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Jeunesse

"On est triés de manière raciste" : un étudiant expulsé par le Crous de Bordeaux témoigne

Le Crous de Bordeaux menace d’expulser 22 étudiants de leur logement au Village 5. En plus des méthodes répressives et illégales, un étudiant concerné par l’expulsion témoigne que parmi les 22 étudiants, ils sont tous étrangers. Il tient à dénoncer ce “tri raciste” opéré par le Crous.

mercredi 7 septembre

Je m’appelle Aurélien, j’ai 25 ans, je suis étudiant en Licence d’informatique et j’habite dans la résidence universitaire le “Village 5” à Bordeaux. La rentrée universitaire a déjà commencé depuis le 1er septembre pour moi, mais je ne peux pas suivre mes cours parce que le Crous essaye de m’expulser de mon appartement. Je vais vous expliquer ma situation.

Tout a commencé en juin dernier, à ce moment-là j’habitais au “Village 6” du Crous. Mon contrat d’habitation au Village 6 s’étendait du 1er septembre 2021 au 31 août 2022.

Contrat d’habitation de l’étudiant

Mais la résidence a été mise en travaux en juin, les 29 étudiants qui y habitaient encore ont reçu une solution de relogement. C’était une décision illégale puisqu’ils ne respectaient pas le contrat d’habitation. Alors on a engagé un bras de fer contre le Crous, et on a obtenu une solution de relogement au “Village 5” jusqu’au 31 août. Le problème maintenant c’est que le Crous ne veut pas nous redonner un logement pour la rentrée 2022-2023. On est 22 étudiants du Village 5 à ne pas avoir de relogement pour la rentrée.
Le Crous a commencé à nous mettre la pression pour partir, et le 1er septembre ils ont fait venir un huissier de justice qui nous a délivré à chacun une “sommation de déguerpir” dans laquelle on nous demande de "débarrasser de notre présence”. C’est extrêmement violent !

Document délivré par l’huissier de justice le 1er septembre

Aujourd’hui je n’ai pas rendu mes clefs, parce que je n’ai pas d’autres endroits pour me loger, et je ne peux pas payer un loyer à Bordeaux. Plusieurs étudiants ont rendu leurs clefs suite aux pressions du Crous qui leur avait dit qu’ils les aiderait, mais le Crous a menti, ils les laissent seuls sans solution de relogement : il y en a qui sont à la rue, d’autres en squat... un étudiant a trouvé une voisine qui l’a accueilli une nuit, et cette étudiante est elle aussi menacée d’expulsion parce qu’elle a accueilli un étudiant en situation de détresse !

Et le Crous n’a fait que renforcer ce genre de menaces, de méthodes répressives : ils ont coupé l’électricité, ils ont changé ma serrure quand j’étais pas là et du coup j’ai dû dormir une nuit entière dans les escaliers. Le Crous nous harcèle, clairement c’est du harcèlement qu’ils nous font subir depuis juin jusqu’au point où j’ai dû consulter un psychiatre qui m’a prescrit du xanax car je suis en situation d’angoisse permanente.

Le directeur de la résidence Philippe Charitton a appelé ma mère, il lui a dit “on ne sera pas aussi indulgents qu’en juin, on est prêts à utiliser des méthodes plus musclées pour les sortir”... alors quoi ils menacent de faire appel à la police pour nous expulser physiquement ? Ils s’acharnent autant parce qu’on a ouvert notre gueule en juin, ils veulent nous le faire payer. Voilà tout.

Ils veulent nous virer aussi parce qu’on est précaires. Les loyers standards du Crous s’élèvent de plus en plus, donc ils ont peur qu’on ne soit plus capable de payer. Le directeur du Crous nous dit qu’on n’est plus prioritaire pour les logements universitaires, mais c’est faux, on est tous des étudiants précaires. Dans les 22 étudiants expulsés, on est tous des étudiants étrangers, moi je viens de la Réunion, les autres viennent d’Afrique, du Sénégal, du Congo, du Maroc, d’Algérie... Le Crous nous sélectionne et nous trie de manière raciste, voilà l’explication selon moi.



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