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Notre classe

Grève pour les salaires

« On a perdu 20% de pouvoir d’achat en 20 ans ». Les travailleurs de l’énergie en grève ce mardi

Ce mardi, la CGT appelait à la grève reconductible dans le secteur de l'énergie, notamment chez EDF, pour exiger une revalorisation des salaires et des pensions, et leur indexation sur l’inflation. Une grève pour les salaires et le service public, suivie d’une journée de mobilisation à EDF ce mercredi, qui s'inscrit dans le mouvement de mobilisation autour du 27 janvier.

mardi 25 janvier

Crédit Photo : Valentine CHAPUIS / AFP





Ce mardi, le secteur de l’énergie s’est mobilisé autour d’un appel à la grève reconductible. Mecredi, c’est à EDF que les travailleurs sont appelés à se mobiliser pour leurs conditions de travail, la veille de la journée interprofessionnelle.

Dans la continuité de la grève d’octobre dernier, c’est plus d’une centaine de sites qui étaient concernés par le mouvement ce mardi, selon Cédric Liechti, responsable de la CGT Energie Paris interviewé par Révolution Permanente. En Ile de France, la grève a été reconduite dans l’après-midi, sous différentes formes pour les jours et semaines à venir selon les secteurs "C’est une reconductible qui n’est pas forcément quotidienne, du moins pas partout, mais qui va s’inscrire dans la durée avec pour objectif d’arriver au blocage total", précise-t-il. Sur certains sites, les travailleurs ont déjà prévu trois jours de grève, comme chez Enedis à Reims. Des temps forts avec des actions des gaziers et électriciens sont prévus pour la journée de mobilisation inter-professionelle du 27 janvier.

Des attaques sur les salaires à travers les NAO


Dans son appel à la grève, la CGT explique comment les patrons de l’énergie tentent d’imposer, à travers les NAO, une dévalorisation des salaires en jouant sur le Salaire National de Base (SNB) qui détermine les grilles de rémunération dans les industries électriques et gazières : "Lors des Négociations Annuelles Obligatoires qui ont eu lieu fin 2021, les employeurs du secteur ont décidé d’augmenter ce SNB de 0,3 %, alors que l’inflation est de 2,8 %. ». Cela représente une perte de pouvoir d’achat considérable pour les salariés, avec des niveaux de rémunération qui tombent en -dessous du SMIC. Cédric Liechti, de la CGT Énergie Paris, résume : "Nous, sur les vingt dernières années, on a perdu 20% de pouvoir d’achat au niveau de l’énergie. Notre SNB a été augmenté entre 2015 et 2022 de 1,7%, mais le coût de la vie sur cette même période a augmenté de 7,4%".

De plus, en prétextant vouloir donner "plus d’augmentations" et permettre aux salariés une "meilleure évolution dans l’entreprise", les patrons entendent également établir de nouvelles grilles de salaires plus fractionnées, avec de plus petits niveaux de rémunération, ce qui revient dans les faits à individualiser l’évolution salariale et, surtout, à faire baisser les salaires. Comme le rappelle la CGT : "La même opération a déjà eu lieu il y a dix ans. Et le bilan est défavorable aux salariés. Aujourd’hui, si le nombre des niveaux de rémunération distribués est presque identique, la valeur de chacun a été divisée par deux".

En trame de fond, c’est la question de la privatisation qui se joue : "On assiste à un pillage de l’argent produit par les travailleurs de l’énergie par les actionnaires privés des groupes, puisque le secteur a été livré à la privatisation. Sur les dix dernières années, ce sont 66 milliards d’euros qui ont été volés des caisses EDF et ex-GDF devenu Engie, et qui ont rincé les actionnaires privés. Cette richesse là n’a donc pas été investie dans les salaires, ni dans le développement du réseau. Et parallèlement, on a les prix qui ont explosé pour les usagers.", raconte Cédric Liechti. Derrière la privatisation il y a évidemment l’Etat et le gouvernement, au service du patronat de l’énergie.

Dans le même temps, des bénéfices records pour les actionnaires des entreprises de l’énergie


Si les patrons, soutenus par le gouvernement, tentent de faire passer la pilule des baisses de salaires en évoquant la crise qui frappe le secteur de l’énergie, il faut avoir en tête que la flambée des prix du gaz et de l’électricité que subissent actuellement les ménages génère des bénéfices records pour les actionnaires de ce secteur. Ce profit va encore augmenter quand les mesures superficielles du gouvernement (gel des prix du gaz, plafonnement du tarif régulé de ventre de l’électricité à 4%), visant à contenir momentanément la hausse des prix en vue des élections présidentielles, vont donner lieu à un rattrapage sur le dos des travailleurs dès la fin du printemps. Comme nous l’écrivions en septembre dernier, la société EDF devrait ainsi engranger des bénéfices de 7 milliards d’euros en 2022, battant tous les records depuis son introduction en bourse.

Plus largement, les multinationales de l’énergie sont parmi celles qui profitent le plus de la crise : le bénéfice de l’entreprise française Total a été multiplié par 23 lors du dernier semestre de l’année 2021 en raison de la flambée des cours des hydrocarbures.

Devant de tels profits, il est dès lors inacceptable d’imposer une dévalorisation salariales aux travailleurs. La CGT Énergie exige donc "l’ouverture de négociations sur la revalorisation du Salaire National de Base, l’arrêt de toute transformation du système de rémunération, ainsi que l’ouverture de négociations sur la revalorisation des minimums de branche pour les pensions des agents retraités". En plus des augmentations, les salaires doivent être indexés sur l’inflation, afin de protéger les ménages face à la crise économique et d’empêcher les patrons de tirer un profit supplémentaire de cette situation. 

Le 27 janvier, tous dans la rue pour des salaires dignes dans le public comme dans le privé


Cette grève dans le secteur de l’énergie, deux jours avant la journée de grève intersyndicale et inter-professionnelle du jeudi 27 janvier
s’inscrit dans un mouvement plus large de mobilisation autour de la question des salaires, qui touche différents secteurs du public et du privé depuis la rentrée de septembre 2021, notamment suite aux NAO jugées insatisfaisantes pour beaucoup. On retrouve dans cette bataille des secteurs du public, dont le combat pour des salaires dignes est directement lié à la défense d’un service public de qualité à l’image de EDF, mais aussi des secteurs du privé moins habitués à se mobiliser, dans le commerce avec Décathlon ou Leroy Merlin mais aussi dans l’industrie avec notamment Dassault Aviation.

Dans la continuité de la mobilisation dans la santé et dans l’éducation nationale, avec une grève très suivie le 13 janvier, il s’agit plus largement d’exprimer la colère qui existe contre le gouvernement, tant sur le plan sanitaire que économique. 

Face à la combativité qui existe dans plusieurs secteurs, cette date du 27 janvier ne doit cependant pas être laissée sans lendemain. Ainsi pour Cédric Liechti : "Le 27 à lui seul comme appel unique ne suffira absolument pas à changer les choses, à inverser la tendance et à reprendre les richesses qui nous sont volées par le capital. On peut l’utiliser au mieux comme un point d’ancrage pour la suite des luttes, mais ça va nécessiter obligatoirement une intensification des actions, pour élever le rapport de force dans la durée et la continuité avec pour objectif la grève générale et le blocage économique du pays, il n’y a que comme ça qu’on y arrivera."

Dans le public comme dans le privé, au delà des mobilisations spécifiques à chaque entreprises ou branche, il apparaît ainsi central de faire du jeudi 27 janvier une journée massive de mobilisation pour exiger une hausse générale des salaires de 300€ pour toutes et tous, une hausse du SMIC à 1 800€ net et des minimas sociaux, des moyens pour les services publics ainsi que la nationalisation sous contrôle des travailleurs de secteur vitaux tels que celui de l’énergie ! Réunissant de nombreux secteurs autour de ces revendications, la date du 27 janvier doit être l’occasion de commencer à coordonner les nombreuses mobilisations jusqu’ici isolées, autour d’un véritable plan de bataille pour construire un rapport de force face au gouvernement et au patronat.



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