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Pap Ndiaye ministre, la fin du blanquerisme ? Entretien avec Grégory Chambat

Grégory Chambat est enseignant en collège et co-animateur de la revue Questions de classe(s). Auteur de plusieurs ouvrages critiques sur l'école, nous avons souhaité l'interviewer à la suite de l'annonce de la nomination du nouveau ministre de l'Éducation Nationale.

mardi 24 mai

Crédits photo : Istock

Grégory Chambat est enseignant en collège et co-animateur de la revue Questions de classe(s). Il est l’auteur de L’école des réacs-publicains (Libertalia, 2016), L’école des barricades (Libertalia, 2014), Apprendre à désobéir, petite histoire de l’école qui résiste (avec Laurence Biberfeld, Libertalia, 2013) et Pédagogie et révolution. Questions de classes et relecture pédagogique (Libertalia, nouvelle édition 2015).

Entretien réalisé par Marion Scolaire

Le nouveau ministre de l’éducation vient d’être annoncé tournant la page de 5 ans de Blanquerisme. Comment comprends-tu ce choix du gouvernement Macron ?

Il se trouve que je lisais un petit texte de Aliocha Wald Lasowski au moment où l’annonce du nouveau gouvernement est tombée. Un passage m’a semblé particulièrement en phase avec la situation actuelle : « le brouhaha assourdissant du verbiage médiatique produit du vide, et rend parfois inaudible l’appel à inventer de nouvelles formes d’action. »

Assurément, la nomination de Pap Ndiaye constitue une surprise, mais finalement une surprise logique. Macron avait deux possibilités : nommer un nouveau ministre dans la lignée de Blanquer, tout aussi brutal (le nom de Damien Abad avait circulé) ou bien placer une personnalité moins clivante pour tourner la page Blanquer. La première option était politiquement assez suicidaire puisque la fin de règne de Blanquer a démontré que nous étions arrivé·es au bout d’un cycle. Le choix de ce nouveau ministre est donc habile. Pap Ndiaye est l’un des initiateurs des Black studies en France, il a dénoncé un racisme systémique et les violences policières. Mais, pourra-t-il mettre en cohérence ses déclarations d’hier et ses actes de ministre – par exemple en amnistiant les réprimé·es de l’Éducation nationale et en dégageant le Dasen du 93 responsable de la mutation d’office de nos camarades de l’école Pasteur ?

Si, idéologiquement, il apparaît comme progressiste, socialement c’est déjà moins évident. En témoigne la gestion de la Cité de l’immigration sous la direction du nouveau locataire de la rue de Grenelle. L’entreprise de nettoyage Challancin s’y est distinguée par une politique d’exploitation digne d’un autre âge (précarité, cadences inhumaines, répression, etc.) dénoncée par le syndicat CNT-SO et la CGT. Il se trouve que j’ai visité il y a quelques mois ce musée, et effectivement, en voyant travailler le personnel du nettoyage, on est frappé par le décalage entre le discours antiraciste et décolonial mis en avant et la réalité des conditions de travail. Interpellé sur cette question, Pap Ndiaye a répondu à la CGT « ça ne nous regarde pas »… Sa gestion du musée a ainsi régulièrement fait l’objet de contestations. Un délégué syndical CGT, cible de la répression, a dénoncé le fait que « le palais de la Porte-Dorée sert un peu de laboratoire au sein du ministère de la Culture. On s’éloigne de la mission initiale d’être un lieu d’échanges et de transmission des savoirs, et on dérive vers une sorte de parc d’attraction. » Tout cela ne laisse donc rien présager de bon…

Enfin, l’insistance du nouveau promu sur la méritocratie républicaine dont il aurait été bénéficiaire (« Je suis, a-t-il déclaré lors de la cérémonie de passation de pouvoir au ministère, un pur produit de la méritocratie républicaine dont l’école est le pilier. »), interroge aussi sur le discours qui sera tenu dans les mois à venir.

Un autre élément est, me semble-t-il, à souligner, c’est la réaction outragée de l’extrême droite suite à l’annonce de cette nomination. Cela nous dit combien Blanquer avait su se faire apprécier de l’extrême droite mais également combien cette dernière est très sensible à la bataille culturelle au sein de l’éducation qu’elle pensait avoir emportée. Il va probablement s’attendre aussi à des attaques de ce côté-là.

Changement de ministre et changement de ton mais pas changement de programme, les chantiers qui s’annoncent continuent d’opérer un tournant d’une école publique libéralisée quel regard portes-tu là-dessus ?

Oui, il y a peu d’illusions à avoir. L’enrobage sera différent, mais la logique à l’œuvre ne va pas changer et les réformes seront pilotées par Bercy et l’Élysée. Et, malheureusement pour nous, Macron entend faire de l’éducation une priorité de son nouveau quinquennat ! Son programme est à cet égard limpide : casse du statut des personnels enseignants avec quelques euros de primes en échange de nouvelles missions qui généraliseront la maltraitance institutionnelle et la souffrance au travail, renforcement de la hiérarchie, logique autoritaire et managériale, et surtout, renforcement du tri social avec l’instauration d’une sélection précoce (en 5e) et la disparition du collège unique. Sans mobilisation d’ampleur, il y a fort à parier que, d’ici cinq ans, l’école publique telle qu’on l’a connue aura disparu.

L’offensive de ces 5 dernières années a été double à la fois économique et idéologique. Économique avec toute une série de mesures visant à saigner l’école publique, au travers du statut, du recours aux heures supplémentaires, de l’école ouverte en période de vacances, toutes ces réformes ont notamment vocation à développer l’offre dans l’école privée. Mais aussi idéologique puisque la marque Blanquer c’est notamment cette offensive idéologique permanente qui a permis de faire le lit de l’extrême droite au travers de sorties réactionnaires sexistes et racistes sur les mamans voilées, les profs wokistes ou islamogauchistes, le danger de l’écriture inclusive ou des réunions en non-mixité, la nécessité de « tenues républicaines ». Cette double offensive comment l’analyses-tu ?

Effectivement, c’est probablement ce mot d’idéologue qui caractérise le mieux Blanquer et ce en dépit du fait qu’il aime à se présenter comme un « pragmatique »... Avec lui, nous avons eu affaire à un libéralisme autoritaire - c’est-à-dire le néolibéralisme - telle qu’il a d’abord été expérimenté dans le Chili de Pinochet, puis en Angleterre et aux États-Unis, sous Thatcher et Reagan. Blanquer incarne cet héritage de la révolution conservatrice. Dans le champ de l’éducation, cela s’est traduit par une vision passéiste de l’école et de la pédagogie, habillée d’un vernis scientiste (avec l’instrumentalisation des neurosciences) et une posture « républicaine » autoritaire au service de la traque des « islamogauchistes » et autres « wokistes ». Il faut rappeler cette déclaration de Marine Le Pen, en décembre 2017 : « L’engouement suscité autour de M. Blanquer, que l’on peut même qualifier de “phénomène Blanquer”, constitue une victoire idéologique notable pour le Front National et une défaite cuisante des sociologues et des pédagogistes qui avaient pourtant méthodiquement pris possession de l’institution scolaire. »

La seule à tirer son épingle du jeu, c’est l’école privée qui a été particulièrement choyée (scolarisation obligatoire à 3 ans, aide à l’ouverture d’établissements dans les quartiers prioritaires, etc.). La question religieuse importe peu ici, ce qui est mis en avant c’est la dimension marchande et concurrentielle. Je pense par exemple au cas du réseau d’écoles Espérance banlieues, que Jean-Michel Blanquer a érigé, je cite, « en modèle de ce qu’il faudrait faire en termes de partenariat public-privé ». Ces écoles (qui respirent la nostalgie colonialiste) sont perçues par beaucoup comme des terrains d’expérimentation. Je crois que c’est une bonne illustration du projet de Blanquer : une école à la fois low cost, nationaliste et réactionnaire, conçue comme un appareil idéologique de marché, au service de la mise au pas de la population, en particulier des classes dominées. Pour Blanquer, c’est clair : la guerre aux pauvres commence à l’école. C’était déjà le programme de la bourgeoisie conservatrice du xixe siècle : « Lire, écrire, compter, voilà ce qu’il faut apprendre, quant au reste, cela est superflu, déclarait Adolphe Thiers. Il faut bien se garder surtout d’aborder à l’école les doctrines sociales, qui doivent être imposées aux masses. »

Les médias accordent une place prédominante à ceux que tu appelles dans ton dernier livre les « Réac-publicains » qui construisent un discours du déclin de l’école par des présupposés manques : de laïcité, de valeurs républicaines, de la nécessité de l’uniforme à l’école. Ces discours qui infusent sont bien loin de la réalité du terrain : est-ce qu’ils permettent non sans succès de dessiner et d’appuyer leur projet d’une école publique libérale, autoritaire et réactionnaire ?

Puisque tu parles de médias, c’est effectivement une des pistes qui permet de comprendre l’engouement pour Blanquer qui en a été le chouchou, en particulier pour les plus à droite d’entre eux (Causeur, Valeurs actuelles, etc.) mais pas seulement. Depuis une quarantaine d’années, l’école est devenue le champ d’une bataille idéologique visant à l’hégémonie culturelle de la pensée réactionnaire. Le mot est souvent décrédibilisé, considéré comme n’étant pas opérant. Pourtant, si l’on se réfère à la définition qu’en a donné Jean-Michel Barreau, il éclaire parfaitement la logique à l’œuvre : « conservateur en colère, le réactionnaire veut maintenir l’ordre “naturel” des choses et se donne les moyens autoritaires de le faire. [Il est aussi] assurément un réformateur, mais un réformateur qui réforme à reculons : en reculant dans l’histoire et en reculant dans le social, dans la justice et l’égalité. » (Jean-Michel Barreau, L’Extrême droite, l’école et la République, petits détours par l’histoire, Syllepse, 2003.)

Sur la déconnexion avec le terrain, ce qu’il faut comprendre c’est que Blanquer, et les réacpublicains en général, ne s’adressent pas aux personnels – sauf pour les insulter, bien sûr – mais aux familles, et même plus précisément aux grands-parents, qui ont souvent un rôle important dans l’éducation. C’est d’ailleurs chez les retraité·es que l’ex-ministre de l’éducation a conservé un socle de popularité. Pour mettre à bas l’école publique, il rassure en se présentant comme un conservateur, défenseur du bon sens, mais il sait aussi attiser la haine de l’autre et les divisions (sur l’islamo-gauchisme, le wokisme, mais également avec sa sortie sur l’allocation de rentrée qui servirait à acheter des écrans plats…). Cette démagogie participe du projet de destruction des fondements même de l’école publique : selon Blanquer, « l’ennemi du service public c’est l’égalitarisme. » Ce qu’il faut mettre à bas, c’est l’aspiration à l’égalité, au commun et au collectif.

Les 5 dernières années sont également marquées par une répression aiguë des équipes engagées et combatives qui par ailleurs défendent pour beaucoup des pédagogies alternatives ou luttent contre la mise en place des réformes. Cette répression passe même par les menaces de dissolution du Syndicat Sud Éducation 93 de la part de Blanquer puis de 5 députés Les Républicains. Tu es par ailleurs signataire d’une tribune « L’Éducation nationale soutient l’extrême droite à l’école : faisons front contre la répression des équipes enseignantes du 93 ! » Toi qui as pu étudier l’évolution historique du modèle pédagogique français ou du moins l’évolution historique du modèle de l’école française comment comprends-tu cette récente période ponctuée d’offensives et de répression ?

Là encore, c’est le cœur du projet réac-publicain : pour eux, l’ennemi ce n’est pas l’institution, déjà bien conservatrice et inégalitaire, mais celles et ceux – syndicalistes, pédagogues, historien·nes critiques, sociologues, etc. – qui, en son sein, entendent la critiquer et la transformer à travers leurs luttes et leurs pratiques pédagogiques. C’est bien le sens du fameux Article 1 de la loi sur l’École de la confiance de Blanquer, qui veut museler toute parole critique. Dès lors, sont considéré·es comme subversif·ces toutes celles et tous ceux qui remettent en question l’institution et ses dysfonctionnements. Dès lors, est traquée, à l’Université, toute recherche qui interroge l’ordre établi et ses normes (de genre, de classe et de race). Dès lors, sont suspectes toutes les pratiques pédagogiques qui dévient du modèle défini et imposé d’en haut, tout comme doivent être écrasées les résistances au modèle managérial au sein de l’école publique.

Nos six camarades de Pasteur sont ainsi déplacé·es d’office (« dans l’intérêt du service »), après avoir été victimes d’une campagne de l’extrême droite, pour avoir eu l’audace de travailler collectivement et de manière collégiale au sein de leur établissement ! Leurs noms ont rejoint la liste noire des collègues de Melle, du collège République, de Clermont, de Bordeaux, de Nantes, d’Hélène Careil, etc. Cette répression, qui distille la peur chez les collègues et qui s’ajoute à une maltraitance institutionnelle généralisée, est une dimension que les militant·es ont à prendre aujourd’hui en compte et qui pèse sur les mobilisations…

Ces 5 dernières années ont heureusement été marquées par des poches de résistances face aux bac Blanquer, à la réforme des retraites à la « gilets-jaunisation » d’un secteur des profs mais aussi à la révolte contre l’institution et à l’ouverture de la boîte de pandore du malaise dans l’éducation après le suicide de C. Renon. Ces 5 dernières années c’est aussi le réveil des plus précaires du secteur : AESH et AED qui luttent contre la précarisation de leurs conditions de travail, pour une réelle politique d’inclusion des élèves handicapées ou pour un statut.Est-ce que ces poches de résistance ne sont pas le signal qu’un combat d’ensemble du secteur est possible ? Est-ce du déjà-vu historiquement autant de batailles du personnel de l’éducation sous un même ministre ?

Je ne serai pas aussi optimiste… mais je ne demande qu’à être convaincu ! La grève du 13 janvier dernier, imposée par la base, a été une belle surprise, mais sans lendemain. Pendant cinq ans, Blanquer est parvenu à mettre en œuvre sa politique de casse du service public d’éducation sans rencontrer de véritable résistance. Pour emprunter une image utilisée par Laurence de Cock, si ses prédécesseur·euses lui ont déroulé un tapis rouge, il s’y est installé au volant d’un bulldozer et a tout défoncé, pied au plancher, pour dérouler son programme avec une violence inouïe qui a pris de court la profession. Il a dicté son agenda, détourné les regards des véritables enjeux à coups de polémiques et ne s’est fixé aucun tabou. Et nous n’avons, hélas, pu enrayer aucune de ses réformes…

Si l’on se place du point de vue du temps long, il faut remonter au ministère de Claude Allègre pour retrouver un tel niveau de mépris et de violence vis-à-vis des personnels. Mais il y avait alors eu un mouvement de fond pour s’opposer à sa politique, doublé d’une dynamique sociale (grève dans le 9-3, à Mantes, etc.). Les collègues sont aujourd’hui anesthésié·es, résigné·es. La loi Rilhac, instaurant un statut de maître-directeur dans les écoles, bien qu’étant rejetée par 85 % de la profession (selon un sondage) n’a donné lieu à aucune mobilisation… J’ai peur que le corps enseignant ait perdu de sa capacité de résistance. Mais, en revanche, ce que tu dis sur les personnels de Vie scolaire (AED) et sur les AESH est vrai. Ils, et elles surtout, sont en pointe, s’organisent et mènent une bataille inédite, mais sans le soutien actif de la majorité des enseignant·es. Ils et elles confirment pourtant que la grève demeure le seul outil efficace : la fermeture des vies scolaires paralyse le fonctionnement des établissements et les différentes journées d’action des AESH ont réussi à leur donner une visibilité et à exposer au grand jour le scandale de leur exploitation...

Dans tes livres Pédagogie et Révolution et l’École des barricades, tu cherches à constituer un patrimoine d’une « autre » école, ou d’autres expériences pédagogiques, à démontrer que des modèles alternatifs sont possibles. Est-ce que finalement ce n’est pas cette absence de perspective d’un projet d’école et d’une société réellement émancipatrice qui manque aujourd’hui pour mettre l’ensemble des personnels, parents, élèves en bataille mais aussi pour briser le corporatisme du secteur ?

Les textes que tu cites ont effectivement pour objectif de transmettre l’histoire des résistances dans et hors de l’institution et de montrer l’actualité des combats syndicaux et pédagogiques. Ils entendent participer à cette bataille culturelle pour dire qu’il ne s’agit pas de défendre l’école publique pour ce qu’elle est mais pour ce que nous voudrions qu’elle soit. Ils évoquent un certain nombre de moments (la Commune de Paris, la naissance du syndicalisme révolutionnaire dans l’éducation, la révolution espagnole de 36, l’insurrection kanak dans les années quatre-vingt ou, plus près de nous le soulèvement zapatiste) qui montrent que la révolution est indissociable des questions éducatives et pédagogiques. Ils rappellent aussi que nos pratiques pédagogiques ne sont jamais neutres, que ce sont des choix politiques qui s’inscrivent dans une histoire et dans un projet de société construit collectivement – et pas seulement entre enseignant·es.

Aujourd’hui – mais est-ce vraiment nouveau ? –, si nous voulons contribuer à un véritable mouvement social autour de l’école, avec l’ensemble des acteurs et actrices du monde éducatif, dont les parents, les élèves, les étudiant·es, il ne faut pas en rester à une posture défensive de l’existant mais tracer un chemin vers une école publique au service des dominé·es, une école de l’émancipation collective et sociale et non de « l’égalité des chances »… En 1936, Célestin et Élise Freinet appelaient à la constitution d’une « Front de l’enfance » avec l’ensemble des organisations syndicales ouvrières, des mouvements pédagogiques et des familles populaires. Il faudrait retrouver cette dynamique, des initiatives comme le Front des mères de Fatima Ouassak vont dans ce sens, tout comme les initiatives conjointes de syndicats et de mouvements pédagogiques qui organisent des stages sur les liens entre syndicalisme et pédagogie. Tout cela est encore très confidentiel, mais c’est une dynamique qu’il faut renforcer et inscrire dans la perspective d’un large mouvement social.

Toi comme les membres de Questions de classe(s), N’Autre école ou l’Icem êtes signataires d’une tribune pour un troisième tour social et pédagogique qui appelle les profs à ne compter que sur eux-mêmes et à s’organiser pour s’affronter à la suite du menu libéral qui va avoir cours sur fond de crise économique et qui ne se fera pas sans résistance des travailleurs. Quels sont pour toi les impératifs pour faire front dans la période à venir ?

Ce genre de tribune constitue un moyen d’occuper le terrain, de faire entendre une autre voix. L’idée, c’est de reprendre la main, de sortir de la résignation et de porter l’espoir qu’une autre éducation dans une autre société est possible. Dans l’entre-deux tours, alors que l’issue du scrutin n’était pas connue, nous voulions rappeler que nous ne voulions ni de l’école en marche ni de l’école au pas et poser un diagnostic sur l’état de l’école publique aujourd’hui. Pour inverser les logiques à l’œuvre, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. À gauche, et même à la gauche de la gauche, la question éducative n’est malheureusement plus prioritaire. J’étais à l’Université des mouvements sociaux l’été dernier à Nantes et l’éducation ne figurait pas dans les thèmes centraux du programme. Trop souvent, les revendications se limitent à la question des moyens. C’est une revendication indispensable mais pas suffisante. Il est temps que le mouvement social se ressaisisse de la question pédagogique et renoue avec les fondements et les pratiques de l’éducation populaire. C’est une urgence face la menace fasciste mais aussi contre le programme néo-libéral qui est en train de façonner une école à sa botte sur le modèle d’une « fabrique de l’impuissance » pour reprendre l’expression de Charlotte Nordmann.

Nous devons donc, collectivement, poser les bases d’un horizon émancipateur, aussi bien sur le terrain, dans nos classes et nos établissements scolaires, que dans l’espace public. Pour cela, nous devons multiplier les lieux de rencontre, d’échange et de résistance, refaire collectif autour de perspectives sociales et égalitaires ambitieuses, sachant que ce n’est que par le rapport de force que nous pourrons les faire émerger.



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