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Politique

Racisme d'Etat

Offensive sécuritaire : Macron double les forces de répression aux frontières

Ce jeudi 5 novembre, dans le cadre du tournant répressif et sécuritaire du gouvernement, Emmanuel Macron s'est rendu à la frontière espagnole, pour annoncer un déploiement majeur de la police et de l'armée aux frontières françaises, avec une volonté d'étendre cela à une échelle européenne et au-delà.

jeudi 5 novembre

Crédit photo : AFP

Ce jeudi 5 novembre, dans le cadre de sa « lutte contre le terrorisme » , Emmanuel Macron s’est rendu à la frontière franco-espagnole dans les Pyrénées-Orientales, au Col du Perthus. Accompagné de Gerald Darmanin, et de Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, il a visité le Centre de coopération policière et douanière (CCPD). Puis, il a annoncé un renforcement des contrôles aux frontières françaises avec un doublement des forces de répression : « nous passerons de 2400 à 4800 policiers, gendarmes, militaires, CRS pour lutter contre l’immigration clandestine »

Dès ce jeudi, les contrôles à la frontière dans les Pyrénées-Orientales se sont déjà intensifiés avec, comme l’affirme Yannick Garden, commandant de la Police Aux Frontières (PAF) : « une forte montée en puissance de l’effectif avec l’arrivée de deux unités de forces mobiles, de CRS et de gendarmerie, des réservistes de la police et la gendarmerie, et des renforts des autres départements. ». Ainsi, comme l’affirme cet agent de la PAF, cet effectif supplémentaire permettra de continuer d’augmenter les contrôles : « avec environ 120-150 personnes supplémentaires contrôlées par jour ». Dans son allocution, Emmanuel Macron a également affirmé que d’autres unités mobiles étaient en cours de déploiement au niveau de la frontière franco-espagnole et que cela continuera de s’intensifier.

En plus de ce renforcement policier au niveau des frontières françaises, le président a annoncé qu’il proposera au prochain conseil Européen de décembre, « un plus grand contrôle » aux frontières extérieures à l’Europe ainsi qu’« une refondation en profondeur de l’espace Schengen » pour « intensifier une protection commune aux frontières ». En d’autres termes, il souhaite l’application d’une politique encore plus répressive en matière d’immigration et de contrôles aux frontières européennes et extra-européennes avec entre autre la mise en place d’« une police de sécurité aux frontières extérieures de l’espace Schengen ».

En d’autres terme, Macron joue à la surenchère, cherchant à renforcer un peu plus la politique raciste, répressive et meurtrière de l’Union Européenne, comme en témoignent notamment les nombreux bateaux humanitaires qui se retrouvent immobilisés en mer par les États Européens (à l’instar de l’Aquarius en 2018 ou encore plus récemment l’Océan Viking). Rappelons notamment qu’ un article paru dans le New York Times le 14 août révélait que les autorités grecques avaient expulsé et abandonné 1072 migrants en pleine mer depuis le mois de mars. Nous pouvons également citer le rôle de l’Union Européenne concernant l’accord signé entre la Libye et l’Italie en 2017 (et renouvelé en 2020) ayant pour but de réduire le nombre d’arrivées de migrants en Europe. Tout autant de politiques qui ont transformé la Méditerranée en véritable cimetière à ciel ouvert. 

Cependant, comme l’affirme Amnesty International : « Aux termes de cet accord, l’Italie aide les autorités maritimes libyennes à intercepter les embarcations en mer et à renvoyer leurs passagers dans les centres de détention en Libye, où ils sont détenus illégalement et exposés à de graves violations des droits humains, notamment le viol et la torture. » Ainsi, depuis 2017, « au moins 40 000 personnes, dont des milliers de mineurs, ont été interceptées en mer, renvoyées en Libye et exposées à des souffrances inimaginables. »

Ces politiques migratoires européennes de plus en plus répressives sont donc responsables de nombreux drames humains que ce nouveau renforcement policier aux frontières ne fera qu’accentuer.

L’Etat instrumentalise des drames à des fins toujours plus répressives et xénophobes

Le gouvernement Macron n’a cessé de mettre en place des politiques réactionnaires et répressives à l’encontre des personnes migrantes avec par exemple la loi Asile et immigration portée par Gérard Collomb en 2018, ou encore la mise en place, en novembre 2019 de « quotas » sur l’immigration basée sur des besoins de main d’œuvre. Cet été, Gérald Darmanin lançait une « cellule franco-britannique de renseignement » contre les passeurs.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, l’offensive réactionnaire et autoritaire du gouvernement s’est accéléré. Ainsi, l’État justifie ses politiques toujours plus répressives et sécuritaires par le risque terroriste. Par exemple, le plan Vigipirate s’est renforcé et le nombre de militaires patrouillant dans le cadre de l’Opération Sentinelle passe de 3000 à 7000.

Dans cette même lignée, les attentats qui ont frappé la France et l’Autriche ces dernières semaines deviennent un prétexte pour renforcer la répression aux frontières et à l’attention des migrants. En effet, comme nous avons pu le voir, le contrôle aux frontières françaises et européennes n’est pas nouveau, et l’arsenal répressif des États Européens est important et ne fait que s’accentuer.
Ce nouveau dispositif annoncé par Emmanuel Macron établit un lien direct entre immigration et terrorisme. De plus, dans son discours au poste frontalier de Perthus, il affirme également par ce renforcement des contrôles vouloir « lutter contre les trafics de stupéfiants et d’êtres humains dont se servent les terroristes pour entrer dans le pays ».

Ainsi, en plus d’être assimilés à des terroristes, les migrants sont également comparés à des trafiquants de drogue et d’êtres humains. Ces analogies et ce nouveau tournant répressif vient davantage criminaliser et stigmatiser les personnes migrantes et vient masquer ainsi les réelles causes qui poussent massivement des personnes à fuir leurs pays.

De plus, en déclarant dans son allocution que « nous avons parfois besoin de l’immigration pour faire fonctionner notre économie », Macron affiche un cynisme et une brutalité digne des discours coloniaux. . Cette vision purement utilitariste de l’immigration est en réalité une aubaine pour les classes dominantes et le patronat qui en profite pour exploiter encore plus les classes populaires. En effet, les migrants occupent majoritairement des activités précaires et essentielles comme le nettoyage, la restauration, le service à la personne, le bâtiment ou encore les services de livraisons ou de nettoyage et se trouvent en première ligne face à l’épidémie de coronavirus.

Il paraît important d’insister sur le fait que l’intervention gouvernements des pays impérialistes comme la France sont en partie responsables des situations que vivent les personnes migrantes dans leurs pays d’origine, qu’elles sont forcées de quitter pour fuir la guerre et la misère, pour être ensuite réprimées par leurs bourreaux. Alors que le gouvernement tente d’instrumentaliser les drames qui ont frappé la France et l’Autriche récemment pour réprimer encore plus et renforcer les frontières de l’Europe forteresse, il est primordial que les classes populaires se solidarisent contre les politiques racistes qui visent à construire les migrants comme des ennemis.




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