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Politique

Mais de qui se moque-t-on ?

Opération « transparence » : les 5 raisons pour lesquelles François Fillon nous prend pour des truffes

Face aux accusations qui s’accumulent contre lui, François Fillon s’est exprimé lundi en cherchant à reprendre l’offensive. S’il s’est « excusé » pour la première fois, sur le fond, il ne change pas de discours et cherche même à convaincre en lançant une opération « transparence ». Résultat : un florilège de mensonges et de mauvaise foi que nous résumons ici en 5 points.

mardi 7 février 2017

Georges Camac

1. « Ma femme a donc occupé ce poste pendant quinze ans et ceci pour un montant moyen de rémunération mensuelle de 3 677 euros net. Salaire parfaitement justifié pour une personne diplômée de droit et de lettres. »

 
On se demande ici de qui on se moque. D’abord, il convient de rappeler que l’emploi de sa femme est fortement supposé fictif. Mais surtout, derrière la moyenne de 3677 euros net mensuels déclarés par Fillon, on trouve des moments où celle-ci était payée bien plus. Ainsi, entre janvier et août 2007, affirme Le Canard enchaîné, Penelope Fillon a touché 10 167 euros brut par mois, soit 7 829 euros net, c’est-à-dire plus que l’indemnité d’un député (hors frais) !

Et surtout, c’est une somme qui reste largement supérieur au salaire d’un assistant parlementaire de l’Assemblée Nationale qui perçoivent en moyenne 2 643 euros brut, soit 2 035 euros net, bien en deçà du salaire touché par Mme Fillon. Et c’est sans compter sur les 45.000 d’indemnités de licenciement qu’elle aurait touché selon les dernières révélations du Canard Enchaine. Il convient enfin de rajouter que dans le même temps, celle-ci a été également salariée par la Revue des Deux Mondes, ce dont Fillon s’abstient bien de parler.

2. « Lorsqu’elle a fait cette déclaration, je vous rappelle que c’était dans une émission en anglais, pour un public anglais. La journaliste s’est approchée de mon épouse pour lui dire à quel point elle était choquée de l’utilisation de l’interview. »

 
D’abord, c’est faux. Ces propos ont été démentis dans la journée par la journaliste anglaise auprès de Libération. Celle-ci a même tenu à s’adresser directement au candidat de la droite sur Twitter face à son insistance.

Mais surtout, même si c’était vrai, on voit mal en quoi ceci pourrait constituer un argument. Rappelons que dans la vidéo incriminée, on peut voir la femme de François Fillon déclarer : « je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit dans ce genre ». Une interview qui date de 2007, au moment où elle était justement censée travailler officiellement pour lui en tant qu’assistante parlementaire.

3. « On brandit un montant d’un million d’euros pour faire sensation alors que les sommes sont en euros bruts. »

 
D’abord, il convient de préciser que c’est ce qui a coûté au contribuable, et qui nous intéresse. Mais surtout, quand celui-ci parle d’une somme totale nette de 680 000 euros touchée par sa femme, il ne prend pas en compte l’inflation. Or, 1000 euros touchés dans les années 1980 valait bien plus que 1000 euros touchées en 2017.

En reprenant les sommes nettes déclarées par M. Fillon, et en les convertissant en euros constants 2016 pour chaque année où sa femme a touché un salaire en tant qu’assistante parlementaire, on trouve que, compte tenu de l’inflation, Penelope Fillon aurait perçu l’équivalent de 823 000 euros net de 2016. En brut, cette somme se monte à plus d’un million d’euros.

Rappelons à ce titre que le smic mensuel net est actuellement de 1150 euros par mois. Rapporté au salaire touché par Pénélope Fillon, son emploi d’assistante parlementaire lui a donc rapporté quasiment 60 ans de SMIC.

De plus, on ne parle ici encore une fois du salaire touché à la Revue des Deux Mondes pour un travail plus que contestable. Penelope Fillon aurait, toujours selon le Canard enchaîné, été rémunérée comme « conseiller littéraire » de la Revue des deux Mondes de mai 2012 à décembre 2013 à près de 5 000 euros mensuels en brut (environ 100 000 euros en tout).

4. Le château à 750 000 euros

 
Dans sa déclaration de patrimoine, que Fillon a publié l’affaire, pour être « transparent », celui-ci estime la valeur de son château à 750 000 euros. Rappelons que l’on parle ici d’un château qui, selon les informations disponibles, comporteraient 14 chambres et de nombreuses salles de bain. De plus, derrière le château se trouve également 3 000 m² de bâtiments annexes, et un terrain de 6 hectares.

Si l’on calcule sur une surface approximative de 3 500 m2 de surfaces habitables (en tenant compte des bâtiments annexes), cela nous ferait donc un prix de vente à 214 euros/m2. Quand on sait que le prix moyen de vente d’une maison en France est de 2 300 euros/m2, qu’on parle ici d’un château avec un terrain de 6 hectares, on se demande bien de qui on se moque.

Pour preuve, ce château mis en vente actuellement sur Internet. Situé dans la Sarthe, avec 15 chambres, 21 hectares de terrain et 1 400 m2 de dépendances, il est proche des caractéristiques connues du château de Fillon. Prix de vente : 3 277 000€. Même si il faudrait davantage d’éléments pour déterminer le prix, les 750 000 euros annoncés par Fillon apparaissent définitivement fantaisistes.

5. « Lorsque j’étais premier ministre, je n’ai cessé de resserrer les règles de transparence et de déontologie appliquées aux membres du gouvernement. J’ai encadré l’utilisation des avions de l’Etat. J’ai renforcé les règles sur les appartements de fonction des ministres. (…) J’ai sanctionné des ministres pour des dépenses indues. »

 
Là, on croit rêver. Doit-on rappeler que lorsqu’il était ministre disposait d’un appartement de fonction de 309,72 m2 ou encore qu’il utilisait régulièrement le Falcon de l’Etat, y compris pour des déplacements privés pour des sommes qui dépasseraient le million d’euros ?

Surtout, il faut se souvenir que celui-ci avait voté contre le projet de loi pour la transparence en 2013. Proposé après l’affaire Cahuzac, celle-ci demandait aux élus de faire aux élus la transparence sur leurs revenus et leur patrimoine. Une mesure vraiment minimale mais que Fillon dénonçait à l’époque avec véhémence : « Je récuse l’idée que les hommes politiques soient tous corrompus ». « Je suis scandalisé que le gouvernement parle de loi de moralisation. Comme si la vie politique était immorale. Moi, je n’ai rien à cacher. Je ne voterai pas ce texte parce qu’il n’a aucun intérêt  ».

On comprend d’ailleurs mieux pourquoi quand on voit l’ampleur des scandales dans lequel celui-ci est plongé désormais. Pour Fillon, le contrôle des élus, si minime soit-il, est une mesure insupportable. Il exprime à lui tout seul l’ampleur du cynisme et du sentiment d’impunité des politiciens de ce système.

Le candidat de la droite résume d’ailleurs parfaitement bien cet état d’esprit dans l’une de ses interventions de lundi dernier. « En raison de la séparation des pouvoirs, personne n’a le droit de porter de jugement sur le contenu du travail [d’un assistant parlementaire]  ». En d’autres termes, circulez, y’a rien à voir.




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