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Onet-Airbus : une grève de la sous-traitance aéronautique riche en enseignements

Mi-octobre, les salariés d'Onet-Airbus mettaient fin à une semaine de grève. Alors que les attaques pleuvent sur l'aéronautique, le conflit d'Onet a contrasté avec une forme d'atonie dans le secteur, où seuls les Derichebourg en juin dernier ont relevé la tête. A ce détail près que la grève des Onet avait un caractère offensif, ne luttant pas « contre des attaques » mais « pour de nouveaux acquis ». Retour sur cette lutte, qui peut et doit faire tâche d'huile dans le secteur.

samedi 31 octobre

Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

Une grève dure, offensive et reconductible : la détermination des Onet-Airbus, un exemple à suivre

Comme nous l’expliquions dans notre article sur la fin de la grève, les salariés d’Onet-Airbus ont arraché une partie de leurs revendications, qui en elles-même détonaient dans le climat social actuel, avec un patronat à l’offensive et une relative atonie des résistances ouvrières, excepté dans quelques entreprises isolées. Une semaine de grève dure, reconductible, autour de mots d’ordres offensifs, visant à des avancées pour les travailleurs :
un taux horaire à 11.6€ pour toutes et tous, une prime Covid de 150€ et une prime produits dangereux de 50€ pour toutes et tous, l’arrêt de la procédure de licenciement et le reclassement d’une salariée et le paiement des jours de grèves.

Les éléments les plus marquant de ce conflit, c’est avant tout la détermination et la confiance des grévistes en leurs propres forces. Une attitude qui s’explique par leur victoire lors d’un précédent conflit, il y a trois ans et où les salariés avaient fait plier la direction d’Onet et Airbus ! De ce conflit de juin 2017, qui avait duré 9 jours, les grévistes ont tiré de précieux enseignements. D’abord, qu’il n’y a que dans le rapport de force dur contre la direction qu’il est possible d’obtenir une quelconque revendication, ensuite que l’unité et la solidarité entre les grévistes étaient la meilleure arme pour obtenir la victoire, et qu’il était en ce sens indispensable de déjouer les manœuvres de division de la direction. Élément important, le conflit de 2017 a aussi permis l’émergence d’un syndicat combatif, Sud Nettoyage, construit par les grévistes et qui a raflé, aux dernières élections, 8 sièges sur 10 au CSE.

C’est fort de ce bagage que les salariés d’Onet-Airbus sont rentrés en bataille en ce mois d’octobre 2020, dans une grève largement majoritaire (137 travailleurs sur 160) durant une longue semaine. Dans une ambiance combative, le piquet de grève a rassemblés jusqu’à 80 travailleurs en même temps, malgré le froid, la fatigue et la pluie qui s’est invitée dans le conflit. Une détermination qui a permis d’infléchir la position de la direction, qui rejetait en bloc les revendications, et qui a même joué la carte de la démoralisation, notamment en espaçant de plusieurs jours les différentes négociations.

Certes, la victoire est loin d’être totale, puisque comme nous l’expliquions, le conflit a débouché sur « l’obtention de la fameuse hausse du taux horaire à 11,6€ de l’heure, mis en place progressivement sur les 24 prochains mois, en trois phases (1er novembre 2020, 2021 et 2022) pour les personnels travaillant sur avion. Une mesure qui ne concerne donc qu’environ 85 grévistes, puisqu’une partie des travailleurs sur avion sont déjà à 11,6€ de l’heure et que les agents au sol ne sont pas concernés par cette avancée ». Pour bien des grévistes, la fin de conflit laisse donc un goût amer, même si la volonté de ne pas se laisser diviser a tenu jusqu’au bout, en refusant de « rentrer au boulot » en ordre dispersé.

Mais surtout, ce conflit a permis aux grévistes de faire une nouvelle expérience, et de tirer de nouveaux enseignements pour les luttes à venir. L’élément le plus progressiste, à ce titre, a été le développement de l’auto-activité autour de la question de la caisse de grève, avec l’implication de salariés moins au cœur des négociations avec la direction par exemple, et qui a permis l’émergence de forces vives dans le conflit. Qui plus est, pour beaucoup de salariés au début du conflit, l’illusion d’une issue rapide était largement répandue. L’expérience de la grève, et la dynamique autour de la caisse de solidarité, a permis ainsi d’aboutir à une conclusion importante, formulée par les grévistes eux-même : pour les prochains conflits, il faudra se préparer en amont, remplir une caisse de grève pour pouvoir tenir dans la durée afin d’obtenir la victoire. Il s’agit là d’un constat important, non seulement pour les grévistes d’Onet-Airbus, mais pour l’ensemble des travailleurs, dans l’aéronautique comme ailleurs.

Des éléments positifs, mais aussi quelques limites : qu’a t-il manqué à la grève des Onet-Airbus pour renverser la table ?

Globalement, le bilan de la grève des Onet-Airbus est plutôt positif, avec une détermination et une combativité dont ont fait preuve ces salariés d’un secteur parmi les plus précaires de l’aéronautique, à savoir le nettoyage en sous-traitance, et qui rappelle ces quelques îlots de combativité récents venant de secteurs précaires de notre classe, comme les Biocoop, les BPI de Paris ou les STPI dans l’automobile... Toutefois, et comme dans tout conflit, des limites, des difficultés, sont apparues. Nous nous concentrerons ici sur celle qui nous paraît être la principale : le manque d’auto-organisation.

En soi, le fonctionnement des prises de décision de la grève des Onet-Airbus a été singulier. Pas de réelle assemblée générale, mais de multiples discussions individuelles, puis un point d’information rapide avec tout le monde et une prise de décision, donc sans réelle délibération collective. Si, pour les grévistes, ce mode de fonctionnement apparaissait comme plus efficace, il ouvre la porte à deux problèmes principaux.

Le premier, c’est que ce mode de fonctionnement entraîne mécaniquement l’accumulation de la quasi-intégralité des tâches de la grève sur un nombre restreint d’épaules, faisant reposer la grève et tout ce que cela implique en terme de pression et de fatigue sur quelques grévistes seulement, ce qui n’est pas un élément négligeable dans un conflit long d’une semaine et dur comme celui des Onet-Airbus. Tout au contraire, un fonctionnement plus auto-organisé, avec des assemblées générales discutant de tout les aspects de la grève, des négociations jusqu’à la dernière des tâches, aurait permis de « décupler » les forces, d’impliquer l’ensemble des grévistes, de répartir la charge de la grève sur l’ensemble des épaules. L’exemple cité plus haut de la caisse de grève est en ce sens le plus frappant : non seulement des grévistes se sont révélés comme de véritables militants de la grève au cours du conflit conflit, mais cela montre aussi qu’il y avait une vraie disponibilité pour ce fonctionnement plus collectif. Et le résultat positif de cette initiative démontre que cet exemple, appliqué à l’ensemble des tâches de la grève, aurait renforcé le conflit. Un tel mode d’organisation, développé à son maximum, peut même aller au-delà des seules assemblées générales. Dans la construction d’un conflit long, on peut imaginer qu’après avoir délibéré tous ensemble sur les axes principaux, les tâches puissent être divisées dans différentes commissions, composés de quelques salariés : commission "caisse de grève", commission "médiatisation du conflit", commission "convergence avec les autres salariés" (ONET, Airbus, et la sous-traitance), etc...
De même, certains conflits durs se sont dotés, en plus des assemblées rassemblant le maximum de collègues, d’un "comité de grève", constitué du noyau dur, pour pouvoir prendre certaines décisions moins centrales (dans l’urgence quand on ne peut pas à chaque fois re-consulter tout le monde), qui puisse être élu par les collègue de l’assemblée, et responsable et révocable devant l’assemblée.

Le second, qui découle du premier, est que cela a ouvert une brèche pour la direction. En effet, l’aspect négatif d’un fonctionnement basé en grande partie par des discussions individuelles est que les doutes et les contraintes qui touchent chacun des grévistes, et qui sont des phénomènes tout à fait naturels, sont une arme pour la direction. La collectivisation de ces problèmes, qui ouvre la porte à leur résolution collective, aurait ainsi été un grand problème pour la direction, qui a passé l’entièreté du conflit à chercher à diviser les grévistes. Plus encore, cela donne à la direction un terrain privilégié, un point fort, qui est celui des négociations. Dans la grève victorieuse des salariés d’Onet du nettoyage des gares franciliennes en décembre 2017, les grévistes, par leur fonctionnement auto-organisé, avait réussi à faire que ce point fort des négociations deviennent le point faible de la direction. En effet, les délégations qui allaient aux négociations n’allaient pas « négocier », mais présenter les revendications des grévistes, puis enregistrer les propositions de la direction sans plus de cérémonie pour ensuite les soumettre à l’appréciation de l’assemblée générale. Un fonctionnement qui ôte toute marge de manœuvre pour la direction, et la force ainsi à dialoguer directement avec les grévistes au feu de la lutte, terrain à l’avantage des salariés.

Quelques perspectives

En soi, le conflit des Onet-Airbus a démontré que seule une lutte acharnée, déterminée, par la grève reconductible, était susceptible d’arracher des concessions au patronat, aussi minimes soient-elles. Il s’agit là d’une leçon importante pour l’ensemble du mouvement ouvrier, et une preuve de plus de l’inconsistance de toute politique de dialogue social.

Aujourd’hui, la tâche principale des désormais ex-grévistes d’Onet-Airbus est de maintenir et renforcer leur unité. Certes, les travailleurs ne sont pas tombés dans le piège d’une rentrée en ordre dispersée, mais il est tout aussi clair que la direction, qui a eu une peur bleue de voir ce conflit se structurer et gagner en puissance, cherchera par tous les moyens à briser la combativité des salariés. C’est pourquoi il est impératif que tout coup de pression ou forme de représailles, ouvertes ou non, contre un seul des travailleurs doit entraîner une réponse collective pour faire bloc : si on touche à l’un.e, ou touche à tou.te.s !

Mais au delà des frontières de leur propre entreprise, les salariés d’Onet-Airbus ont, par leur grève, démontré que l’atonie qui règne aujourd’hui, en particulier dans le secteur aéronautique, était tout sauf une fatalité. Durant leur grève, les salariés d’Onet-Airbus ont tentés de se lier à des travailleurs d’autres entreprises, par exemple en interpellant ceux d’Airbus sur le danger de travailler sur des chaînes non désinfectées et les appelant à faire valoir leur droit de retrait. A l’image des travailleurs de Derichebourg, les ex-grévistes d’Onet-Airbus peuvent jouer un rôle majeur, malgré la fin de leur conflit, en s’inscrivant dans la convergence, pour préparer les conflits à venir et entourer de solidarité toutes celles et ceux qui se battront dans les semaines et mois à venir. En ce sens, la politique du Collectif des salariés de l’aéronautique qui a amené quelques ouvriers de différentes boîtes à venir apporter leur soutien aux Onet sur leur piquet de grève, est primordiale dans la période qui s’ouvre. Ce collectif tente de réunir des salariés, de tout syndicat ou non-syndiqué, d’une vingtaine d’entreprises aéronautiques, sur la base d’un programme de défense de nos intérêts (0 suppression d’emplois ! 0 baisse de salaires ! "Si on touche à l’un, on touche à tous !"). Ainsi, la participation des Onet-Airbus dans ce cadre de convergence serait un plus indéniable, bénéfique y compris pour lutter contre toute forme de démoralisation et de désunion éventuelle à l’intérieur de la boîte.




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