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Covid-19

Opération Résilience. Macron redéploie son armée coloniale en Outre-mer

Dans un contexte où la crise sanitaire touchera durement en Outre-mer, Macron mobilise le prétexte de la lutte contre le Covid-19 pour redéployer son armée aux Antilles et à la Réunion. Une manière de renforcer la présence de l'impérialisme francais qui cherche à prévoir toute forme de révolte dans un contexte d'instabilité de la situation à l'échelle internationale.

jeudi 26 mars

Crédit photo : Anton Raharjo / NurPhoto / AFP

Macron a annoncé ce mercredi le déploiement de l’armée dans le cadre de l’opération « Résilience ». Cette opération « sera entièrement consacrée à l’aide et au soutien aux populations, ainsi qu’à l’appui aux services publics pour faire face à l’épidémie, en métropole et en Outre-mer ». Les forces armées assureront « la protection de la population », « la prise en charge médicale », mais également un « soutien aux forces de sécurité intérieure ».

Une décision prise quasiment en même temps que l’annonce du retrait des troupes d’Irak, soit près de 200 militaires. Si le Coronavirus aura eu un effet positif, c’est le retrait de forces impérialistes d’Irak. Le porte-parole de l’état-major, le colonel Frédéric Barbry, a souligné que cette décision était « a priori temporaire ».

Macron a également annoncé que le porte-hélicoptères amphibie Mistral sera déployé « immédiatement » dans le sud de l’océan Indien et, « à partir de début avril, le porte-hélicoptères Dixmude ira se positionner dans la zone Antilles Guyane en soutien de nos territoires ultramarins ». Pour répondre à ce qui s’annonce comme une catastrophe dans les « territoires ultramarins » la réponse du gouvernement est donc d’envoyer un bâtiment militaire.

Vers une catastrophe humanitaire dans les territoires coloniaux français ?

Ce que l’Etat français a décidé d’appeler actuellement « DOM-TOM », sont en réalité des territoires coloniaux dont les populations ont obtenu quelques concessions, comme le droit à la nationalité française, mais qui restent largement sous-développés et soumis économiquement, politiquement et militairement à la France. En ce sens, face à la pandémie de covid-19, ces territoires colonisés restent très exposés à des catastrophes humaines.

Le caractère sous-développé (entretenu par l’impérialisme français) de ces territoires saute aux yeux quand nous prenons quelques chiffres. En Guyane, il n’y a que 38 lits de réanimation. La Réunion qui comptait 111 cas de covid-19, et qui est le territoire le plus peuplé de ces fameux territoires ultramarins avec 860 000 habitants, n’a que 112 lits en réanimation.

En novembre dernier, le personnel de santé était en grève à La Réunion contre les restructurations et le sous-effectif. Les syndicats dénonçaient les conditions d’accueil et de suivi. En moyenne, le délai d’attente aux urgences de l’hôpital de Saint-Pierre était de 12 à 14 heures. Le CHU de Pointe-à-Pitres était en grève générale pendant deux mois et demi pour protester contre les conditions de travail du personnel et le manque de moyens et d’infrastructure depuis un incendie de… 2017. Pendant 2 ans, le CHU de Guadeloupe a fonctionné de façon perturbée, les locaux transitoires étant inadaptés. C’est à ce même personnel et à ces mêmes infrastructures qu’on demande de faire face à la pandémie de Covid-19.

Dans ces dernières colonies de l’impérialisme français, la pauvreté et le chômage sont bien plus haut qu’en France et le manque d’infrastructure est déplorable. En Guyane en 2018, le taux de chômage était de 19 % en 2011 30 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté (qui est de 420 euros par mois en Guyane). Près de 40 % de la population adulte est illettrée. Une situation que l’on retrouve dans la plupart de ces colonies

Des objectifs militaires, non sanitaires

Ces faiblesses du système sanitaire dans les colonies pourraient provoquer des révoltes et la contestation du gouvernement. Le contrôle répressif de ces populations devient un impératif pour la France. Ce n’est donc pas pour rien que le gouvernement envoie un bâtiment militaire en Guyane. C’est un endroit stratégique pour l’impérialisme français dans le continent américain. Une colonie où la seule chose qui semble inquiéter les autorités françaises c’est la sécurité du centre spatial de Kourou.

En effet, la pandémie de covid-19 est en train de modifier les contours du monde tel qu’on le connaissait jusqu’à présent. L’épidémie est en train d’accélérer les contradictions de l’économie capitaliste mais aussi les tensions entre les puissances impérialistes et diverses puissances internationales. La France possède, comme nous l’avons dit, des restes de son grand empire colonial, ce qui lui permet de contrôler certains points stratégiques dans les cinq continents. Dans ce contexte de potentiels conflits majeurs entre puissances, le contrôle, d’une main de fer s’il le faut, de ces territoires et de leurs populations devient un besoin stratégique pour l’impérialisme français. C’est de là qu’il faut comprendre ce redéploiement de l’armée française -qui n’est en réalité qu’un renforcement tant il est déjà largement présent dans la zone-, comme répondant à des impératifs militaires plus que sanitaires comme le gouvernement veut faire croire.

Lorsqu’Emmanuel Macron explique que l’armée va soutenir les forces de sécurité intérieure dans des missions de protection de sites sensibles ou de réassurance des populations, cela reste assez vague pour laisser passer qu’ils pourront participer à l’application des mesures de confinement. En premier lieu dans les quartiers populaires.

L’armée est le détachement le plus avancé de l’impérialisme français. Son redéploiement dans les colonies françaises non seulement n’apportera rien en termes de lutte contre la pandémie de covid-19, mais surtout impliquera un redoublement des populations de ces territoires. Dans le contexte actuel de double crise (sanitaire et économique), les traits les plus réactionnaires de l’impérialisme vont avoir tendance à se renforcer. Le redoublement de l’oppression coloniale ne peut constituer qu’une très mauvaise nouvelle pour les travailleurs en France. C’est pour cela que la classe ouvrière, la jeunesse précarisée, et l’ensemble des classes exploités et des opprimés doivent exiger le retrait de l’armée française de tous ses théâtres d’opération ; non seulement des colonies françaises mais aussi des ex colonies françaises en Afrique. En même temps, les travailleurs doivent exprimer toute solidarité avec les populations des colonies françaises et exiger que tous les moyens soient mis en place pour lutter contre la pandémie. Cette crise ne doit pas constituer un prétexte pour le renforcement de l’impérialisme français.




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