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Crise sanitaire

Pancarte antisémite dans une manif anti-pass : lutter contre le racisme, l’extrême-droite et leur instrumentalisation !

La pancarte antisémite d’une manifestante d’extrême-droite contre le pass sanitaire à Metz a été largement diffusée depuis samedi. Elle met en lumière l’importance de lutter contre les idées racistes et l’extrême-droite dans le mouvement tout en dénonçant leur instrumentalisation par la classe politique.

mercredi 11 août

Crédits photo : AFP

Pancarte antisémite : les racistes et l’extrême-droite doivent être dégagés du mouvement !

Depuis le week-end dernier, une photo prise lors de la manifestation contre le pass sanitaire à Metz provoque d’importantes réactions sur les réseaux sociaux. On y voit une manifestante tenant une pancarte au contenu explicitement conspirationniste et antisémite.

On y retrouve en effet plusieurs motifs récurrents de ces idéologies. D’abord, une liste de noms, mêlant membres du gouvernement et personnalités diverses, ayant en commun d’être quasiment toutes juives. Parmi ces personnalités, des cibles « classiques » du conspirationnisme antisémite telles que Soros ou Rotschild. Ensuite, la mention « Mais qui ? », référence explicite à l’interview sur LCI d’un signataire de la « tribune des généraux », Dominique Delawarde, qui s’était livré à une diatribe antisémite. Enfin, une référence au diable, symbole qui fait partie des « mythes fondateurs » de l’antisémitisme.

Une pancarte dont l’autrice, Cassandre Fristot, n’est par ailleurs autre qu’une ancienne candidate du Front National aux élections législatives, désormais proche du Parti pour la France, organisation d’extrême-droite fondée par d’anciens dirigeants du FN. Une militante réactionnaire connue dans la région qui, au moment du mouvement des Gilets jaunes, avait d’ailleurs été dégagée du rond-point de Saint-Avold pour ses positions politiques, comme nous l’a rapporté un gilet jaune de Moselle.

Cette pancarte constitue une nouvelle expression de l’intervention d’organisations et de militants d’extrême-droite au sein du mouvement contre le pass-sanitaire. Les références antisémites et complotistes mobilisées par Cassandre Fristot font ainsi écho à d’autres pancartes, pointant la prétendue responsabilité de George Soros, Edmond de Rotschild ou Patrick Drahi dans la crise sanitaire actuelle, aux références scandaleuses à la Shoah qui ont proliféré depuis le début du mouvement, mais également à la présence d’organisations d’extrême-droite antisémites telles que Civitas, l’Action Française, la Ligue du Midi et autres groupuscules réactionnaires qui ont pu être vus dans différentes manifestations en France. Une présence contre laquelle il est essentiel de lutter.

Comme le notait Anasse Kazib le 1er août dernier, il est impossible de lutter aux côtés de l’extrême-droite et de lutter et dénoncer ouvertement leurs idées.

LREM et la classe politique à l’offensive pour instrumentaliser l’antisémitisme

Suite à la diffusion de la pancarte sur les réseaux sociaux, la classe politique n’a pas tardé à réagir. Parmi celle-ci, LREM et le gouvernement, ravis de se voir offrir un angle d’attaque contre le mouvement anti-pass sanitaire. Nathalie Loiseau, député européenne LREM s’est ainsi empressée de tweeter en fustigeant l’ensemble des manifestants : « Il y a chez ces manifestants un antisémitisme assumé. Odieux. Insupportable. » Une dénonciation pour le moins paradoxal pour une politique connue pour avoir figuré sur une liste étudiante liée au GUD, un groupuscule fasciste violemment antisémite.

Même hypocrisie du côté du ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a affiché son volontarisme en annonçant sur Twitter avoir saisi le Préfet de Moselle. Là-encore la dénonciation de l’antisémitisme du ministre cache mal ses accointances personnelles avec des courants antisémites. Celui-ci a en effet été proche de l’Action Française, organisation royaliste antisémite. Christian Vanneste, dont il a été le collaborateur et le directeur de campagne, avait d’ailleurs dirigé l’organisation de jeunesse lilloise de ce groupuscule réactionnaire.

Dénonçant hypocritement l’antisémitisme pour mieux fustiger l’ensemble du mouvement contre le pass sanitaire, le reste de la classe politique n’a pas été en reste en termes d’instrumentalisation, du maire Les Républicains de Metz au maire Parti Socialiste de Montpellier. Une instrumentalisation crasse de la part d’une classe politique aux indignations sélectives, qui redécouvre l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie ou le sexisme lorsque ces oppressions sont utiles à son agenda politique.

Par-delà l’instrumentalisation, la lutte contre le gouvernement doit continuer d’aller de pair avec la lutte contre l’extrême-droite et le racisme

Par-delà l’instrumentalisation dont elle fait l’objet, la présence, même minoritaire, de ces éléments réactionnaires doit cependant alerter tous ceux qui s’opposent au pass sanitaire et au gouvernement.

D’abord, cette présence ne saurait être réduit à un élément extérieur au mouvement, avec lequel elle n’aurait rien à voir. Si les militants antisémites et conspirationnistes sont minoritaires, ils surfent sur la confusion de toute une partie des manifestants. Celle-ci a connu une explosion avec la pandémie, dont la gestion erratique par le gouvernement a attisé une défiance structurelle vis-à-vis de la classe politique et facilité la diffusion de contenus covidosceptiques ou complotistes, proposant des explications et des solutions commodes à la situation actuelle. Les affinités et les liens directs de ces théories et de leurs relais avec l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme permet aujourd’hui à des groupuscules réactionnaires et à leurs idées de profiter de la mobilisation pour tenter d’élargir leur audience.

Cette dynamique prospère par ailleurs sur la relative absence des directions syndicales et du mouvement ouvrier depuis le début de la pandémie. Alors que les directions syndicales se liaient les mains en travaillant avec le gouvernement au début de la pandémie et en se maintenant dans le cadre du dialogue social, elles ont empêché le mouvement ouvrier de proposer un discours et un plan de bataille qui articule lutte contre l’autoritarisme sanitaire et défense d’une stratégie sanitaire ouvrière, incluant défense de la vaccination, de la levée des brevets, lutte pour briser les chaînes de contamination mais aussi pour des moyens pour la santé. Cette passivité s’est prolongée tout au long de la pandémie depuis un an. C’est dans le vide laissé par le mouvement ouvrier que les personnalités et discours covidosceptiques ont prospéré. Aujourd’hui, l’extrême-droite profite du terrain gagné pour tenter d’élargir son influence et de se recomposer dans la rue après un échec relatif dans le mouvement des Gilets jaunes. Cette dynamique doit nous inquiéter et nous interpeller.

Alors que des dynamiques à la base se sont faites jours depuis le début de la pandémie, il est essentiel que le mouvement ouvrier et ses directions prennent leurs responsabilités. Par-delà les préavis de grève déposés par la CGT et SUD Santé, cela implique de lutter dans le mouvement contre la présence de secteurs réactionnaires, qui mènent une guerre à une partie de la population et de notre camp social en raison de ses origines ou de sa religion. Ils doivent être impérativement chassés des manifestations contre le pass sanitaire. Cela implique également de défendre une perspective claire concernant la situation sanitaire, en portant un programme sanitaire ouvrier.

Un programme qui doit articuler défense de la vaccination et des moyens de la mettre en œuvre - sur un plan national comme international par la levée des brevets - avec la revendication de moyens pour les hôpitaux mais aussi d’une véritable stratégie de prévention entre les mains des travailleuses et travailleurs pour en finir avec la gestion autoritaire des vagues successives générées par les variants. Un programme dont la défense devrait aller de pair avec une campagne active dans les entreprises et les quartiers populaires pour convaincre du bien-fondé de la vaccination pour protéger notre camp social et en finir avec l’épidémie.




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