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Ouverture progressive à la concurrence : la NUPES trahit les cheminots en région Centre-Val de Loire

Le 30 juin dernier, la majorité PS-PCF-EELV-LFI de la région Centre-Val de Loire a voté une nouvelle convention TER avec la SNCF. Celle-ci acte la mise en œuvre progressive de l’ouverture à la concurrence à partir de 2030 et la baisse du budget des transports. Une trahison de la NUPES à l'égard des cheminots qui avaient pourtant manifesté contre cet accord.

lundi 5 septembre

Crédits photo : La Nouvelle République

Le 30 juin dernier, la majorité PS-PCF-EELV-LFI du Conseil Régional du Centre-Val de Loire a voté avec une partie des élus de droite, pour une nouvelle convention TER signée avec la SNCF.

Une convention qui signe une trahison ouverte de la NUPES

Adoptée à la majorité, la convention maintient la SNCF comme opérateur des lignes TER ce qui, à première vue, est à contre-courant des clauses d’ouverture à la concurrence qui sont déclenchés dans la plupart des régions. Mais en y regardant de plus près, la convention prévoit en réalité une ouverture progressive à la concurrence d’une partie des lignes de TER dans la région dès l’année 2030, anticipant même de plusieurs années le cadre imposé par la loi de 2018 « pour un nouveau pacte ferroviaire ».

C’est ce qu’a officialisée la SNCF, elle-même, dans un communiqué ou la direction affirme que « la convention prépare l’avenir et le contexte d’ouverture à la concurrence avec une ouverture progressive possible durant les deux dernières années de la convention. Cet échelonnement permet d’accompagner la transition vers l’ouverture complète du marché prévue par la loi ».

Une convention qui acte aussi un budget régional d’austérité sans précédent sur la question du transport. Comme le relate dans un article La République Du Centre, la convention réduit en effet de 39 millions d’euros par an la participation allouée par la région au réseau de transport public ferroviaire. Le président PS de la région François Bonneau est plus direct puisqu’il se félicite, comme le rapporte France Bleu, d’une convention plus « exigeante » qui permet de réduire la facture de 260 à 215 millions d’euros. En d’autres termes, de l’austérité pour compresser toujours plus le coût du service public contre les cheminots.

Dès lors, la signature et l’impulsion de cette convention avec la SNCF par la majorité PS-PCF-EELV-LFI, constitue une trahison ouverte à l’égard des cheminots et usagers, alors que Karin Fischer, élu régionale LFI, revendique cette convention comme un moindre-mal qui resterait cohérent avec le « programme partagé de la NUPES » qui « défend une SNCF réunifiée et 100% public »... Une position inacceptable, qui revient à accepter et accompagner l’ouverture à la concurrence et un budget austéritaire, que dénoncent d’ailleurs les syndicats cheminots localement.

Ouverture à la concurrence et baisse de budget : une convention contre les conditions de travail des cheminots et les usagers

« Dès 2030, 30 % du trafic sera ouvert à la concurrence et 30 % supplémentaires en 2031. Le tout à effectifs constants. Voire moins », explique Marion Gazeaux, secrétaire de la CGT Cheminots à Orléans-les Aubrais, interrogée dans La République du Centre au sujet de cette nouvelle convention. Lors d’un rassemblement organisé par une intersyndicale CGT Cheminots – CFDT – UNSA – Sud Rail devant le siège du Conseil Régional le jour du vote, la syndicaliste dénonçait ainsi l’impact de cette nouvelle convention qui prévoit « une augmentation de près de 11% des trains circulés » dans un contexte où les conditions de travail sont déjà dégradées par le sous-effectif : « Le 26 avril, on a appris que dès 2023, on allait perdre 40 postes de cheminots sur la région Centre, dont 19 à Orléans et aux Aubrais. Et en septembre, on parlera des contrôleurs ».

Une colère légitime des cheminots face à la perspective de voir leurs conditions de travail se dégrader. Et pour cause, de nombreux salariés des entreprises privées de transports en commun alertent d’ores et déjà sur les conséquences de la privatisation du secteur et dénoncent des conditions de travail « inhumaines ». A l’image des conducteurs de bus Transdev en Île-de-France qui expliquent « ne même pas pouvoir aller aux toilettes entre les tournées ». Des conditions de travail qui ont entraîné sur de nombreuses lignes une situation où « il y a tellement de malades que le directeur recrute des intérimaires », avec des conséquences pour les usagers : de plus en plus de services non couverts, des temps d’attente à rallonge et des bus bondés.

Ouverture à la concurrence anticipée : la NUPES tente de noyer le poisson

En réponse aux critiques, la majorité régionale de gauche PS (19 élus) – EELV (5 élus) – PCF (6 élus) – LFI (2 élus) qui a voté à l’unanimité pour cette convention rétorque (dans le même journal) que la baisse de budget est justifiée par l’acquisition de « trente-deux nouvelles rames TER », le matériel neuf permettant ainsi de réaliser des économies sur la maintenance. D’autre part, elle fait valoir que « le Centre-Val de Loire est la seule Région à ne pas avoir activé la clause d’ouverture à la concurrence ».

De même, Karin Fischer, une des deux élus LFI, avec Aymeric Compain, ayant voté pour cette nouvelle convention au Conseil Régional, affirme que le texte n’envisage la possibilité d’une ouverture à la concurrence seulement « au terme de sa durée en raison des obligations légales nationales », reportant sa responsabilité sur « les gouvernements de droite et assimilés ». Or, s’il est vrai que dans certaines régions dirigées par la droite comme en PACA ou dans les Hauts-de-France, le Grand Est et les Pays de la Loire - les premiers TER privés pourraient circuler dès 2024-2025, il n’en reste pas moins que la convention adoptée par le Conseil Régional du Centre-Val de Loire prépare elle aussi le passage vers la privatisation.

En effet, alors que sa durée d’application est de dix ans, la convention avec la SNCF n’est prolongée que pour sept ans et demi. Avec « la mise en concurrence au bout du tunnel » dès 2030 dénonce Marion Gazeaux, qui précise que cette convention acte donc « une anticipation de deux ans sur la convention et de presque quatre ans par rapport aux obligations légales ». Par ailleurs, le tract de l’intersyndicale explique que les lots de lignes de train ouverts à la concurrence à partir de 2030-2031 seront définis dès 2025, alors qu’« il n’y a aucune obligation légale de créer des lots, ni de procéder à des appels d’offre avant la fin de la durée de la convention ».

Baisse de budget et chasse aux fraudeurs : à qui la NUPES veut-elle faire payer la crise sociale et climatique ?

Dans la même intervention, Karin Fischer affirme également que « la majorité régionale s’est engagée pour la mise en place d’une gratuité des transports pour les 18-25 ans, avec une mise en œuvre que nous espérons rapide » ainsi qu’à « travailler sur une tarification sociale sur le réseau REMI [Réseau de Mobilité Interurbaine, ndlr] pouvant aller jusqu’à la gratuité ». Pourtant cette promesse de campagne n’a toujours pas été exaucée comme le pointe France Bleu : « la promesse de la gratuité des transports Remi pour les moins de 26 ans, promesse de campagne du candidat sortant, si elle est toujours dans les cartons, son calendrier n’est toujours pas connu ». Dans le même temps, pourtant, La République du Centre précise qu’en plus de réduire de 39 millions d’euros par an les budgets alloués au transports ferroviaire, la Région du Centre-Val de Loire a prévu d’augmenter ses recettes « par le renforcement de la lutte contre la fraude ».

Cette accentuation programmée de « la lutte contre la fraude » et le refus de mettre en œuvre les transports publics gratuits pour tous, et notamment les plus précaires, montre que la majorité régionale inscrit sa politique en matière de transports en commun dans une logique de recherche de rentabilité économique à tout prix. Quitte à réduire l’accès aux transports en commun des populations les plus pauvres, en particulier les travailleurs précaires, les étrangers ou les chômeurs non-comptabilisés qui sont exclus des dispositifs d’aide sociale.

A l’inverse, le contexte marqué par la crise climatique et l’inflation record qui rend le prix des billets de train de moins en moins abordable pour les travailleurs et classes populaires rend urgente la nécessité d’étendre l’accès aux modes de transport écologiques comme le train. A rebours de « la lutte contre la fraude » et de la privatisation, une vraie politique écologique et sociale devrait s’atteler à rendre entièrement gratuits les transports en commun. Une mesure qu’il faudrait financer par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes et les grandes entreprise, car ce n’est pas aux classes populaires de payer la crise écologique et sociale mais au grand patronat.

Une première trahison de la NUPES au service des politiques néo-libérales

Le vote de cette nouvelle convention n’a rien d’étonnant de la part des élus PS – le Conseil Régional est présidé par le « socialiste » François Bonneau – dont le rôle au service des politiques néo-libérales n’est plus à démontrer. Quant aux élus EELV qui s’étaient présentés aux élections régionales et départementales de 2021 avec une plateforme programmatique dans laquelle figurait le projet de « rendre gratuits les transports en commun régionaux » et « viser la gratuité pour les jeunes et les personnes à faibles ressources », ils confirment leur intégration au système depuis des années et mettent en application leur vrai programme : un condensé de mesures anti-sociales qui visent à faire payer la crise écologique aux classes populaires.

Du côté de LFI, il s’agit cependant d’une première trahison à l’égard des cheminots et des usagers depuis la constitution de la NUPES. Le vote de cette nouvelle convention TER va à l’encontre des promesses électorales contenues dans L’Avenir en Commun, telles que « désobéir aux paquets ferroviaires européens pour bloquer l’ouverture à la concurrence du trafic intérieur des voyageurs prévue en 2023 » et « garantir à toutes et à tous la liberté d’aller et venir qui suppose un droit à la mobilité, les transports collectifs urbains seront gratuits pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi », mais aussi du programme de la NUPES pour défendre « une SNCF réunifiée et 100% publique ».

Alors qu’au lendemain des élections législative, Alexis Corbière (LFI) présentait la NUPES comme un nouvel outil pour faire « tout ce qui est bon pour les milieux populaires et le monde du travail », le vote unanime des élus de majorité régionale démontre que la stratégie de LFI et de la NUPES illustre que, à de petites différences près, ce sont en définitive les mêmes politique qui sont menés contre les travailleurs et les classes populaires : celle d’un ralliement aux politiques néo-libérales au nom d’un pseudo-réalisme économique et politique qui impose la précarité et la casse généralisée des conditions de travail.

Face à la casse des transports publics, la nécessité d’un plan de bataille dans la lutte des classes

A rebours de tout compromis avec les intérêts des grands patrons du secteur des transports et des politiques d’austérité menée par les gouvernements successifs de droite comme de gauche, il s’agit de construire la riposte sur le terrain de la lutte des classes, par la grève et l’auto-organisation des travailleurs des transports en commun et des usagers. Face à la privatisation des transports en commun, il s’agirait d’imposer un véritable plan de bataille, sur le terrain qui permet réellement de construire le rapport de force, la lutte de classes, les grèves et manifestations. Il s’agit d’imposer aux directions syndicales un véritable plan de bataille, pour défendre les services publics et se battre pour la perspective d’une entreprise unifiée sous contrôle des travailleurs et des usagers plutôt que du patronat, pour des transports gratuits au service d’une véritable transition écologique.

Plus généralement, cette trahison ouverte de la NUPES démontre la nécessité de refuser l’illusion selon laquelle on pourrait construire le moindre rapport de force en « économisant des kilomètres de manifestation ». A l’inverse, contre toute conciliation avec la direction de la SNCF qui cherche à utiliser cette convention pour accélérer la cure d’austérité qui touchera en premier lieu les cheminots, il faut remettre au premier plan nos revendications et la lutte de classes, dans la rue et les entreprises, plutôt que les négociations dans l’hémicycle ou les couloirs feutrés de l’Assemblée nationale. Dans ce cadre, et alors que la lutte pourrait vite reprendre ses droits, l’urgence est plus que jamais à la construction d’une gauche révolutionnaire qui prépare activement cette perspective et l’intervention dans les processus à venir.



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