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Nouvelle génération ouvrière

Olivier, gréviste infrapôle Paris Nord : « Ce feu allumé par la grève ne va pas s’éteindre »

Depuis le 18 janvier, Olivier est en grève avec la brigade de l'Infrapôle SNCF Paris Nord. Cheminot depuis six ans, il nous décrit son quotidien : ses conditions de travail dans les tunnels de la Gare du Nord, le mépris qu’il a ressenti de la part de sa direction, sa redécouverte du syndicalisme et sa détermination à continuer le combat contre l’injustice.

mardi 8 juin

Credit photo : LouizArt

Pour soutenir les grévistes dans leur lutte, donnez à la caisse de grève

Je m’appelle Olivier, j’ai trente-deux ans et ça fait six ans que je suis à la gare du nord. Avant je travaillais dans le BTP, j’ai eu plusieurs emplois dans la grande distribution, dans la logistique, un peu dans l’événementiel, j’ai aussi eu une carrière sportive en amateur. J’ai grandi en seine et-marne dans un village. Pour parler de mon périple scolaire j’ai été dirigé vers une voie professionnelle. Un scénario assez classique bien que pas vraiment regrettable puisque aujourd’hui le parcours professionnel soit considéré comme une voie de garage, considéré comme un choix de seconde zone pour palier à un soi-disant échec scolaire. Moi je trouve que les métiers manuels devraient être un peu plus valorisés. C’est aussi ça nos luttes, notre condition ouvrière n’est jamais reconnue à sa juste valeur.

Pour ma part c’est la première fois que je fais grève et c’est la première fois que je rentre dans un syndicat. Et aujourd’hui on est méprisés. Nous avons tous dans nos brigades l’impression que la direction n’en a que faire de nos revendications, de la négociation, de la discussion qu’on a eue avec eux. C’est ça qui nous a poussé à entamer cette grève, on s’est senti tout simplement bafoué dans notre dignité.

Le mépris c’est aussi qu’on a été réprimés. Réprimés pour une photo, avec une demande d’explications et des demandes de sanctions. D’autres collègues et moi, notamment mes chefs de service avons été menacés d’éviction, de révocations directes.

Ce qui nous a heurté en tant qu’agents de voies, c’était que tout était sujet à répression. Quelque chose qui ne leur plaisait pas était sujet à répression. Que ce soit un témoignage dans la presse, le fait que l’on fasse grève, le fait de contester qu’ils fassent intervenir des entreprises privées pour nous remplacer qui est d’ailleurs une entrave au droit de grève. Même le fait de les alerter sur les risques de sécurité a été sujet à la répression. La direction a essayé de nous court-circuiter, de nous invisibiliser, de nous étouffer et étouffer le petit feu grégeois de la grève.

Par moments on a eu des doutes face à autant de répression. On a commencé à se poser la question : à quoi bon ? On sait très bien que notre direction, la SNCF c’est un mastodonte. Face à eux on ne pèse pas beaucoup dans la balance.

Mais notre combat il est juste et on a tenu bon, avec l’appui syndical de Sud Rail on a commencé à faire entendre notre voix, et recevoir beaucoup de soutien. Et pourtant ma vision du syndicalisme n’était pas la même que maintenant. C’était celle que les patrons, les médias et la télévision avaient réussie à faire colporter. C’est-à-dire une bande de tire-au-flanc qui essaye de trouver tous les prétextes possibles pour ne pas bosser. Alors qu’en vérité pas du tout et aujourd’hui je suis un syndicaliste.

La nuit on fait les travaux, il n’y a pas d’externalisation chez nous, on travaille avec dignité pour garantir la sécurité de nos usagers et un réseau optimal. J’ai découvert un syndicalisme qui ne se compromet pas avec le patron pour tenter d’obtenir de la gratification. J’ai découvert des syndicalistes qui se battent réellement pour les conditions de travail mais aussi contre les injustices et pour remettre tout le monde sur le même piédestal, le même échiquier. Car c’est les ouvriers qui font le boulot et sans les ouvriers le patron n’est rien, il ne faut pas l’oublier.

Avec cette grève je suis devenu militant syndical. J’ai pris conscience de ma condition ouvrière. Avant je voyais les problèmes que dans un seul sens parce que je n’étais pas spécialement touché, mais aujourd’hui cette lutte elle a un impact sur ma vie. Aujourd’hui je tiens avec ferveur à m’engager et être présent pour toutes celles et ceux qui en auront besoin, c’est un rôle et un devoir.

Cette grève elle m’a aussi appris des choses. Par exemple à la base on ne connaissait même pas l’existence de la caisse de grève. Quand je vois aujourd’hui l’aide que ça nous apporte à nous cheminots, c’est fou. On a quand même perdu du salaire et ça impacte notre vie, notamment nos familles. La caisse de grève c’est un énorme outil pour la grève, et ça nous a permis d’éprouver la solidarité ouvrière d’autres secteurs du mouvement ouvrier. Ca fait chaud au cœur de voir des personnes qui nous connaissent peu ou pas du tout nous soutenir de cette manière. On voit qu’il y a des travailleurs qui même avec leurs difficultés et leurs combats propres sont prêts à nous aider et ça c’est incroyable. Dès qu’on pourra on fera tout pour leur rendre la pareille.

Pourquoi ? Parce que même si la bataille n’est pas gagnée, si on est arrivé là, c’est grâce à la solidarité qu’on a reçue et qu’on continue de recevoir. Il y a des moments où on se sent seul et on peut douter mais il faut qu’on reste soudés et unis et il faut qu’on garde la même ferveur qui nous permet de nous battre depuis maintenant 4 mois. Il faut qu’on reste vigilants parce que quand on commence à passer la vitesse supérieure, la direction va tout faire pour éteindre ce feu grégeois qui est en nous et qui a été allumé par la grève. Mais même après la grève, ce feu ne va pas s’éteindre. Le combat n’est pas fini.




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