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Notre classe

En grève le 1er juillet !

« On meurt au travail » : à Roissy, les salariés de l’aéroport dénoncent les conditions de travail

Le 9 juin, des milliers de salariés de différentes entreprises se mettaient en grève à l’aéroport de Roissy pour revendiquer une augmentation générale des salaires de 300€. Une colère liée à la vie chère, mais aussi au sous-effectif chronique et aux conditions de travail qui ne cessent de se dégrader.

vendredi 17 juin

« On a perdu 30% de nos effectifs, mais la quantité de travail a augmenté ! » Stéphane, 15 ans chez ADP

Si la première revendication concerne les salaires, la colère des salariés est également lié à la dégradation de leurs conditions de travail. L’année dernière a marqué un saut de ce point de vue avec la vague de suppressions de postes pendant la crise sanitaire dans le secteur aéroportuaire. A Roissy, « jusqu’à 30.000 emplois » étaient menacés, alors que 82.500 salariés travaillent sur la zone d’activité d’un des plus grands aéroport d’Europe employés par quelques 700 entreprises. Un an plus tard, les conséquences sont dures pour les salariés, le manque d’effectif se faisant ressentir sur les conditions de travail.

Stéphane, salarié depuis 15 ans chez Aéroport de Paris (ADP), une des principales entreprise donneuse d’ordre, témoigne : « Depuis le COVID, on a perdu 30% de nos effectifs, mais, malheureusement, la quantité de travail n’a pas bougé, elle a même augmenté ! » Même son de cloche pour Lucien, travailleur depuis 27 ans chez Servair et élu CGT au CSE de l’entreprise, cette dernière qui a fait partir beaucoup de salariés durant la pandémie : « Aujourd’hui, on est à 90% de la production normale, mais on doit travailler avec 100 salariés en moins. Ce n’est pas compliqué, un salarié travaille pour deux personnes. »

Pénibilité, sous-effectif et précarité : « on est en train de mourir au travail ! »

« Le truc de la direction, c’est la flexibilité » raconte Inayate, du terminal 2E, salarié et délégué syndical CGT chez Securitas. Lui et ses collègues s’occupent de la sûreté de la zone aéroportuaire. Il explique : «  On nous demande d’être polyvalent. On doit s’occuper de la sûreté sur les pistes, du côté des passagers, dans les avions… Ces conditions de travail jouent sur notre santé physique et morale. »

Chez Servair, entreprise spécialisée dans la restauration aérienne, Lucien raconte également que « depuis que l’activité a repris, la direction a remis le travail de nuit » afin d’éviter d’embaucher du personnel pour répondre à la « reprise de la production ». Un sous-effectif structurel qui accentue la pénibilité du travail. Et pour cause, « chaque mois, la direction annonce trois inaptitudes au travail. Par an, cela fait une trentaine. Elle rejette la faute sur la pandémie, mais, aujourd’hui, on est en train de mourir à cause de l’entreprise ! »

Lucie, intérimaire chez Fedex et responsable syndicale CGT témoigne de son côté : « Nos contrats de travail sont très précaires. C’est à la journée ou à la semaine. On t’appelle à 14 heures pour travailler à 23 heures. Et tu ne sais pas combien tu vas toucher à la fin du mois. Mais la précarité nous oblige à accepter de telles conditions de travail ». Mère de plusieurs enfants, elle nous explique qu’à son poste elle était malgré tout obligée de travailler la nuit.

Grève reconductible le 1er juillet : se coordonner et frapper tous ensemble pour 300€ d’augmentation pour tous, contre la casse des conditions de travail et pour des embauches !

En empêchant un avion sur quatre de décoller, la grève du 9 juin a exprimé la colère des salariés de l’aéroport qui s’est accumulée depuis plusieurs années. C’est en se préparant avec des assemblées générales et en se réunissant derrière le mot d’ordre de 300 euros d’augmentation pour tous, que les salariés ont pu frapper tous ensemble.

Cette première journée doit donc être un point d’appui pour la suite, alors qu’un appel à la grève reconductible à partir du 1er juillet circule. A ce sujet, Inayate raconte : « clairement, je pense que la mobilisation va s’amplifier les jours qui suivent. » Il s’agit donc de se coordonner pour construire l’unité à la base face aux manœuvres du patronat pour diviser les salariés, tout en continuant à élargir la mobilisation en défendant une augmentation générale des salaires face à l’inflation, mais aussi en se battant contre la casse des conditions de travail et pour des embauches.