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Politique

Ouverture du Ségur de la santé : Olivier Véran face à la défiance des soignants

Hier s’est ouvert le Ségur de la Santé. Les premières promesses et annonces du ministère de la santé se heurtent à celles des soignants qui attendent le gouvernement au tournant.

lundi 25 mai

Le « Ségur de la santé », du nom de l’avenue parisienne où se trouve le ministère des solidarités et de la santé, a été officiellement lancé ce lundi 25 mai. C’est à 15h30 qu’Edouard Philippe et Olivier Véran ont annoncé par visioconférence face à 300 représentants du secteur de la santé le cadre, les grands axes et le calendrier de ce nouveau « grenelle ». Ce « Ségur » doit aboutir en sept semaines à la « refondation du système de santé », une promesse qu’avait tenu Macron à la mi-mars en pleine crise du Covid.

Le gouvernement a confirmé ce lundi les différents chantiers qui seront ouverts lors de cette concertation qui durera sur plusieurs semaines : revalorisation des salaires, temps de travail, plan d’investissement massif et refonte de l’organisation du travail et de « la gouvernance ». Jamais jusqu’à aujourd’hui les mobilisations, pourtant à répétition ces dernières années, des personnels hospitaliers n’avaient conduit à de telles promesses.

Pour Macron, il s’agit de traduire la « reconnaissance » envers les soignants dans leurs rémunérations qui, l’a-t-il affirmé, seront « significatives ». Reste à savoir quel sera le montant de ces rémunérations et quels personnels en bénéficieront. Plus encore, le gouvernement Macron n’étant pas prompt à faire des « cadeaux » aux travailleurs, d’autant plus dans une période de crise économique, la question est de savoir quel en sera le coût « en retour ». L’un des autres chantiers de ce « Ségur » donne des indices : celui de la modification du temps de travail et de l’assouplissement des 35 heures.

Comme l’a confié Orianne Plumet, infirmière aux urgences et membre du collectif Inter-urgences, à France Info : «  ce n’est pas une demande des soignants de terrain de pouvoir retoucher aux 35 heures. S’engouffrer là-dedans ne me semble pas forcément être une priorité à l’heure où l’on n’est déjà pas capable d’avoir des revalorisations salariales suffisantes et des effectifs suffisants dans les services. ». Le gouvernement pourrait ainsi rencontrer des résistances sur le terrain.

Des résistances qui résident dans la lassitude, la colère et la défiance développées par les soignants au fil des années, et qui se traduisent dans des revendications qui débordent les promesses du gouvernement. Alors que le ministre de la santé a promis de hausser les salaires des infirmiers à la moyenne européenne, soit 250 euros supplémentaires sur un salaire net en début de carrière de 1 500 euros selon un cabinet cité par les Echos les syndicats, comme Sud APHP, réclament 300 euros net d’augmentation. Il s’agit pour eux d’un « rattrapage » sur leurs salaires gelés depuis 10 ans. Sur le terrain, comme à l’hôpital Henri Mondor où un rassemblement se tenait ce lundi en début d’après-midi, certains soignants exigent et attendent même plus, et pour l’ensemble des hospitaliers.

Ce qui interpelle dans les prises de parole de soignants lors des différents rassemblements organisés est la question de l’unité des soignants. Les revalorisations ils les veulent pour tous et toutes, et revendiquent également l’internalisation des intérimaires, des contrats courts. Khira infirmière à l’hôpital René Muret à Sevran dans le 93, présente au rassemblement de Sud APHP devant le ministère de la Santé ce lundi midi, garde un souvenir amer des dernières promesses du gouvernement : « il est hors de question de jouer la division comme ça a été le cas avec les mesurettes Buzyn qui ont fait un mal terrible à l’hôpital entre les uns qui avaient et ceux qui n’avaient pas. On ne peut plus être dans le jeu de la division ».

« On est là pour demander des revalorisations de salaire, des moyens, du matériel, des effectifs » explique à son tour, déterminée, Anaïs, infirmière à l’hôpital Henri Mondor mobilisée elle sur son établissement ce lundi pour « faire pression » sur le gouvernement. Pas question donc pour les soignants de limiter leurs revendications à une revalorisation salariale. Ainsi, deux questions reviennent : celle des effectifs, des embauches, et celle de l’arrêt de la fermeture des lits ainsi que des plans de restructurations. Parce que les effectifs et les lits, c’est ce qui leur a manqué pendant la crise sanitaire. Khira qui se bat depuis trois ans contre la fermeture de lits dédiés aux soins de longue durée dans son établissement spécialisé en gérontologie craint la poursuite de la fermeture de lits dans les années à venir.

Après la déception causée par les « plans santé » successifs, il semble régner une atmosphère de méfiance vis-à-vis de ce nouveau Ségur. Khira craint qu’il y ait du « donnant-donnant » et que les soignants perdent une nouvelle fois au change. Delphine, aide-soignante, « n’a pas confiance totalement parce qu’il y a eu des grèves et rien ne bouge. On a eu des moyens mais ça reste en suspens. On nous fait des promesses mais rien ne bouge concrètement ».

Le gouvernement a choisi de jouer sur le temps long des concertations pour canaliser la colère des soignants et espérer l’effriter. Il a également prévu quelques concessions sans pour autant abandonner son projet d’accélération de la privatisation de pans entiers de l’hôpital public notamment via la généralisation des partenariats public-privés, à l’image de son souhait de revenir sur les 35 heures.

Face à cette stratégie gouvernementale qui ne pourra aboutir une nouvelle fois que sur des « mesurettes » dont les soignants ne verront peut-être jamais la couleur, comme celle des primes, le refus des négociations, de participer à la « grande messe » du ministère suivie de la construction d’une mobilisation et d’une grève d’ampleur unitaire, de l’ensemble du personnel hospitalier, à la base est de mise. A ce titre la date du 16 juin est une date clé pour l’ensemble du secteur de la santé, et au-delà.
En effet, les revendications des soignants, celle de l’augmentation des salaires, des effectifs, du refus de l’assouplissement des 35 heures, de la fin des contrats précaires, sont celles qui émergent dans un ensemble d’autres secteurs du public comme du privé. Une unité est ainsi possible entre les travailleurs et travailleuses, pour une augmentation générale des salaires avec un smic fixé à 1 800 euros nets.

Un système de santé public, en bonne santé, n’est pas un rêve pieux si l’argent pour un « plan d’investissement massif » dans la santé est pris dans le porte-monnaie des plus grandes fortunes et si les travailleurs de la santé contrôlent où va cet argent.
La question, somme toute, dans le public comme dans le privé, est de savoir qui doit payer ; et les soignants et soignantes, les travailleurs et travailleuses, ont déjà bien trop payé.




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