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Jeunesse

Stop sélection

Parcoursup. En pleine crise la machine à sélectionner de Macron rend son premier verdict

Les premiers résultats de la phase d’admission principale de Parcoursup sont tombés et avec eux l’impitoyable machine à sélection de la macronie continue de tourner. Dans un contexte de crise économique et de casse de l’université publique, cette année plus que jamais ce sont de très nombreux lycéens qui vont se retrouver sur le carreau.

mardi 1er juin

Ce jeudi 27 mai débutait la phase d’admission principale de Parcoursup. Mise en place en 2018 avec la loi ORE par le gouvernement Macron, Parcoursup repose sur un modèle d’ultra-sélection et d’élitisation de l’enseignement supérieur. Une politique dont la jeunesse a déjà fait les frais depuis deux ans. En 2020, 41.000 candidats, toutes formations confondues, n’avaient toujours aucune formation à l’issue de la dernière campagne d’affectation.

Cette année Parcoursup risque de laisser un goût plus amer encore aux néobacheliers. Alors qu’en 2020, seulement 21.500 nouvelles places avaient été ouvertes pour 48.000 nouveaux néobacheliers, cette année l’on compte 31.000 candidats supplémentaires par rapport à 2020 pour seulement 25.000 places en plus. Ainsi l’on peut déjà présager que près de 32.000 néobacheliers ressortiront de la plateforme Parcoursup sans aucune affectation.

A ces obstacles s’est ajoutée la nouveauté de la réforme du bac. La promotion de terminales de cette année est la première concernée par la fin des filières L,ES et S traditionnelles et leur remplacement par des enseignements de spécialité. Les syndicats ont déploré un manque de transparence quant aux nouveaux critères de sélection :« c’est une source d’incertitude supplémentaire, assure Jean-Rémi Girard, nous ne sommes pas sûrs à 100 % de la manière dont vont s’opérer les sélections, notamment en fonction des spécialités choisies par les élèves. » .« La réforme du lycée a démultiplié l’incertitude et l’opacité sur les choix des élèves et leurs conséquences, il y a le sentiment de sauter dans le vide sans savoir où l’on va atterrir », renchérit Sophie Vénétitay.

Sur Twitter de nombreux lycéens ont exprimé leur inquiétude avant et après la publication des premiers résultats.

Le fait que le taux de candidats sans propositions sur Parcoursup risque une nouvelle fois d’être plus élevé cette année n’est pas dû une réussite moindre au bac. Au contraire, Parcoursup est un outil de sélection majeur pour "faire le tri". Trop de lycéens ont eu le bac, le diplôme n’a pas joué son rôle de "sélection naturelle" et donc Parcoursup est là en tant que second round de sélection, pour compenser. Les attentes de la plateforme pour pouvoir s’inscrire tels que la lettre de motivation ou la construction d’un projet personnel sont déjà un vecteur de sélection (en témoignent les dizaines de milliers d’abandon), auquel viennent s’ajouter des critères sociaux, comme la formation suivie, le lycée d’origine, ou les activités extra-scolaires. Un moyen de faire un tri social entre les différents candidats. Car une fois de plus, ce sont les jeunes des quartiers populaires, ou les enfants d’ouvriers qui vont être mis au ban des universités et autres filières sélectives, les autres pourront s’offrir des études dans des établissements privés.

A l’heure d’une crise économique dont on ne voit pas encore la fin, la situation risque de se complexifier encore pour la jeunesse étudiante et lycéenne. Le marché du travail va se resserrer et le chômage augmenter, et il faudra délivrer de moins en moins de diplômes, et donc sélectionner davantage. Et alors que la jeunesse fait figure de variable d’ajustement depuis de la début de la crise du Covid et de ses retombées économiques, il se pourrait bien que de nombreux étudiants ne trouvent pas de « job étudiant » et par conséquent doivent arrêter leurs études. Espérons que la rentrée 2020 se fasse cette fois en présentiel. Le cas contraire nous serions à nouveau confrontés à une sélection accélérée, puisque ceux qui décrocheront en premier seront les plus précaires, qui ne peuvent pas "télé étudier" dans des conditions favorables : famille nombreuse dans un petit espace, studio minuscule, mauvais matériel ou pas d’ordinateur, pas de réseau.

Ces dernières semaines, les coups de communication de Macron auprès de la jeunesse se sont multipliés. Après l’invitation d’influenceurs en février dernier à l’Élysée, présentés comme « porte-paroles » d’une jeunesse alors en grande précarité et détresse psychologique, Macron poursuivait ses adresses de séduction à la jeunesse, entre accès au Pass Jeune et vidéo avec les youtubeurs McFly et Carlito. Mais si Macron tente de draguer la jeunesse, Parcoursup doit à minima lui servir de piqure de rappel et nous rappeler que le reste du temps Macron nous crache à la gueule.




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