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Politique

Magouilles en macronie

Olivier Dussopt corrompu avec des tableaux à 2000 € par un leader du marché de l’eau ?

Accusé par Mediapart d’avoir reçu ces cadeaux de la part d’une entreprise avec qui il venait de nouer un contrat, le secrétaire d'État en charge de la fonction publique a d’abord démenti. Il prétend aujourd’hui ne pas avoir déclaré ces cadeaux, car il en ignorait la valeur.

jeudi 21 mai

Crédit photo : AFP

En janvier 2017, alors qu’il était encore maire socialiste de la ville d’Annonay, Olivier Dussopt reçoit en cadeau deux lithographies de Gérard Garouste, figure majeure de la peinture française actuelle, de la part d’un dirigeant de la Saur, numéro 3 du marché français de l’eau. Coïncidence ? La municipalité venait de conclure un contrat avec l’entreprise en question, sur l’installation d’une micro-turbine hydroélectrique dans la ville.

Le prix des œuvres s’élèveraient à 2000 euros, soit bien au-dessus de la limite des 150 euros, au-delà de laquelle les cadeaux aux élus doivent être déclarés à la déontologue de l’Assemblée nationale. Le secrétaire d’État en charge de la fonction publique a pourtant omis de déclarer ces cadeaux.

Épinglé par Médiapart, il a d’abord menti en déclarant avoir reçu ces œuvres de la part d’un ami, avant de rétropédaler en admettant qu’elles provenaient d’un des dirigeants de la Saur, mais qu’il en “ignorait” la véritable valeur. Il indique vouloir restituer ces cadeaux “dans les plus brefs délais”. Ces liens particuliers entre l’entreprise et l’élu ne s’arrêtent pas là, puisque Olivier Dussopt a indiqué à Mediapart qu’il avait reçu d’autres cadeaux de leur part, “généralement partagés avec [ses] équipes”.

Pendant la campagne présidentielle, à la même époque que ces cadeaux, le futur macroniste n’avait pourtant pas manqué de dénoncer sur Twitter les “cadeaux dispendieux” reçus par François Fillon, alors candidat LR. Plus récemment, dans une émission Mediapart Live du 4 janvier, il allait même jusqu’à expliquer qu’un élu ayant “utilisé les prérogatives qui étaient les siennes pour s’enrichir, pour détourner, pour dévier et vicier l’intérêt public et bafouer l’intérêt général” ne devait plus occuper de fonction publique…

Alors que le groupe LREM vient de perdre sa majorité parlementaire, cette nouvelle affaire vient encore attaquer la légitimité de la macronie, dont l’une des principales valeurs était pourtant censée être la fameuse exemplarité des élus. Pour l’instant, la seule réponse de Dussopt est de rendre les lithographies. Pas question de démissionner, et encore moins de remettre en question le contrat qui unit la Saur et la ville d’Annonay…

Contrairement à tout le mirage politicien qui voudrait faire croire qu’il est possible de « moraliser » la vie politique, cette affaire de petits arrangements entre amis démontre encore une fois le caractère antidémocratique du régime capitaliste qui sert les intérêts des patrons, pouvant s’acheter des élus en toute discrétion. Nous écrivions lors de l’affaire Fillon : “Car ce régime fait de 49.3 et de « fillonneries » n’a rien d’une démocratie, et une démocratie digne de ce nom n’existera de toute façon pas tant que ce ne sera pas les travailleurs organisés par eux-mêmes qui auront pris les affaires en main. Dans l’immédiat, pour s’attaquer à la caste, il faudra le faire par ses racines : les privilèges et l’impunité dont elle bénéficie. Pas une seule rémunération d’élu au-dessus du salaire moyen, et possibilité de révoquer tout élu s’étant rendu coupable de la moindre malversation ou ne respectant pas le mandat que lui ont confié ses électeurs. Voilà deux « petites » mesures, inspirées de l’expérience de la Commune de Paris, qui seraient d’une grande actualité aujourd’hui”… et qui le sont tout autant à l’heure du macronisme.




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