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Du Pain et des Roses

Offensive réactionnaire

Ouverture de la PMA à toutes les femmes : les réactionnaires passent à l’attaque

Alors que la réforme de la filiation a été adoptée en première lecture à l'Assemblée, les réactionnaires de la Manif pour Tous se sont fait entendre dans la rue ce dimanche, et passent à l'offensive en annonçant leurs prochaines mobilisations.

mardi 8 octobre

Crédits photo : MICHEL STOUPAK / AFP

Dans un climat politique tendu pour Macron, la droite réactionnaire de la Manif pour Tous passe à l’offensive dans la rue

Alors que l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires ou homosexuelles avance dans les institutions et que la réforme de la filiation vient d’être adoptée à l’Assemblée nationale, ce dimanche c’est par dizaine de milliers que les anti-PMA sont descendus dans la rue. En effet, les réactionnaires de la Manif pour Tous et autres associations rétrogrades paraissent prêts à prendre leur revanche sur le mariage accordé aux couples homosexuels en 2013, et ils ne lésinent pas sur les moyens : 110 bus et 2 TGVs étaient par exemple mobilisés pour faire venir un maximum de provinciaux pour l’occasion.

Tout a été fait pour peser dans la balance en opposition au projet de loi qui passera devant une commission spéciale au Sénat dans les jours à venir. Tout, y compris l’annonce de chiffres exorbitants par « Marchons Enfants ! », les organisateurs de l’événement, qui ont revendiqué avoir rassemblé 600 000 manifestants ce week-end. Un chiffre nettement gonflé, au vu de ceux des organisations de comptage indépendantes (74 500 manifestants), ou encore de la préfecture de police (42 000), mais que certains journaux tels que le Figaro ont cependant pris le parti de mettre en valeur, notamment dans le titre de leur live sur l’événement...

Si cette manifestation s’inscrit dans la lignée directe des « Manifs pour Tous » de 2012 et 2013, elle prend place aujourd’hui dans un contexte de tension sociale très forte au cœur du quinquennat d’Emmanuel Macron. Alors que la rue est prise d’assaut depuis des mois par les Gilets jaunes qui se battent contre le gouvernement pour des conditions de vie meilleures, ou encore par la jeunesse pour le climat, et que les manifestations contre la réforme des retraites se font de plus en plus nombreuses depuis la grève de la RATP du 13 septembre, et avec l’annonce de la grève illimitée pour le 5 décembre, l’apparition de ce secteur droitier et réactionnaire dans la rue montre la fragilité extrême de Macron. En effet, alors que le président, poussé à montrer un visage progressiste pour calmer l’électorat de gauche, tente de remettre au centre « les femmes, cause numéro 1 du quinquennat », avec la remise sur la table de l’ouverture de la PMA ou encore le « grenelle contre les violences conjugales », le voilà obligé de composer avec une droite dure, qui elle aussi se montre prête à se mobiliser pour faire pression.

Cette polarisation sociale met en lumière la difficulté pour Macron de se constituer une base sociale pérenne, tant il oscille entre réformes ultra-libérales qui font fuir son électorat de gauche et alimentent l’explosivité sociale, et réformes "progressistes" qui affaiblissent durement sa base droitière pour qui Les Républicains redeviennent une opposition attractive. 
C’est ainsi déterminée et à l’offensive que se montre aujourd’hui cette frange de la population, notamment à travers son calendrier de mobilisation pour l’année, annonçant des manifestations le 1er décembre (lors de la journée mondiale contre le sida), le 8 mars (journée internationale des droits des femmes), ainsi que le 17 mai (journée contre l’homophobie), une provocation considérable contre l’ensemble du mouvement social, qui démontre l’idéologie profondément réactionnaire de cette mobilisation. En effet, penser un calendrier calqué sur la plupart des journées dédiées aux luttes pour le droit des femmes et des personnes LGBT, c’est une manière de se constituer en opposition réactionnaire au mouvement des femmes et mouvement LGBT, qui ont arraché au gouvernement chacune de ces dates pour appuyer leurs revendications qui sont loin d’être reconnues dans la société ! 

Si les organisateurs de la mobilisation se défendent de toute provocation, il est certain que ces derniers tentent par tous les moyens de faire pression sur le gouvernement. Et dans ce contexte d’irruptivité sociale et de naissance d’une quatrième vague féministe, cette frange réactionnaire a conscience qu’avec un tel calendrier, elle risque d’attiser encore davantage la colère de la population, ce que ne souhaite en aucun cas le gouvernement qui veut passer coûte que coûte les réformes de l’acte II. Ainsi, en tapant sur les journées de lutte progressiste, la mobilisation anti-PMA souhaite faire pression indirectement sur le gouvernement, qui ne risquerait pas que la colère sociale soit décuplée par un tel calendrier.

Avec l’annonce de ce calendrier de mobilisation, la Manif pour Tous montre de manière criante son vrai visage, profondément réactionnaire, et ce malgré la tentative de s’approprier le discours des luttes progressistes dans la rue en cette rentrée. 

Un discours nauséabond qui surfe sur l’actualité des mouvements sociaux pour populariser ses idées rétrogrades

A l’argument désormais classique du « besoin naturel d’un père » pour chaque enfant – argument qui se révèle assez vide quand on regarde le nombre de familles d’ores et déjà monoparentales (27% des foyers avec enfants en 2015) ou encore des mères isolées (1 530 000 en 2018) ce qui montre bien que le cadre de conception d’un enfant dans un couple hétérosexuel n’est en rien une garantie de ce schéma familial – appuyé par la devise « Liberté, égalité, paternité ! » que s’est donnée le mouvement, s’ajoutent désormais des arguments prétendument « anticapitalistes » ou même « écologistes » !

C’est en effet contre « l’enfant devenant une une marchandise » ou encore sous le slogan « Nos pères valent plus que vos profits », que les manifestants de ce week-end ont eu l’audace de se regrouper dimanche. Si le prix de la PMA est en effet un problème en ce qu’il empêche qu’elle soit réellement accessible à toutes les femmes, cela n’a rien à voir avec le délire hypocrite de ces organisations qui tentent de faire passer l’ouverture de la PMA pour un grand marché au code génétique choisi, là où elle est le seul moyen pour les femmes de pouvoir concevoir un enfant en dehors du couple hétérosexuel, ce qui est le point qui leur est en vérité insupportable. Une hypocrisie d’autant plus évidente face à l’immense banderole « Nos pères valent plus que leurs profits » qui détourne un slogan anticapitaliste, là aussi sur un argumentaire qui n’est qu’une mascarade. Car si les capitalistes privent les enfants de leurs parents dans le but de faire du profit, ce n’est certainement pas par le biais de la PMA, mais en forçant les travailleurs à perdre leur vie à la gagner, à passer leur temps au travail, à les élever dans la précarité que produit ce système, à faire le choix entre voir leurs enfants ou travailler assez pour les nourrir.

Et dans l’optique populiste, désormais bien connue de la part de la droite la plus réactionnaire, de parler aux mouvements sociaux populaires, c’est bien sûr sous couvert « d’écologisme » que les manifestants ne pouvaient pas manquer d’avancer leurs idées conservatrices et rétrogrades, s’insurgeant contre la « déformation de la nature humaine par la science », apparemment effrayés devant une pratique qui contourne les « lois de la nature ». « Ce n’est pas comme ça qu’on fait les enfants », « ce n’est pas comme ça que ça se passe normalement », peut on entendre parmi les manifestants, arguments d’une vacuité sans limite, qui n’ont rien d’écologistes et ne montrent que la rigidité conservatrice et l’homophobie de ceux qui les avancent, dans une société ou tout est construit, transformé par l’homme, la technique et les progrès de la science. 

Face aux idées réactionnaires et aux politiques des gouvernements, battons nous pour nos droits !

Face à cette offensive des réactionnaires de « Marchons Enfants ! » ou de la « Manif pour tous », et bien qu’elle ne menace pour l’instant que très peu le projet de loi, largement soutenu par l’opinion publique, n’oublions pas que chaque droit pour les femmes ou les minorités de genre ou sexuelles a été arraché par des luttes parfois très longues aux différents gouvernements. Ce n’est par exemple que six ans après la légalisation du mariage pour les couples homosexuels que la PMA va aujourd’hui être ouverte aux couples de femmes, une attente qui est le résultat de cette pression exercée par ces idées et organisations réactionnaires.

Et si Macron espère détourner la population de la réforme des retraites avec ce projet de loi bioéthique (une tactique bien connue des gouvernements comme celui de Hollande qui a instrumentalisé le Mariage pour Tous pour préparer tranquillement la Loi Travail), le mouvement des femmes et le mouvement LGBT doivent être les acteurs de l’émancipation de toutes et tous, et continuer de se mobiliser contre ce gouvernement qui nous précarise toujours davantage. 

Contre ce type de manifestations, mais aussi contre les politiques au pouvoir qui ne se font que trop souvent les porte-parole des discours les plus rétrogrades de la société, c’est à nous, féministes, de prendre la rue et de nous battre pour nos droits, pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, sans clause de conscience, pour une réelle égalité entre les sexes, et pour la destruction de cette société patriarcale qui nous prive du contrôle sur nos vies et nos corps.




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