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Monde

Humanisme de façade

« Ouvrons nos frontières aux migrants ». Lagarde et son appel hypocrite à l’Union Européenne

Renan Granger Décidément, la crise des réfugiés est un bon prétexte pour ceux qui sèment la guerre et la misère dans le monde pour tenter de se racheter une image. Après les déclarations hypocrites d’Angela Merkel contredites totalement dans la pratique, c’est maintenant au tour de Christine Lagarde de s’illustrer dans un grand numéro d’humanisme de façade. Dans une tribune publiée dans le Huffington Post ce 11 novembre 2015, la directrice du FMI a ainsi officiellement appelé l’Union Européenne à accueillir plus de migrants.

jeudi 12 novembre 2015

« La priorité immédiate est de venir en aide aux réfugiés » : tels sont les mots de Christine Lagarde. Une déclaration ô combien cynique quand on sait le rôle joué par cette dernière à la tête du Fonds Monétaire International (FMI) dans le développement de la misère dans le monde. Depuis 1976, l’organisation internationale mène une lutte acharnée pour garantir la pérennité des intérêts des grands patrons et des actionnaires en maintenant les pays pauvres dans la misère. Le principe est simple : l’organisation fait des prêts aux pays en difficulté financière en échange de la signature de « plans d’ajustement structurel ». Ceux-ci visent à garantir le retrait de l’État et du service public, la déréglementation du travail et l’ouverture aux capitaux étrangers : en somme, que les grandes entreprises impérialistes des pays occidentaux puissent continuer à disposer d’une main d’œuvre toujours plus exploitée et nombreuse. Dernier fait d’armes du FMI, en coopération avec la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne, le saccage en règle de la Grèce qui s’est vue obliger de céder toutes ses richesses aux investisseurs rapaces et de liquider le droit du travail sur l’autel de l’austérité.

Depuis les années 1980, le FMI a largement contribué à l’aggravation de la misère dans le monde, en obligeant des milliards de personnes à sacrifier leur vie au service d’une petite minorité d’exploiteurs, et à maintenir en état de dépendance les pays autrefois colonisés par les puissances européennes. Une politique néo-coloniale donc, qui bénéficie de toute l’expertise de Mme Lagarde. On ne croit donc pas un seul mot de ses déclarations hypocrites vis-à-vis des réfugiés qui arrivent aujourd’hui en Europe. Il est au contraire beaucoup plus probable que celle-ci cherche à se repositionner sur un créneau « humaniste » moins de deux ans avant les prochaines présidentielles où elle pourrait se présenter, dans un contexte de crise chez Les Républicains et où 50% des Français estiment « qu’elle ferait une bonne présidente » selon un sondage Harris Interactive paru en septembre.

En revanche, l’intervention de la présidente du FMI, fruit de la contradiction entre ses intérêts personnels et la politique qu’elle mène, permet de rappeler que les migrants ne sont pas un « coût ». D’abord, parce que la misère et la guerre qu’ils fuient dans leur pays d’origine sont la conséquence directe du vol quotidien de leurs richesses par une poignée de rapaces, bien aidés en cela par le FMI. Ensuite parce qu’un migrant venu en Europe continuera de rapporter de l’argent aux grands patrons et aux actionnaires sous le joug de l’exploitation, et encore davantage s’il est sans-papier, c’est-à-dire sous-payé et sans droit du travail. Si l’ouverture des frontières est une revendication essentielle en ces temps de crises, l’exigence du respect du droit du travail pour tous les travailleurs sans-papiers est tout aussi indispensable pour en finir avec la surexploitation crapuleuse de la misère par le patronat.




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