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Politique

Impunité patronale

Orpea : le groupe protégé par la loi sur le secret des affaires de Macron

Un rapport d’enquête a été remis au gouvernement suite au scandale sur le traitement des résidents des sites d'Orpea. Avec la loi du secret des affaires, ce rapport ne peut être rendu public ce qui protège les patrons du groupe.

mercredi 30 mars

Crédits photo : Alain Jocard / AFP

Après la sortie du livre Les Fossoyeurs qui dénonce les détournements de fonds et la maltraitance des résidents des EHPAD du groupe ORPEA, une double enquête administrative avait été ouverte pour vérifier ces propos en février dernier. L’Inspection générale des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) ont déposé le 26 mars dernier ce rapport, qui a mis en lumière des dysfonctionnements dans ses méthodes avec un accueil de pensionnaires en nombre trop élevé par rapport à la capacité d’accueil ou encore des besoins nutritifs peu pris en compte pour les résidents. Ce rapport a aussi pointé du doigt le détournement de fonds publics de la part du groupe, qui s’élèverait à plusieurs millions d’euros selon Brigitte Bourguignon, ministre déléguée en charge de l’Autonomie.

Face au détournement de cette somme, après avoir consulté le rapport, l’Etat a décidé de porter plainte contre Orpea et de demander le remboursement des fonds. Cependant, si cette plainte va être déposée, c’est principalement pour étouffer le scandale. En effet, les cas d’entreprises qui font du détournement de fonds ne sont pas rares : ici, le gouvernement est confronté à une histoire qui a pris de l’ampleur, sur un sujet qui est un des thèmes de campagne de Macron depuis 2017, la dépendance. Il a fallu réagir et envoyer Castex en visite auprès de résidents. Au risque d’un scandale si rien n’était fait puisqu’il s’agit d’un groupe qui profite de la vulnérabilité de personnes âgées et dépendantes et de l’exploitation des personnels de santé particulièrement précaires.

Pourtant ce rapport ne sera pas rendu public ! Avec pour prétexte la loi relative à la protection du secret des affaires, loi adoptée sous le mandat de Macron, en 2018. Le gouvernement et les dirigeants d’Orpea se renvoient la balle : pour Bourguignon cette loi empêche en partie la publication et elle affirme que [le groupe s’oppose à la diffusion publique→https://www.la-croix.com/France/Scandale-Orpea-PDG-confirme-etre-favorable-publication-rapport-dinspection-2022-03-30-1201207768] ; en face le PDG d’Orpea affirme dans une interview pour Le Figaro qu’il regrette que le rapport ne soit pas rendu public, tout en ajoutant ce mercredi que “le secret des affaires se limite à ce qui relève du droit de la concurrence. Nous n’allons pas mettre le détail de tous nos contrats. Mais tout le reste mérite d’être largement diffusé”.

Difficile de faire confiance à qui que ce soit dans cette histoire, le résultat des courses étant que ce rapport n’est pas public. Pour autant, les ententes entre l’État et la direction d’Orpea ne semblent pas trop mises à mal, la direction ayant obtenu près de deux semaines pour communiquer sa défense après sa réception du pré-rapport, au lieu de… 48 heures comme [le rapporte Le Monde→https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/03/21/on-ne-va-pas-se-laisser-faire-comment-les-dirigeants-d-orpea-ont-organise-en-interne-la-contre-attaque_6118458_3224.html].

Si une douzaine de fermetures de sites du groupe sont prévues, ce ne sont pas le PDG ou ses collaborateurs proches qui seront touchés par cette affaire mais bien les employés qui travaillent dans ces EHPAD, qui étaient déjà contraints de travailler dans des conditions très mauvaises et qui pourraient maintenant se faire licencier. D’ailleurs l’ancien PDG, sentant venir le séisme, en avait revendu in extremis pour près de 600.000 euros d’actions du groupe juste avant la sortie du livre !

Cette affaire illustre ce contre quoi que de nombreux journalistes et syndicalistes avaient mis en garde en 2018 lors du passage de la loi sur le secret des affaires : elle n’est qu’un moyen pour les capitalistes de se couvrir, et d’enterrer les scandales par des attaques pénales contre les lanceurs d’alerte. C’est déjà ce qui était arrivé à l’inspectrice du travail qui avait dénoncé le relais de pressions industrielles de Tefal dans sa hiérarchie. Déjà présente dans la loi Macron de 2015, de telles défenses contre les syndicalistes et les journalistes un peu trop curieux de savoir ce que les capitalistes font de notre argent, sont aussi une préoccupation du Parlement Européen. En 2016, Marine Le Pen avait voté pour une telle loi.

Il est nécessaire d’exiger une totale transparence sur ce genre de rapports mais plus généralement de lever le secret des affaires. Le secret n’existe pas entre les grands groupes capitalistes. Ils possèdent des armées d’experts, d’analystes et ne se servent de ce secret que pour mieux tromper la société, les consommateurs et ceux qu’ils exploitent. C’est à eux qu’ils ne veulent pas dévoiler combien ils tirent de l’exploitation de leur travail, combien ils détournent d’argent public grâce aux aides que leur fournissent leurs amis engagés en politique. C’est de cette manière qu’ils justifient les licenciements et l’austérité. Les travailleuses, les travailleurs et leurs organisations doivent avoir un droit de regard sur toutes leurs affaires !



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