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Notre classe

“C'est Germinal dans l'atelier”

PSA Valenciennes. Tour d’ateliers d’une “usine bouts de bois et bouts de ficelle”, au péril des ouvriers

Chez PSA, les contrastes sont à dormir debout. Alors que les ouvriers ne reçoivent que des miettes, le PDG Carlos Tavares vient de s’octroyer 14% d’augmentation de salaire, passant de 18.000 à 21.000€ par jour. Vous avez bien lu, par jour. A côté de ça, les conditions de travail se dégradent dans les ateliers, mettant en danger les ouvriers.

jeudi 28 mars

L’exemple de PSA Valenciennes, dans le Nord, est frappant. Alors qu’une grande banderole accrochée sur la façade se gargarise de faire de “la sécurité, notre première exigence !”, les militants CGT de l’usine dénoncent un état de délabrement d’autant plus révoltant que le groupe vient de reverser 705 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires. D’autant plus révoltant que le cas de Rémy, intérimaire de 21 ans gravement blessé par la chute d’une tonne et demie de pièces, est dans toutes les têtes.

“C’est Germinal dans l’atelier”

“Les conditions de travail sont déplorables”, nous confie Antony, militant CGT. “La différence de traitement entre nous les ouvriers et les personnes de la direction est énorme. Ils ont rénové leurs locaux, mais pour nous, ceux qui produisent les richesses de PSA, c’est Germinal dans l’atelier. On est vraiment traités comme de la chair à produire. Ils disent vouloir rénover nos aires de repos, mais ils ont du mal à commencer. Ils préfèrent mettre des aires de convivialité en plein milieu des lignes de production. Tu manges ton sandwich et des boîtes de vitesse en même temps. Pas moyen de sortir du contexte du travail, même en pause”.

En janvier, la CGT distribue un tract dénonçant “une usine de bouts de bois et bouts de ficelle”, où elle dénonce “la politique de réduction de coûts drastique que la direction met en place depuis des années, qui accentue le manque de sécurité et les mauvaises conditions de travail”. Puis le syndicat interpelle la direction de PSA : “votre usine du futur ne doit pas ressembler à une manufacture du début du siècle dernier ! Au lieu de remplir les poches des actionnaires à grand renfort de dividendes et d’arroser de part variable les cadres dirigeants, vous feriez mieux d’investir dans nos entreprises et pérenniser notre outil de travail !”

Petit tour d’atelier, à travers la campagne de dénonciation des conditions de travail menée par les militants de la CGT sur leur page Facebook :

2 janvier. “Ici un bout de bois posé sur une armoire qui supporte un convoyeur rempli de pièces. Une charge extrêmement lourde. La direction attend t-elle un nouvel accident ou le cherche t-elle ?”

3 janvier. “Après le groupe hydraulique au manchon, le convoyeur au pm3/4. Aujourd’hui, c’est encore avec un bout de bois que la direction de PSA Valenciennes règle les problèmes dans l’usine. Ici le bureau du RU PM3/4/5 qui tient sur 3/4 bout de bois. Les économies de bout de ficelle sont de plus en plus courantes à l’usine.”

4 janvier. “De jour en jour, la CGT PSA Valenciennes découvre des bouts de bois partout dans l’usine, à croire que l’usine de PSA Valenciennes est plus une menuiserie qu’une usine mécanique. Ici au AS LIGNE 2, 2 chevrons soutiennent un immense carter machine, lui-même soutenu par le convoyeur. Allons nous découvrir demain que l’usine entière est construite sur des rondins ? Leurs économies ne valent pas le prix de nos vie !”

9 janvier. "La CGT vous demande d’installer un grillage anti-car derrière le stockage de pièces sur plusieurs étages, car des salariés travaillent et passent à cet endroit au niveau de la SAF et qu’il y a danger de recevoir des charges de pièces sur eux. La peur du DGI (danger grave et imminent) qui pourrait faire suite à l’accident de Rémy pousse la direction à agir très vite.”

10 janvier. Les élus CGT déposent un DGI à propos d’une “installation provisoire” par des bacs en plastiques censés soutenir un convoyeur.

12 janvier. “Suite à l’intervention en urgence d’un élu CGT au CHSCT hier matin, un accident a été évité. Une prise 400v était à nu.”

14 janvier. “Un bout de bois placé sur une armoire maintient un convoyeur à pièces”, provoquant un risque d’effondrement. “Suite à l’inaction de la direction sur le danger que peut encourir les salariés de la ligne PM3/4, les élus CGT au CHSCT dépose un DGI”.

21 janvier. “La CGT est intervenue ce matin dans les cafet’ BE car le chauffage était coupé. -6° dehors / 3° à l’intérieur la hiérarchie ne réagit pas.”

28 janvier. “PSA Valenciennes usines bout de bois ça continue ! La CGT PSA Valenciennes est intervenue en 8ème ligne blanc auprès du hiérarchique de la ligne. Car un convoyeur tenait sur un manche à balais. Un bon sécurité à la tôlerie à immédiatement été fait. Encore une situation dangereuse évitée par l’action des élus CGT“

18 février. “La direction PSA Valenciennes se met aux normes groupe et pour cela elle met les moyens. Plusieurs centaines de milliers d’euros dépensés pour la mise en place de résine au sol. PROBLÈME, la direction a dû tomber sur une bonne affaire déstockage car des trous énormes se forment un peu partout dans l’usine. Notre direction persiste et nous dit même que le résinage sera refait plusieurs fois si nécessaire. Pour eux, il vaut mieux dépenser de l’argent à refaire plusieurs fois plutôt que d’investir tout de suite dans une résine de qualité.”

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Sur la vidéo ci-dessous, la CGT dénonce une toiture non étanche : “Une usine moderne qu’ils disent ! Ici, comme un peu partout dans l’usine, des trous en toiture provoquent lors de fortes pluies des flaques d’eau qui se mélange à l’huile déjà au sol. Les allées se transforme alors en patinoire à chaque pluie. Messieurs de la direction, attend t-on une fois de plus l’accident pour agir ?? Les fuites toitures sont elles aux normes du groupe aussi ??”

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Pour finir ce tour d’atelier en beauté, jetons un oeil au contraste entre les locaux fraîchement rénovés des membres de la direction...

...et l’état calamiteux des sanitaires des ouvriers. Les images parlent d’elles-mêmes...

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Clip de campagne de la CGT PSA Valenciennes pour les élections professionnelles d’avril 2019 :




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