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Notre classe

Soutien aux conducteurs de bus en grève !

« On nous félicite puis on nous vend ! » 4e jour de grève à Tisseo contre la sous-traitance

Depuis lundi 4 Octobre, les chauffeurs de bus, mais également les mécaniciens de Tisséo à Toulouse sont en grève contre la sous-traitance des lignes. Cette sous-traitance entraînera une détérioration des conditions de travail et de la qualité du service de transports.

jeudi 7 octobre

A l’appel de la CGT, de la FNCR (Fédération nationale des conducteurs routiers) et de la CAT (confédération autonome du travail), les travailleurs des bus Tisséo sont en grève depuis lundi 4 octobre contre la sous-traitance des lignes. Sud et la Cfdt ont quant à eux quitté le bateau de l’intersyndicale avant la grève, se satisfaisant des miettes données par la direction (de 7 lignes menacées par la sous-traitance le nombre est passé à 5).

Le taux de gréviste sur les trois dépôts Toulousains est en moyenne de 20% ce jeudi avec 43% de grévistes au dépôt d’Atlanta, le plus mobilisé. Si la participation est en baisse en cette fin de semaine, la détermination est là pour protéger les conditions de travail et le service. Les grévistes exigent la réintégration de toutes les lignes sous-traitées et l’arrêt de toutes les formes de sous-traitance dans tous les services. Une AG est prévue ce vendredi pour décider de la suite du mouvement.

« On nous félicite et maintenant on nous vend ! »

En première ligne lors de l’épidémie de Covid, les travailleurs de Tisséo ont fait tourner les bus en étant particulièrement exposés au virus, au début sans masques, alors que la direction n’avait pas élaboré de protocoles sanitaires satisfaisants (on se souvient des fameuses rubalises anti-covid disposées à l’avant des bus). Pour toute reconnaissance, la direction n’a envoyé qu’un joli courrier de remerciement. Les chauffeurs et mécaniciens n’ont jamais vu la couleur des primes qui avaient été promises aux travailleurs de la première ligne, alors que les salaires sont gelés depuis trois ans.

La sous-traitance que la direction veut mettre en place s’inscrit dans la lignée de ce mépris pour les travailleurs. Un gréviste résume l’hypocrisie de Thierry Wischnewsk, directeur général de Tisséo (formé au management à l’ESSEC et passé par Transdev) : « On nous félicite et maintenant on nous vend ! »

Restructuration, sous-traitance et ras-le bol

La sous-traitance de 5 lignes de bus a cristallisé la colère et poussé les travailleurs à la grève, mais le raz-le-bol est plus général. Frank, secrétaire à la FNCR et conducteur de nuit explique ainsi que depuis 2017 les nouveaux accords de conditions de travail ont augmenté le temps de travail de 10 jours par ans sans pour autant augmenter les salaires. Les alternances entre grosses journées et journées plus légères ne sont plus garanties, augmentant ainsi la pénibilité du travail.

La restructuration des lignes et leur sous-traitance va entraîner une dégradation supplémentaire des conditions de travail et avec elles de la qualité du service. Les conducteurs des lignes restructurées risquent ainsi de devenir « voltigeurs », c’est-à-dire des chauffeurs sans horaires et itinéraires constants devant s’adapter au jour-le-jour en fonction des besoins de la direction. La sous-traitance va permettre au secteur privé de payer moins les chauffeurs et de passer à une convention collective moins complète que l’actuelle. L’amplitude horaire des services sera également augmentée.

Au-delà des conditions de travail, les grévistes pointent la stratégie de Tisséo de sous-traiter de plus en plus les petites lignes pour ne garder que les principales (tram, métro, grosses lignes de bus) afin d’optimiser les coûts. Les lignes gérées par le privé coûtent en effet moins cher (4.9€ le km pour Tisséo contre 2.3 € le km pour une ligne sous-traitée). Comme le soulignent les grévistes, c’est au final sur leurs dos et celui des travailleurs sous-traités que se font ces économies.

Ces opérations de sous-traitance pourraient annoncer une privatisation plus large de la régie, bien que les grévistes ne soient pas formels et que les avis divergent sur ce point. Reste que la privatisation chez Tisséo est un processus rampant, comme le montre la sous-traitance d’une partie des opérations de contrôle des titres de transports à la société privée SCAT.

Si dans La Dépèche, Thierry Wischnewsk évoque les difficultés financières liées à la pandémie pour justifier cette sous-traitance, l’argument fait rire les grévistes. Ils évoquent plutôt le projet pharaonique de troisième ligne dans lequel s’est engagé Tisséo. Le financement de cette ligne devrait mettre en danger les finances de la régie en 2030-2040. Tisséo tente donc s’amortir le choc à venir sur le dos des travailleurs. Le taux de sous-traitance devrait ainsi passer de 24% aujourd’hui à 31% en 2030.

Se coordonner pour mener la riposte !

Cette rentrée est marquée par d’importantes attaques néolibérales contre le secteur des transports, des attaques qui rencontrent une forte résistance. Ainsi, les travailleurs de Transdev en région parisienne sont en grève depuis plus d’un mois contre l’ouverture à la concurrence et les atteintes à leurs conditions de travail. La SNCF se mobilise également contre l’ouverture à la concurrence du rail.

Cette dynamique est également présente dans l’entreprise Keolis et dans les villes de Metz, Reims, Saint Etienne, Lyon et bien d’autres villes où des tentatives de sous-traitance et de privatisations mobilisent les travailleurs des transports.

Cette attaque sur les transports est l’une des facettes de l’offensive néolibérale actuelle, illustrée récemment par l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance chômage. Face à ces attaques et pour mener la riposte, il est nécessaire de réagir collectivement et avec une stratégie qui permette de faire plier le gouvernement et le patronat. Cela ne peut être atteint qu’en e coordonnant entre les différentes villes et les différents secteurs. Cette coordination nécessite des cadres de décisions communs ainsi qu’une ouverture vers l’extérieur des grèves, à l’image des travailleurs de Transdev en région parisienne, qui se coordonnent pour étendre la grève à tous les dépôts mais également pour faire front avec les travailleurs de la SNCF, RATP et Keolis.

Une coordination massive des transports pourrait porter un programme non seulement de défense des conditions de travail et du service public, mais également un programme offensif visant à arracher les transports au secteur privé et à mettre en place un service public unifié des transports sous contrôle des travailleurs. Ce service permettrait de répondre à des problématiques environnementales et sociales essentielles tout en créant des emplois, en développant les transports en commun au détriment des voitures individuelles et en augmentant la part de fret ferroviaire, moins polluant et dangereux que le transport routier.

Pour construire la riposte face à la destruction du service public, la dégradation des conditions de travail et l’offensive néolibérale, groupons les forces et les colères !

Soutien aux travailleurs de Tisséo en grève !




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