Des bulldozers blindés se déploient dans les rues de Jénine, mardi 21 janvier. Crédits photos : Eye On Palestine.
Alors que des témoignages font état de plusieurs violations du « cessez-le-feu » à Gaza, l’armée israélienne a débuté, ce mardi 21 janvier, une offensive d’ampleur en Cisjordanie, visant la ville de Janine. Déjà assiégée par l’Autorité Palestinienne, depuis début décembre, au cours d’une opération militaire massive, les forces israéliennes ont lancé, vers midi, une incursion profonde dans les territoires occupés.
Après une série d’attaques de colons hier soir, probablement coordonnées avec l’armée, en Cisjordanie et une vague d’arrestations massives, menées dans les gouvernorats de Ramallah, d’Hébron, de Naplouse et de Qalqilya, des mouvements de troupes significatifs ont été enregistrés. Surnommée « Mur de fer », cette opération a déjà fait six morts et plus d’une trentaine de blessés depuis son lancement, il y a quelques heures.
Depuis plusieurs heures, les images qui nous parviennent de Jénine font état de l’avancée de dizaines de bulldozers blindés, accompagnés par des véhicules de transport de troupes, soutenus par des hélicoptères. Le nombre total de soldats déployés est encore inconnu. D’après Haaretz, plusieurs frappes aériennes ont également été enregistrées.
The Israeli occupation forces accompanied by bulldozers continue the invasion of Jenin city and its refugee camp. pic.twitter.com/led0fiUpn9
— Eye on Palestine (@EyeonPalestine) January 21, 2025
Sur d’autres images, d’une extrême violence, plusieurs habitants de la ville sont sommairement exécutés par les forces israéliennes. Sur une vidéo, un vieillard échappe de justesse à un tir de sniper. Sur d’autres, des Palestiniens qui marchaient dans la rue sont abattus dans le dos ou blessés par des rafales.
Quelques jours après la signature d’un accord de « cessez-le-feu », d’ores et déjà fragile, cette nouvelle invasion des territoires occupés, après l’incursion partielle menée en août, témoigne d’un changement provisoire du centre de gravité des opérations israéliennes. Le Ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, a indiqué que l’invasion a été lancée à la « demande de son parti » : « L’opération “mur de fer” sera une campagne intensive et prolongée contre les organisations terroristes et ceux qui les soutiennent, visant à protéger les colonies et leurs habitants, ainsi qu’à assurer la sécurité de tout l’État d’Israël, où les colonies jouent le rôle d’une zone tampon sécuritaire ». Une invasion coloniale au service du renforcement des colonies dans les territoires occupés.
אחרי עזה ולבנון, התחלנו היום בעזרת השם בשינוי תפיסת הביטחון גם ביהודה ושומרון ובמערכה למיגור הטרור באזור. זאת כחלק ממטרות המלחמה שנוספו בקבינט לדרישת הציונות הדתית ביום שישי.
"חומת ברזל" יהיה מהלך עצים ומתמשך נגד גורמי הטרור ומחולליו, להגנת ההתיישבות והמתיישבים ולמען ביטחון…
— בצלאל סמוטריץ' (@bezalelsm) January 21, 2025
Ce « changement dans la doctrine de sécurité », selon les termes de Smotrich, intervient quelques jours après le cessez-le-feu à Gaza. En cédant à la pression de Trump, offrant à son meilleur allié un « cessez-le-feu » quelques jours avant son investiture, Netanyahou avait mis en danger sa coalition gouvernementale. Alors que le cessez-le-feu entrait en vigueur, dimanche matin, Itamar Ben-Gvir a ainsi démissionné du gouvernement. Pour s’assurer du soutien de Smotrich, qui menaçait également de faire tomber la coalition, Netanyahou a vraisemblablement multiplié les gages à destination du parti du Sionisme religieux : lors d’une conversation avec son ministre, Netanyahou lui aurait ainsi promis de reprendre les combats, avant la deuxième ou la troisième phase de l’accord, sans que l’on puisse juger de la véracité de sa déclaration. D’autre part, Smotrich a obtenu du gouvernement qu’il lance une offensive d’ampleur en Cisjordanie, au sujet de laquelle Trump n’émettra sans doute pas d’objections, le président ayant, dès son retour à la Maison-Blanche, levé les sanctions qui pesaient sur les colons.
Dans le viseur de Smotrich et de l’extrême-droite israélienne depuis le début de la guerre à Gaza, Israël n’a eu de cesse d’élargir son contrôle sur les territoires occupés. Certains territoires ont été confiés, au début de l’été, sous le contrôle d’une autorité civile, une annexion de facto d’une partie de la Cisjordanie. Depuis septembre, le ministre des Finances menace en outre d’isoler économiquement Ramallah du système bancaire israélien, aggravant encore la terrible crise économique qui frappe les habitants des gouvernorats. Après l’invasion partielle en août, cette nouvelle attaque semble s’inscrire dans la stratégie annexionniste d’Israël qui tente, après Gaza, d’étendre son contrôle sur l’ensemble des territoires à l’ouest du fleuve.
Alors que Tsahal viole déjà le cessez-le-feu à Gaza, que les forces israéliennes ont lancé une incursion, ce mardi, au sud-Liban et qu’elles construisent une base militaire en territoire syrien, cette nouvelle opération est le signe terrifiant que les guerres d’Israël sont loin d’avoir pris fin. Plus que jamais, le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou, dont les différentes fractions ne sont soudées que par la guerre, tente de régler, une fois pour toutes, le « problème palestinien » de l’État israélien.
Face à la brutalité de la colonisation israélienne, il faudra bien plus qu’un simple cessez-le-feu pour mettre fin à la gigantesque accumulation de malheurs qu’a vécu le peuple palestinien : la lutte pour l’auto-détermination de la Palestine demeure l’unique solution pour mettre fin à l’enfermement de millions de Palestiniens dans la prison à ciel ouvert de Gaza, au génocide dans la bande et à la colonisation de la Cisjordanie.


