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Alors que les cinémas sont fermés ...

Oscars 2021 : Retour sur une cérémonie en temps de pandémie

Avec deux mois de retard en raison de la pandémie, la 93ème cérémonie des Oscars s’est tenue dans la nuit de ce dimanche 25 avril 2021 à Los Angeles. Retour sur cette édition particulière et sur ce qu’elle révèle des mutations du milieu cinématographique…

lundi 26 avril

Une cérémonie marquée par la crise sanitaire et le combat contre les violences policières

C’est sans grande surprise que cette 93ème édition des Oscars s’est tenue dans des conditions nettement moins “flamboyantes” qu’à son habitude (cette dernière a d’ailleurs été assez peu suivie). Sous le signe d’une certaine sobriété, la cérémonie a été marquée par des discours engagés. Les réalisateurs du film d’animation If anything happens I love you ont notamment prononcé un discours d’hommage aux victimes de violences policières. Travon Free, qui a co-réalisé le court-métrage Two distant strangers a lui aussi pris la parole pour dénoncer ces actes : “Ce soir la police va tuer trois personnes, demain la police va tuer trois personnes et après-demain la police va tuer trois personnes. Parce qu’en moyenne, la police américaine tue trois personnes par jour, soit 1000 personnes par an.” Les cérémonies des Oscars se font depuis quelques années le relais de causes politiques et sociales, à l’instar de l’édition 2018 marquée par le mouvement #MeToo. Cette année c’est donc inévitablement autour du mouvement Black Lives Matter que les rares discours politisés se sont construits, alors que l’ancien policier Dereck Chauvin a été reconnu coupable du meurtre de George Floyd un peu plus tôt dans la semaine.

Au cours de l’histoire des Oscars, les critiques ont souvent déploré le fait que, malgré l’immense richesse du cinéma à travers le monde, les productions mises en avant aux Oscars étaient majoritairement nord-américaines. De même, c’est sous le prisme de la “blanchité” que de nombreuses éditions se sont tenues, que ce soit en terme de la composition du jury ou bien des nominations. En 2016 et ce pour la deuxième année consécutive, la totalité des acteurs cités dans les catégories d’interprétation étaient blancs : ce constat avait suscité l’indignation et donné naissance au hashtag Oscars So White. Controverse qui a en partie servie de leçon à la cérémonie comme le prouve cette nouvelle édition. Les discours des différents intervenants montrent que les oscars, malgré leur caractère élitiste sont traversés par les contradictions qui animent la société.

C’est tout d’abord le film Nomadland de Chloé Zhao qui a remporté 6 oscars, notamment celui de “Meilleure réalisation”, de “Meilleur film” mais également de “Meilleure actrice” pour Frances McDormand (l’une des actrices les plus récompensées). Chloé Zhao devient ainsi la seconde femme à remporter le trophée de meilleure réalisation de la cérémonie pour son film qui dépeint la vie de Fern, une sexagénaire qui décide de prendre la route après avoir tout perdu suite à la crise économique de 2008.Quant à l’oscar du “Meilleur acteur dans un second rôle” il a été décerné à Daniel Kaluuya, interprète du militant des Black Panthers assassiné en 1969, Fred Hampton. Enfin, l’actrice sud-coréenne Youn Yuh-jung est devenue la première coréenne primée aux Oscars pour son rôle dans “Minari” de Lee Isaac Chung qui relate l’histoire d’une famille immigrée aux Etats-Unis.

En ce qui concerne les oscars de “Meilleur scénario original” et de “Meilleur scénario adapté” ils ont respectivement été remportés par Promising Young Women de Emerald Fennell et The Father du réalisateur français Florian Zeller. Anthony Hopkins, qui y joue un père atteint de démence, a d’ailleurs remporté l’oscar de “Meilleur acteur”.

Des nominations révélatrices de la mort des salles de cinéma ?

Au-delà de la diversité des œuvres et des artistes récompensés, c’est bien l’omniprésence des productions Netflix sur le palmarès qui marque cette édition des Oscars. Le film Mank de David Fincher remporte 2 prix certes techniques (“Meilleurs décors” et “Meilleure Photographie”) mais a été nominé pas moins de 10 fois. Au total 7 prix récompensent la plateforme de streaming Netflix qui devient le studio le plus primé de la cérémonie. Révélateur d’un constat exacerbé par la pandémie, soit celui de la mise à mal des formes plus traditionnelles du cinéma par le streaming.
En effet les plateformes de streaming se sont imposées non seulement comme nouveaux acteurs incontournables d’Hollywood mais également comme un nouveau moyen de proposer du cinéma. Ainsi de plus en plus de films sont réalisés exclusivement pour ces plateformes comme c’est le cas de certains films Netflix reconnus et qui ne sont pourtant jamais sortis en salle (Roma de Alfonso Cuaron, Okja de Bong Joon Ho).

L’expérience collective de films visionnés en salles de cinéma a d’autant plus souffert de la pandémie avec la fermeture de ces dernières dans de nombreux pays. En Californie par exemple, les chaînes mythiques ArcLight et Pacific Theatres ont annoncé mettre la clé sous la porte, ce qui a entraîné la fermeture de 300 salles. De leur côté les plateformes Netflix, Amazon et Apple TV ont gagné des millions d’abonnés au cours de la crise sanitaire. Ainsi le streaming qui se veut accessible partout et pour tous pourrait achever de faire du cinéma un petit luxe réservé aux plus grands amateurs du 7ème art...




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