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Covid-19. Véran minimise la crise et pointe la responsabilité individuelle pour la 4ème vague aux Antilles

Ce jeudi 26 août, Oliver Véran a fait un point de situation concernant la crise sanitaire, où il a drastiquement minimisé les risques que représente cette rentrée. Cela, tout en présentant la défiance de la population d’outre-mer à l’encontre du vaccin, comme l’unique facteur de la situation sanitaire dramatique sur ces territoires.

vendredi 27 août

Crédits photo : Bertrand GUAY/POOL/AFP

A l’aune de la rentrée, le gouvernement reprend les conférences de presse afin d’énoncer les objectifs pour palier à la crise sanitaire et à la menace d’une quatrième vague alors que le variant delta continue de faire des ravages. Oliver Véran s’est exprimé ce jeudi 26 août, et, à l’image de la communication mensongère du gouvernement depuis le début de la crise, il a tenté de rassurer avec des paroles creuses et a rejeté la responsabilité de l’État dans la gestion de la crise en invoquant la responsabilité individuelle, culpabilisante et sans aucun rapport avec la réalité qui se joue.

La conférence de presse du 26 août a posé les bases de la politique sanitaire du gouvernement, décidé à continuer sa gestion erratique de la crise. Véran n’a fait que vanter les succès de la campagne vaccinale alors qu’à une semaine de la rentrée scolaire, ce sont les employés de l’Education Nationale qui doivent prendre en charge la planification de la vaccination des élèves, par manque de planification gouvernementale. Rappelons que la rentrée scolaire est loin d’être un détail sachant qu’elle va de nouveau conduire à des rassemblements massifs en lieux clos. Alors que le personnel de l’Éducation Nationale faisait grève il y a un an pour demander des vraies mesures sanitaires efficaces, la situation n’a toujours pas évolué.

Se dédouanant de la catastrophique gestion coloniale de la crise sanitaire, le Ministre de la Santé n’a pas hésité à comparer la situation de l’hexagone à celle des territoires d’outre-mer. D’après les chiffrés de Santé Publique France, « en Outre-mer, la situation demeure très critique en Guadeloupe et en Martinique. Bien qu’en baisse, le taux d’incidence était toujours très élevé atteignant 1 885/100 000 (-16 %) en Guadeloupe et 896 (-22 %) en Martinique, avec des capacités hospitalières saturées. Un très important excès de mortalité toutes causes et tous âges est observé depuis la semaine 30 dans ces deux territoires. En Guyane, le taux d’incidence déjà élevé était encore en progression cette semaine (434, +16 %) et on observait également une augmentation des taux d’hospitalisation ».

Sans parler des conditions de vie de la population, des possibilités d’accès aux tests et hôpitaux, ni de l’état de ceux-ci, Véran soutient que le retard de la vaccination, seul facteur de cette situation dramatique, est uniquement du à la défiance des habitants face au vaccin. Il affirme : « Le doute vis-à-vis du vaccin aura tué. Parfois, le doute tue encore, y compris en métropole ». Ce n’est pas la première fois que le gouvernement avance des justifications méprisantes qui rejettent la responsabilité de l’État sur les individus, victimes de l’inconséquence des ministres. Cette fois-ci, c’est donc Véran qui clame en toute tranquillité que la seule chose qui tue serait « le doute ». Formule vague qui tait les disparités d’accès aux soins entre l’hexagone et les DOM-TOM, uniquement dues aux politiques coloniales de l’État.

En effet, comme le montre OuestFrance, «  les premières doses sont arrivées tard sur les territoires d’Outre-mer. En Martinique, la première injection a lieu le 7 janvier, et le 28 janvier à Mayotte, soit un mois après le démarrage de la campagne de vaccina-tion dans l’Hexagone. Par ailleurs, si on regarde le nombre de doses livrées par rapport à la population, ces départements ultramarins semblent moins bien couverts qu’en mé-tropole  ».

De plus, comme l’explique un article du Figaro : « Les ARS doivent surtout composer avec un territoire qui n’est pas toujours accessible. Les départements d’outre-mer ont suivi les recommandations du gouvernement et installé au moins un centre de vaccination pour 100 000 habitants. Ce qui ne signifie pas que toute la population puisse y accéder. En Guyane, par exemple, “il existe des zones où il n’y a pas de routes et il faut parfois faire deux jours de pirogue pour accéder à certaines zones, précise Clara de Bort, directrice de l’ARS Guyane”. C’est un territoire immense et peu dense donc faire de grands centres de vaccination n’est pas forcément adapté ».

Si une part importante de la population d’outre-mer est sceptique quant au vaccin c’est quelque chose à imputer à l’échec de la campagne vaccinale dans ces territoires. Il est totalement inacceptable que le gouvernement se lave les mains de ses néfastes politiques coloniales et responsabilise la population d’outre-mer de la gravité de la crise sanitaire. Face à cela, il est plus que jamais nécessaire que les soignants parviennent à imposer, avec les travailleurs et l’ensemble de la population, une stratégie sanitaire et vaccinale incluant une campagne pédagogique et, surtout, des moyens pour faire face aux années d’abandon des services publics en Outre-mer.




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