalité dramatique d’une partie de la jeunesse dont les images des queues devant les banques d’aides alimentaire ou encore la vague de suicides ont été la tragique expression. Elle introduit également le collectif le Poing Levé, présent à Bordeaux comme Onzième Thèse, dans plusieurs facs parisiennes, à Toulouse et bientôt à Montpellier, animé par des militants de Révolution Permanente et qui défend une perspective anticapitaliste et révolutionnaire pour la jeunesse.

Petra, militante à Bordeaux ouvre le bal, elle présente d’abord l’enquête lancée à l’Université Bordeaux Montaigne et sur la réalité qu’elle exprime de la détresse et de la précarité étudiante : «  Selon l’enquête que nous avons réalisé avec Onzième Thèse, 12% des étudiants disent avoir eu recours à l’aide alimentaire d’urgence, 50% disent avoir voulu abandonner leur cursus, 50% ont perdu leur taff, 66% ont eu des difficultés qu’elles soient économiques ou psychologiques », avant de revenir sur les difficultés de la séquence qui s’ouvre : "L’incertitude à propos de notre avenir n’a jamais été aussi grande. 700 000 jeunes débarquent sur le marché du travail en 2020 quand il y a déjà eu depuis le début de la crise plus de 700 000 licenciements. Nos diplômes ne seront pas un rempart face à un avenir de misère"

C’est ensuite au tour de Rozenn, militante à l’université Jean Jaurès à Toulouse de prendre la parole. Elle revient sur les annonces du gouvernement, des annonces cosmétiques qui ne sont en rien une réponse à la détresse de la jeunesse mais qui sont autant de coups de communication pour tenter d’éviter une colère des étudiants : « Les annonces du gouvernement sont cosmétiques. Frédérique Vidal et son gouvernement essayent de se relégitimer auprès d’une jeunesse en détresse. Mais le retour en présentiel annoncé est une promesse sans lendemain, Les chèques psys et les repas à 1 euro sont une illusion. Le plan 1 jeune 1 solution par exemple c’est donner un job précaire aux étudiants et des subventions au patronat . Le gouvernement ne donne aucun moyen ni aux secteurs de la première ligne comme l’hôpital et l’éducation et rien aux étudiants mais va faire bonne figure chez les youtubeurs. On est la génération sacrifiée pour les profits du patronat ».

Mehdi, étudiant étranger à Paris 8 s’exprime également pour revenir sur la situation de ces étudiants qui souffrent particulièrement en période de crise économique et sanitaire : « la faim, l’isolement, la précarité ça faisait partie de notre quotidien déjà avant le Covid. Avec la crise sanitaire, c’est d’autant plus dramatique, des milliers d’étudiants étrangers sont en train de crever la dalle. Nous les étudiants étrangers on ne bénéficie d’aucune aide. On est clairement la variable d’ajustement du gouvernement. Ils veulent nous faire payer la crise ». Une situation encore empirée par de nombreuses attaques sur les étudiants étrangers et par une situation où ils sont souvent les travailleurs les plus précaires sur le marché de l’emploi : «  Avec la loi Bienvenue en France du gouvernement qui augmente les frais d’inscription pour les étudiants étrangers on va avoir deux choix, soit faire mourir de faim nos familles, soit rentrer au pays  ».

S’organiser pour refuser un avenir de chômage et de misère

La situation des étudiants est dramatique, pendant que le gouvernement accordait des centaines de milliards de cadeaux au patronat, il ne faisait rien pour la jeunesse. En plein covid-19, les difficultés pour boucler les fins de mois, payer les logements exigus et insalubres, la fracture numérique ainsi qu’une vague de licenciements et de suppressions d’emplois préparent le chômage de masse pour les générations futures, cette situation montre l’importance pour la jeunesse de se mobiliser et de s’organiser pour ne pas payer le prix de la crise. C’est dans ce sens qu’intervient de nouveau Léo : «  Il va falloir s’organiser et lutter pour obtenir ce dont a besoin la jeunesse, nous au Poing Levé on défend un programme d’urgence pour que les jeunes ne payent pas le coût de la crise. On défend la réouverture des universités conditionnée par des moyens supplémentaires, il nous faut un revenu étudiant à la hauteur du SMIC en urgence, financé par un impôt progressif sur les grandes fortunes, l’augmentation des aides sociales pour les plus précaires. Et qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses, quand le gouvernement ne cesse d’arroser de milliards d’euros des grandes entreprises qui continuent de licencier, il faut répondre aux besoins vitaux de soins psychiatriques pour les étudiants en détresse, il faut dans l’urgence augmenter drastiquement le nombre de psy sur les campus tout en imposant la gratuité des soins psychiatriques et enfin, aucun étudiant ne doit être sélectionné du fait de la crise »

Petra intervient ensuite dans le même sens « Nous à Bordeaux on a décidé de s’organiser en lançant des comités contre la précarité, sur nos lieux d’étude et de vie, comme dans les résidences universitaires. C’est avec ces bases d’organisation collective que nous dépasserons le strict cadre caritatif que font certaines associations face au vide laissé par l’État, et pourrons arracher un avenir meilleur. Les derniers mois nous l’ont montré, seul un rapport de force permettra de mettre fin à la précarité et à la détresse psychologique de la jeunesse, par l’organisation des étudiants eux-mêmes, en lien avec les autres secteurs de la jeunesse, de la fac, et du monde du travail  ». C’est dans ce sens que les comités contre la précarité lancés dans plusieurs campus à Bordeaux organisent une première journée de solidarité le mardi 9 mars contre la précarité étudiante, la sélection à la fac et le chômage dans la jeunesse, appelée par plusieurs dizaines d’organisations de la jeunesse et du monde du travail, car la sélection à la fac va mettre sur le carreau en particulier les jeunes les plus touchés par la crise, et parce que les vagues de licenciements aujourd’hui sont le chômage des jeunes de demain. Dans la même veine que la discussion sur le premier plateau, Petra réinsiste sur la nécessité de l’unité de la lutte contre la précarité étudiante, avec le mouvement ouvrier, contre tout corporatisme, pour que ce ne soient ni aux jeunes, ni aux travailleurs, ni aux secteurs populaires, de payer les frais de la crise. Cette importance de l’organisation et de lutte est également abordée par Mehdi «  il faut s’organiser face à ce gouvernement qui nous propose que des miettes, qui ne propose aucune solutions à la hauteur des nos besoins, il est très important qu’on s’organise étudiants étrangers et étudiants nationaux pour revendiquer un revenu pour tous les étudiants, mais également la régularisation de tous les sans-papiers, qu’une carte étudiante soit égale à un titre de séjour, ainsi que le retrait de la loi sur les frais d’inscription et qu’on se batte pour notre avenir, pour l’avenir de la jeunesse  ».

Rozenn réintervient notamment sur le 8 mars qui arrive à grands pas, qui pour elle est une lutte contre Macron et son monde : "On est dans un 8 mars qui s’inscrit dans un contexte de crise économique et sanitaire d’envergure sans précédents." L’étudiante au Mirail est aussi salariée à Chronodrive, où elle a monté avec d’autres salariés une section CGT, avec laquelle elle s’est battue contre les violences sexistes que subissaient plusieurs salariées depuis des années : "Une salariée est venue nous voir pour nous raconter des années d’harcèlement sexuel qu’elle subissait, face auquel la direction, qui était au courant, n’avait jamais répondu, parce que son intérêt à cette direction, c’était juste de couvrir cette affaire, ne pas trop faire de vagues dans l’entreprise, et pour la salariée de continuer à travailler vite, à faire plus de statistiques de productivité, tout ce qu’on peut connaître, pour que l’entreprise soit plus productive. [...] Cette affaire là a fait libérer la parole, qu’on a accompagné avec la CGT, mais surtout une grosse solidarité s’est créée autour de femmes qui ont dit qu’elles subissaient ça aussi, alors que jusqu’ici c’était passé sous silence. On a fait des campagnes de témoignages, avec d’autres femmes de Chronodrive d’autres magasins, on a fait des réunions de libération, et c’est là qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on s’organise collectivement entre salarié.e.s, à l’opposé des intérêts de la direction, qui préfère qu’on se taise, et qu’on travaille dans des conditions de misère, chacun et chacune de notre côté, la tête baissée." Comme étudiante et travailleuse, elle fait aussi référence au harcèlement sexiste à SciencesPo qui s’est exprimé par le #SciencesPorcs. Pour elle, le 8 mars doit s’ancrer contre la précarité, aux côtés des travailleurs et travailleuses contre Macron et son monde, en toute indépendance de l’État, et de ses institutions, contre l’exploitation et l’oppression.

Ce live a montré le besoin de s’organiser contre l’offensive islamophobe dans les universités et la précarité de la jeunesse. Face à la détresse étudiante plus que jamais nous devons aux côtés des travailleurs nous organiser pour refuser de payer la crise, nous devons nous battre avec celles et ceux qui relèvent la tête. Face aux désastres que nous promettent les classes dominantes, la seule alternative est celle d’une économie et d’une société démocratiquement dirigée par les exploités, ceux qui « n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes » comme le disait Marx. Cette issue, qui offrirait un avenir à notre génération n’est pas une utopie, à l’inverse de celle qu’on cherche à nous faire avaler ! Refusons d’être la génération sacrifiée !!




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