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Jeunesse

Sélection à l’université

Parcoursup. Après le bug de la plateforme, le gouvernement s’enfonce dans le mépris

Le 15 mai, un bug de Parcoursup donnait de faux espoirs à des milliers de candidats qui se sont vus retirer des formations dans lesquelles ils avaient été acceptés « par erreur ». Une situation à laquelle le gouvernement répond comme à son habitude avec mépris et cynisme, en continuant de justifier la sélection drastique aux portes de l’enseignement supérieur.

mercredi 22 mai

Crédit Photo : Photothèque rouge / Martin Noda

De toutes façons « ils n’auraient pas dû l’avoir » : la réponse cynique du gouvernement à la déception de milliers de lycéens

Mercredi dernier, l’annonce des premiers résultats d’admission sur la plate-forme Parcoursup avait été troublée par un bug, qui avait envoyé des milliers de réponses positives à des candidats qui se les sont vus retirer lors du retour à la normale du système. Selon les Échos, ce sont quelque 67 000 jeunes qui ont ainsi été victimes de ce « problème technique », subissant ainsi faux espoirs et violent retour à la réalité en cette période de stress intense, à ce moment décisif, pris entre les réponses d’admission des établissements de l’enseignement supérieur, et en pleine préparation du baccalauréat.

Si Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche conteste ces chiffres, et se dit « beaucoup amusée » par ceux-ci, le ministère refuse pour le moment de donner le véritable nombre de jeunes impactés par ce « problème technique ». Jeunes qui éprouvent d’ailleurs sans doute une certaine difficulté à rire de la situation avec autant de désinvolture que la ministre chargée des réformes encadrant leur sélection toujours plus stricte à l’entrée des études supérieures.

C’est donc avec le mépris et le cynisme dont il a l’habitude de faire preuve que le gouvernement a réagi à cette situation déclenchée comme bien souvent par son propre amateurisme. « Même si ces jeunes le vivent comme “j’ai eu quelque chose, et on me l’a enlevé”, la vérité c’est qu’ils n’auraient jamais dû l’avoir » a ainsi déclaré Vidal, illustrant une fois de plus son manque de compassion criant, face aux milliers de jeunes angoissés à l’heure où ils sont sélectionnés dans les formations qui décideront de leur avenir. De la part du gouvernement, c’est une fois de plus l’absence totale de considération pour ceux qui ne sont qu’un chiffre (chiffre apparemment très flou qui plus est) à diviser le plus étroitement possible, qui s’exprime aujourd’hui.

Mais rassurons-nous, ce bug de la plate-forme de sélection post bac, rendu célèbre par ses faibles taux de réponses positives, est derrière nous. « Elle est clean » a assuré la ministre, ne soulageant sans doute personne d’autre qu’elle-même et ses collègues. Car de quoi a donc été fièrement lavée la plate-forme ? De milliers d’admission superflues ? De futurs bacheliers casés dans des formations qu’ils « ne méritent pas » ? Ce ménage est celui d’un retour à l’ordre, celui du gouvernement et de la sélection.

Parcoursup : la plate-forme de l’angoisse de milliers de jeunes

Si cet incident de l’algorithme a été si remarqué, « une catastrophe » d’après le gouvernement lui-même, ce n’est pas par hasard. En effet, si la perspective d’être refusé dans une dans une formation est toujours un objet de grand stress, depuis l’instauration de Parcoursup l’année dernière, ce stress est devenu un véritable cauchemar. Et à la lumière des chiffres enregistrés par la plate-forme pour l’année 3018, les candidats ne manquent de raisons, bien réelles, de s’inquiéter. En effet, à la rentrée dernière, c’était près de 300 000 lycéens n’avaient pas pu obtenir d’admission dans l’enseignement supérieur !

Cette année, 10 000 candidats supplémentaires se sont inscrits par rapport à l’an dernier (parmi eux, de nombreux recalés de la rentrée 2018), sans qu’aucune nouvelle place n’ait été ouverte, et ce, évidemment malgré les promesses du gouvernement. On peut donc s’attendre pour septembre à un record en termes de jeunes laissés sur le côté, qui seront refusés dans la formation de leur choix, voire sans aucune réponse favorable quelle que soit la formation.

Dans cette ambiance anxiogène, un faux espoir tel que celui suite par le récent bug de la plate-forme représente la promesse inespérée d’un avenir, puis son n écoulement immédiat. « Ce que je reproche à la plateforme, c’est de m’avoir fait espérer pendant deux jours », témoigne par exemple Emma, une lycéenne, là ou d’autres décrivent « un ascenseur émotionnel abominable : passer de la joie, aux larmes de tristesse »

Face à cette perspective, on ne peut s’étonner du niveau de stress et d’angoisse de tous ceux qui passent en ce moment-même dans cette machine à sélectionner qu’est Parcoursup. La plate-forme, est violemment sélective et fait ainsi prendre conscience à chaque bachelier, surtout ceux des classes populaires ne venant pas des meilleurs lycées, qu’il est probable qu’ils ne puissent accéder à la formation de leur choix, faisant peser sur eux la responsabilité de leur échec. L’ensemble de la scolarité de chaque lycéen constitue en effet, avec Parcoursup, un dossier jugé de bout en bout, du nom du lycée jusqu’au choix des options, en passant par toutes les notes du contrôle continu. Cette sélection brutale et croissante vise en premier lieu les jeunes des classes populaires, ceux qui n’ont pas étudié dans le « bon lycée », dont les familles n’ont pas les moyens de leur payer une école privée s’ils sont recalés par Parcoursup, dernière réforme en date dans une longue chaîne de lois mises en place pour faire payer à la jeunesse et leurs familles le manque de moyens toujours croissant dans l’enseignement supérieur.




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