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Palestine et Israël : Comment en est-on arrivés là ?

Pour la plupart des médias, la bande de Gaza et le Moyen-Orient ont toujours été des zones de guerre et de violence, mais pendant des siècles, ses habitants ont vécu ensemble en paix. Quelle est l'histoire derrière le conflit actuel ?

jeudi 13 mai

Article paru initialement en espagnol sur La Izquerda Diario.

Arabes et juifs ont cohabité pendant des siècles sous la domination des Maures en Andalousie, dans l’empire espagnol. À la fin du XVe siècle, les juifs séfarades, expulsés de la péninsule ibérique par l’Inquisition, vivaient sans problèmes majeurs avec les Arabes, les Turkmènes et les chrétiens en Égypte, en Afrique du Nord et dans la région que nous connaissons comme le Proche-Orient.

Et cela a été vrai pendant longtemps, y compris au début du 20ème siècle, la région de Palestine était une société multiethnique composée d’une majorité arabe et d’une minorité turque, arménienne, grecque, druze, bédouine, circassienne et aussi juive qui représentait à peine 5% de la population. Notons même que les Arabes et les juifs ont dû faire face ensemble à la domination de l’Empire ottoman.

Ils travaillaient dans les mêmes usines, ports, chemins de fer, raffineries de pétrole et grandes boulangeries, surtout dans les deux villes les plus grandes et les plus importantes : Jaffa et Haïfa. Pratiquement, ils partageaient leurs journées, leur vie même, et luttaient ensemble pour de meilleures conditions économiques et sociales.

Avec la fin de la Première Guerre mondiale, la situation commence à changer. Les Britanniques occupent le territoire et renforcent leur alliance avec le sionisme, un mouvement politique composé de différents secteurs en son sein qui, depuis la fin du XIXème siècle déjà, a pour objectif la création de l’État d’Israël.

Cette alliance permettait, d’une part, l’installation de petites colonies sionistes en territoire palestinien et, d’autre part, cherchait à affaiblir le mouvement ouvrier qui s’était soulevé et avait mené des grèves.

L’Angleterre a également financé des milices paramilitaires comme la Haganah (ancêtre de l’armée israélienne, qui lui a servi d’ossature) qui a agi depuis les années 1920 en menaçant les paysans et en réprimant les rébellions arabes, comme celle, très importante, qui a eu lieu entre 1936 et 1939.

Ils ont également commencé à diviser les travailleurs par nationalité et ont passé des accords avec les patrons pour remplacer les travailleurs arabes par des juifs sionistes tout en licenciant les "juifs gauchistes" qui poussaient à l’unité entre tous les travailleurs.

En 1946 encore, arabes et juifs menèrent ensemble une grève extraordinaire qui a paralysé tous les services publics et a eu un impact énorme.

En prenant en compte ces éléments : quand le conflit dans la région a-t-il réellement débuté ?

Il y a eu une série d’événements spécifiques tels que l’assassinat du dirigeant syndical arabe Sami Tahe, des attentats contre des travailleurs arabes et même le massacre de tout le village de Balad Al-Shaykh par les sionistes, où femmes et enfants ont été assassiné·e·s.

Mais ce qui a réellement généré le conflit – qui se poursuit encore aujourd’hui – c’est la création de l’État d’Israël. Prévue depuis longtemps, c’est finalement en 1947 que celle-ci fut réalisée sous l’impulsion de l’ONU et du sionisme, en utilisant comme justification les atrocités de l’Holocauste, Shoah pour les Juifs, ou Endlösung pour les Allemands. C’est sous ces différents termes que l’on connaît le génocide des nazis sur six millions de Juifs, sans oublier les tziganes, les communistes et les homosexuels.

Cet État a été construit en Palestine, le problème étant que les Palestiniens y vivaient. Le territoire a alors été divisé en donnant la plus grande partie de la terre au peuple juif alors qu’il représentait en réalité moins de 30% de la population.

Cette situation a généré des sentiments nationalistes des deux côtés qui allaient à l’encontre de l’unité dans la lutte.

Ainsi, au Moyen-Orient et dans ses environs, il n’y avait pas et il n’y a pas de conflit religieux fort. En fait, lorsque nous parlons des peuples arabes, nous ne faisons pas référence à une condition religieuse mais à leur situation géographique et à leur langue. Si nous parlions de religion, nous devrions dire les musulmans. Mais tous les Arabes ne sont pas musulmans.

Il s’agit en réalité d’un conflit géopolitique qui a commencé avec la création artificielle de l’État d’Israël qui a occupé violemment des terres où vivait une majorité arabe, avec le soutien des grandes puissances, en particulier des États-Unis, qui ont toujours été leur principal défenseur, ayant leurs raisons : ils utilisent Israël comme base militaire pour contrôler le pétrole du Moyen-Orient, pour avoir l’Iran et tout le continent asiatique dans leur ligne de mire.

Il convient de noter que l’armée israélienne est l’armée qui achète le plus d’armes aux États-Unis, ce qui en fait l’une des plus puissantes et des plus meurtrières au monde.

Il n’y a pas de guerre. Il y a une extermination soutenue par l’État d’Israël envers le peuple palestinien. À chaque fois, davantage de palestiniens sont tués, torturés, réfugiés, même des enfants sont arrêtés, forcés de vivre dans des ghettos aux conditions terribles alors que la pandémie n’a fait qu’aggraver la situation. Pendant ce temps, ils occupent encore plus le territoire palestinien. Il y a déjà plus de 140 colonies illégales et beaucoup d’entre elles sont déjà de grandes villes.

Nous devons réfléchir et penser comment il est possible de vivre et de trouver la paix dans la région. Le véritable moyen de rétablir l’harmonie, la paix, passe par la reconquête par les Palestiniens de leur territoire historique qui s’étend du fleuve Jourdain à la mer Méditerranée. Celle-ci ne peut être atteinte qu’en démantelant les États tels que nous les connaissons aujourd’hui et en construisant à leur place un État unique, laïc, où puissent vivre ensemble en paix les Palestiniens musulmans, juifs et la minorité chrétienne avec une égalité de droits pour toutes et tous.

Il s’agit sans aucun doute d’une chose impensable pour les grandes puissances, de même que pour le gouvernement israélien, mais aussi les directions politiques arabes actuelles, car même les plus importantes d’entre elles, comme l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ou le Hamas, ne prétendent pas à cette perspective stratégique.

Une Palestine libre ne peut exister qu’en luttant pour une Palestine socialiste qui ne soit pas isolée du monde, mais liée à une lutte plus large afin de construire une Fédération d’États socialistes au Moyen-Orient.

En y réfléchissant, les travailleurs et les paysans palestiniens ont beaucoup plus de choses en commun, en termes d’intérêts et de besoins, avec leurs camarades juifs et du Moyen-Orient qu’avec les patrons locaux arabes et juifs et les puissances impérialistes. Ils constituent l’énorme majorité de la population.

Vidéo explicative en espagnol

Traduction Flo Balletti




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