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Politique

Éloge funèbre

Olivier Dassault. Marchand d’armes, fils de milliardaire : la bourgeoisie pleure l’un des siens

Le décès, dimanche dans un accident d’hélicoptère, de l’industriel et député LR français Olivier Dassault, fils de Serge Dassault, a entraîné une vague d’articles et de déclarations d'hommages de la part de la classe dirigeante. Si l’accident, ayant également coûté la vie du pilote, est tragique, la vague de réactions montre en creux le mépris de la bourgeoisie pour la vie des centaines de travailleurs qui meurent chaque année, dans les rouages d'un système dont la famille Dassault est l'un des piliers.

mardi 9 mars

Quand la bourgeoisie perd l’un de ses membres

Olivier Dassault, héritier du groupe Dassault et député LR, est mort dans un accident d’hélicoptère ce dimanche, accident ayant également entraîné le décès du pilote de l’appareil. La classe politique, à commencer par le président de la République, s’est fendue d’hommages décrivant un « capitaine d’industrie » (Emmanuel Macron), un « chef d’entreprise hors pair » ou encore rendant hommage à son « humanisme » (Damien Abad). D’après l’article-hommage du Figaro, dont Olivier Dassault était actionnaire, le président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand a indiqué que « la représentation nationale » lui rendrait « l’hommage qui lui est dû ». Chez La France Insoumise, Adrien Qatennens s’est joint à cette dynamique.

L’aura de celui « qui ne cessa de servir son pays » (Emmanuel Macron) aura néanmoins fait oublier à nos dirigeants de présenter publiquement leurs condoléances aux proches et à la famille du pilote de l’appareil. La mort du salarié est pourtant d’autant plus dramatique qu’elle est liée à un caprice du milliardaire. Comme le rapporte Le Point, Olivier Dassault « aurait demandé à son pilote Jean-Claude Bedeau de se poser un peu à l’écart de la DZ (dropping zone, aire d’atterrissage) détrempée pour éviter d’y marcher. Lors du redécollage, le rotor a tapé un arbre proche et l’hélicoptère s’est crashé, causant la mort des deux occupants. »

L’itinéraire d’un héritier

Cet hommage univoque est l’occasion d’une célébration de la bourgeoisie et de son monde. Dans des articles où l’éloge funèbre se confond avec l’information, on évoque ainsi les records de vitesse en avion du défunt, ses messages de nouvel an dans Le Figaro, sa passion pour la chasse ou encore l’ambiance musicale qu’il a composée pour l’Assemblée Nationale. On l’aura compris, le portrait brossé du député et industriel est assez peu nuancé.

Classé en 2020 361ème fortune mondiale d’après Forbes, à égalité avec ses deux frères et sa sœur à 5 milliards d’euros chacun, Olivier Dassault, fils de Serge Dassault, a été président du groupe de surveillance de Dassault (holding comprenant entre autre Dassault-Aviation, industriel producteur des avions de combat mirages et rafales) de 2011 à 2018. Ce groupe, comme de nombreux grands groupes industriels, a pratiqué l’évasion fiscale, utilisant un système de fraude à la TVA basé sur l’île du Man, paradis fiscal en mer d’Irlande, comme le révèle un article de Mediapart basé sur les analyses des « Panama Papers ». Serge Dassault lui-même avait été condamné pour blanchiment de fraude fiscale en 2017

De plus, le groupe Dassaul-Aviation a été le théâtre d’une véritable répression des syndicats, avec des condamnations de Dassault-Aviation pour discrimination syndicale à l’encontre de dizaines de militants de la CGT en 1998, 2004, 2009, 2012, 2014 et 2016. Un système de corruption et de cooptation des instances syndicales s’est parallèlement mis en place, permettant une séparation des bureaucraties syndicales des intérêts directs des travailleurs.

Olivier Dassault a également exercé en tant que député de 1988 à 1997 et de 2002 à son décès au RPR, parti transformé en UMP puis en LR. A ces activités industrielles et politiques s’ajoutent la presse, puisqu’il a été vice-président du groupe Valmonde, auquel appartient le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles. Il a ensuite été administrateur de Dassault média et à ce titre du journal Le Figaro.

En 2018, il a rejoint la fondation Interpol "pour un monde plus sûr", qui « défend un monde mieux sécurisé et plus ouvert où les économies permettent aux citoyens et aux entreprises de s’épanouir » d’après le site. Cette fondation, qui réunit des partenaires privés en soutien à Interpol, a été pointée du doigt par différents médias pour son mode de financement.

Leurs profits, nos morts

Le Monde titre un article d’hommage « l’héritier qui avait fait de la politique un hobby », comme si l’exercice bourgeois de la politique était désintéressé, et la présence d’un « capitaine d’industrie » au cœur de l’Assemblée nationale ou au sein d’une fondation « pour un monde plus sûr », une simple passion pour la chose politique et non pas un exemple flagrant de l’immixtion des intérêts privés et de classe dans la politique nationale et internationale.

Le soutien de la bourgeoisie et des membres de l’Etat est ainsi total pour l’un des leurs, alors que plus de 300 personnes meurent quotidiennement en France des suites du Covid 19 en raison de la gestion désastreuse et autoritaire de la crise par l’Etat. L’émoi est également bien moindre pour les victimes de féminicides ou pour les morts quotidiens au travail. Selon un article du Monde « au moins 530 salariés du secteur privé sont décédés sur leur lieu de travail en 2017 ». Ce tragique décompte est assuré par la page facebook et twitter « Accident du travail : silence des ouvriers meurent ».

On assiste dans ces hommages à un classique "deux poids-deux mesures", qui montre que les vies n’ont pas toutes la même valeur pour la bourgeoisie. En effet, passant sous silence les morts dues à l’exploitation capitaliste, à la répression policière et aux conditions de travail précaires, la bourgeoisie investit les tribunes des journaux mais également la parole politique quand l’un de ses membres décède afin de servir et défendre son idéologie.




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