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Politique

Chasse aux sorcières

Offensive réactionnaire : en pleine 5eme vague, Blanquer inaugure un colloque sur le wokisme

Tandis que la 5e vague déferle dans les écoles depuis leur réouverture le 3 janvier, Blanquer ne perd pas de vue sa boussole réactionnaire et continue de jouer la surenchère avec un colloque sur le wokisme organisé ce weekend à l’université Paris 4.

jeudi 6 janvier

Crédit photo : AFP

Une nouvelle fois, la rentrée de l’éducation nationale est placée sous le signe du chaos, l’apparition du variant omicron a fait exploser les contaminations qui atteignent des nouveaux records. Dans ce contexte, les témoignages de travailleurs de l’éducation nationale s’accumulent et révèlent qu’en deux ans de pandémie rien n’a changé, les protocoles sont toujours inexistants ou ridicules, le matériel vient encore à manquer et ce sont encore une fois aux aeds, professeurs et personnels de payer les pots cassés.

Mais en plus de casser consciemment l’Education nationale et de laisser le personnel et les élèves se faire contaminer par manque de moyens dans les écoles, le ministre le plus détesté du quinquennat Macron a un autre cheval de bataille : l’offensive réactionnaire qu’il mène depuis plusieurs années contre « l’islamo-gauchisme » et le « wokisme », censés désignés la dérive de celles et ceux qui dénoncent les violences systémiques et les discriminations.

C’est en effet un nouveau colloque que le ministre de l’éducation nationale va inaugurer à Sorbonne Université, un colloque pour le moins réactionnaire. Intitulé « après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture », l’évènement ne laisse pas de place au doute sur son contenu identitaire et réac, d’autant plus que la réunion se présente comme « visant à étudier les tenants et aboutissants de la pensée décoloniale, “wokisme”, ou “cancel culture” et comment elle s’introduit dans le système éducatif pour y imposer une morale au détriment de l’esprit critique ».

Autre exemple s’il en fallait, la plupart des intervenants sont signataires du « manifeste des 100 » qui appelait à la dénonciation des « islamo-gauchistes », ou encore sont membres de l’Observatoire du décolonialisme connu pour son contenu ouvertement islamophobe et sa chasse aux sorcières contre les professeurs travaillant sur les questions de genre ou de racisme. Si cela ne suffisait pas, les organisateurs Emmanuelle Hénin et Pierre-Henri Travaillot sont signataires de la tribune contre la suspension de Klaus Klinzer à Science-Po Grenoble, et sont souvent relayés dans Causeur, Marianne, Le Figaro pour leurs critiques entre autres de MeToo, ou encore leurs papiers alertant du danger de« l’entrisme de l’islamogauchisme ne laisse peu de place au doute : « la « pensée » décoloniale, aussi nommée woke ou cancel culture, (…) introduit dans le domaine éducatif et parfois scolaire une forme d’ordre moral incompatible avec l’esprit d’ouverture, de pluralisme et de laïcité qui en constitue l’essence », « une idéologie qui monte aujourd’hui en puissance dans tous les secteurs de la société, y compris dans le monde éducatif, où elle a déjà causé quelques dégâts. ».

Pendant que le service public est détruit et attaqué, le ministre de l’éducation nationale et son pendant dans l’enseignement supérieur ont tout fait pour attaquer les voix discordantes au sein de l’université et de l’éducation nationale, afin de renforcer un appareil idéologique niant toute discussion et politisation sur les oppressions, les inégalités de classe. Nous avons dès lors eu droit à l’interdiction de l’écriture inclusive, à une offensive islamophobe globale qui s’est décliné dans les universités avec l’apparition d’ « islamogauchistes », à la création du très réactionnaire « anti-wokiste » « laboratoire républicain » qui vise en pratique à encadrer de plus en plus la parole des professeurs, de limiter les discours critiques et, en réalité, de censurer une bonne partie des connaissances actuelles en sciences humaines et sociales.

Alors que Blanquer en participant à ce colloque continue l’entreprise réactionnaire et islamophobe du gouvernement débuté depuis le début de ce quinquennat, il s’agit aussi à l’heure où son incompétence se révèle fortement face à la vague omicron, de préparer la division et d’éviter la mobilisation. Alors que l’obligation pour les étudiants de passer des partiels en présentiel au mépris de leur santé et sans protocole sanitaire pour maintenir une sélection sociale, le tout dans un contexte de casse de l’université pourrait mettre le feu aux poudres, remettre en avant en pleine rentrée la rhétorique d’un danger et d’un ennemi intérieur dans les universités vise à empêcher les voix discordantes de s’exprimer. De la même façon, alors que la situation catastrophique dans l’éducation nationale pourrait amener à une mobilisation, le gouvernement poursuit son entreprise réactionnaire pour mieux diviser, instrumentalisant toujours plus la mort de Samuel Paty.

Pourtant ces discours obsessionnels sur le « wokisme », l’ « islamogauchisme » ou maintenant avec « le déconstructionnisme » avec ce colloque universitaire comme tentative de caution scientifique, sont autant de lubies identitaires, racistes et islamophobes auxquels nous devons nous opposer. Après plus de deux ans où le gouvernement aura joué avec nos vies en priorisant les profits et cassant les services publics de l’éducation à la santé, il est important de s’opposer à cette nouvelle offensive idéologique et de réclamer l’annulation de ce colloque ascientifique. Plus largement, que ce soit pour espérer mettre fin à la crise sanitaire, aux politiques de casse de l’université et à la dégradation du travail des travailleurs de l’éducation nationale, c’est dans la rue et par la lutte que nous devrons répondre.




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