[La bataille pour la PMA]

PMA : Construire un mouvement de masse pour nos droits reproductifs

Cléo Rivierre

PMA : Construire un mouvement de masse pour nos droits reproductifs

Cléo Rivierre

Question d’actualité, la procréation médicalement assistée est régulièrement instrumentalisée par les politiciens de tout bord, Macron inclus. Mais nos droits reproductifs ne doivent pas dépendre de leurs calculs électoraux !

La procréation médicalement assistée, ou AMP (Assistance Médicale à la Procréation) est une question d’actualité. Édouard Philippe l’a en effet annoncée lors de son discours de politique générale de lundi 17 juin : dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique, la PMA devrait être ouverte à toutes les femmes, c’est-à-dire y compris aux femmes lesbiennes et aux femmes célibataires. Jusqu’à présent, elle est réservée aux couples hétérosexuels.

Une question sans cesse repoussée

Cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron devrait être examinée à l’Assemblée Nationale en septembre... si elle n’est pas de nouveau repoussée. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes en France, c’est avant tout l’histoire d’une question sans cesse repoussée. François Hollande avait été le premier à la promettre, et le premier à la repousser, par peur de s’aliéner encore davantage l’électorat réactionnaire autour de la Manif pour tous. Ainsi, Emmanuel Macron, lors de sa campagne pour les présidentielles de 2017, avait répété à qui voulait l’entendre qu’il était favorable à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes – une façon aisée de s’acheter une image de « progressiste ». Dans la même veine, il avait déclaré que les femmes seraient « la grande cause nationale du quinquennat ». Pourtant, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes n’a pas semblé faire partie de ses priorités politiques.

Ainsi, cette mesure a déjà été repoussée plusieurs fois depuis le début du quinquennat. Dès juin 2017, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rendait un avis favorable à l’extension de la PMA. Dans les semaines suivantes, plusieurs déclarations de membres du gouvernement faisaient comprendre que rien n’allait bouger dans l’immédiat. En septembre 2017, Marlène Schiappa annonçait que l’ouverture de la PMA serait pour l’année 2018, avant de se faire recadrer par l’Élysée. En parallèle, le CCNE émettait pourtant un deuxième avis favorable. En juillet 2018, un député LREM, lui aussi recadré par le gouvernement, renonçait à déposer une proposition de loi allant dans le sens de l’extension. Enfin, en novembre 2018, le projet de loi sur la bioéthique subissait un énième report pour cause de « calendrier parlementaire trop chargé »…

Le jeu dangereux du « en même temps »

C’est donc dans le cadre de son discours de politique générale, censé lancer un « acte II » du quinquennat Macron, que Édouard Philippe a déclaré que le projet de loi de bioéthique serait adopté en conseil des ministres en juillet, avant d’être présenté au Parlement fin septembre. Les élections européennes ont été pour La République en Marche un échec relatif : si le parti de Macron a réussi à siphonner une bonne partie de la base sociale des Républicains, c’est la seule catégorie sociale qui lui est acquise. Du côté des classes populaires et des électeurs de gauche, c’est plutôt la détestation de Macron qui est de mise. Ce n’est donc pas un hasard si cette mesure, qui représente effectivement une avancée pour nos droits reproductifs, est présentée parmi les mesures de l’acte II du quinquennat. Il s’agit pour le président de tenter de reconquérir cet électorat plus progressiste.

Le gouvernement joue un jeu d’équilibriste entre sa base sociale issue de la droite et une tentative de séduction à gauche. Mais la stratégie du « en même temps » risque de pas fonctionner ici. Malgré toutes les précautions prises, la Macronie perd le risque d’amenuiser sa base sociale en faisant partir ses soutiens les plus réactionnaires vers le Rassemblement National. Le gouvernement en a bien conscience, en témoigne les déclarations complaisantes d’Édouard Philippe vis-à-vis du secteur de La manif pour tous. En matière d’expression de l’opposition à l’extension de la PMA, il a déclaré craindre « les gens qui ne respectent pas les règles en matière de manifestations comme ça a pu arriver au moment des “gilets jaunes” » avant d’ajouter que « le fait qu’il y ait des Françaises et des Français qui manifestent paisiblement pour exprimer leurs convictions n’est en soi pas un problème. Ce qui m’intéresse, c’est que chacun puisse exprimer son idée […] ».

Nos droits ne doivent pas dépendre de leurs calculs électoraux !

Il n’était nul besoin de cette déclaration du Premier ministre tentant de ménager les réactionnaires opposés à l’extension des droits des femmes pour apprendre que la Macronie n’est pas une entité progressiste. Ce gouvernement a depuis deux ans priorisé le passage en force de ses nombreuses réformes anti-sociales en mode bulldozer – on pense notamment à la Loi Travail XXL, à la fin de l’ISF, à la baisse des APL, à la hausse des prix du carburant, etc. Ce gouvernement a également réprimé très fortement le mouvement des Gilets jaunes, dans lequel de nombreuses femmes se sont levées contre la précarité et pour plus de démocratie. Il faudrait aussi citer les réformes en cours et à venir : fonction publique, assurance chômage, sécurité sociale, retraites. Les contre-réformes de ce type sont toujours particulièrement violentes pour les femmes et les personnes LGBTI, en moyenne plus précaires que le reste de la population. La casse des services publics, en premier lieu ceux concernant la santé, a aussi un impact catastrophique sur les conditions de vie de ces catégories sociales.

La question de l’extension de la PMA illustre parfaitement la manière dont nos droits reproductifs ne sont qu’un levier électoral pour les politiciens de tout bord, qu’ils peuvent prendre ou laisser pour séduire à gauche ou à droite. Ainsi, la stratégie qui consisterait à faire déléguer au gouvernement l’obtention de nouveaux droits reproductifs est une stratégie perdante. Sous les gouvernements bourgeois, aucune conquête n’est acquise pour toujours et celles-ci ne sont données d’une main que pour être reprises de l’autre. La situation actuelle aux États-Unis en est un autre exemple malheureux. Alors que depuis 1973, l’avortement était autorisé dans tous les États grâce notamment à l’arrêt Roe v. Wade, les restrictions se multiplient. Dans certains États, ce sont toutes les cliniques pratiquant les IVG qui ferment ; dans d’autres, les avortements sont exclus des assurances maladies. En Alabama, le Sénat a voté une loi faisant encourir jusqu’à 99 ans de prison pour un médecin qui réaliserait des IVG, sans aucune exception, même en cas de viol ou d’inceste. Les sénateurs en question souhaitent faire retirer l’arrêt Roe v. Wade et si cela arrivait, ce seraient 21 États qui pourraient bannir l’IVG. Les droits reproductifs des femmes ne peuvent pas dépendre des gouvernements bourgeois et de leurs calculs électoraux !

Construire un mouvement de masse pour nos droits reproductifs

Il faut construire un mouvement de masse, radical et indépendant de l’État et des partis bourgeois pour nos droits reproductifs. Les militantes des années 1968 en France ont montré l’exemple. L’avortement n’a pas été obtenu par les seules mains de Simone Veil à l’Assemblée. La « loi Veil » de 1975 a surtout fait suite à plusieurs années d’un mouvement massif de femmes et de médecins en faveur de l’avortement : il s’agissait d’un compromis pour un retour à l’ordre1. Le réseau du Planning Familial et du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) s’était développé en un véritable « service public » parallèle pour réaliser des avortements illégaux. Ces différents mouvements ainsi que le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) multipliaient les actions symboliques et les échéances de rue pour obtenir le droit à l’avortement.

Exigeons l’égalité des droits dans tous les domaines ! Contre le modèle hétéronormatif de la famille nucléaire hétérosexuelle, revendiquons la PMA pour toutes les femmes maintenant, mais aussi un accès facilité à l’avortement et un meilleur système de sécurité sociale. En ce sens, le mouvement féministe actuel, qui se renforce de jour en jour, pourrait aussi porter la question de la PMA. Un mouvement de masse qui porteraient ces revendications pourrait se lier aux autres mouvements progressistes et surtout, au mouvement ouvrier traditionnel, qui doit lui aussi porter haut et fort ces revendications, afin de gagner contre un système qui nous opprime et nous exploite.

Crédit image : Nina Lechartier : https://ninalechartier.tumblr.com/

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