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Jeunesse

Violences sexuelles

Paris 1. Un professeur suspendu après une plainte pour viol réintégré dans ses fonctions

En 2019, nous avons publié un article revenant sur des cas présumés de violences sexuelles à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Après la réintégration d’un des professeurs incriminés, ses élèves ont tenu à nous faire parvenir un communiqué que nous relayons ici.

mercredi 9 novembre

Ci-joint notre article publié en 2019

Le jeudi 27 octobre, les doubles licences 2 Histoire de l’Art et Archéologie - Histoire, et Histoire de l’Art et Archéologie - Droit, se sont rendues en CM d’Archéologie Extra-Européenne au centre Pierre Mendès France.
Nous, élèves de ces cursus, nous sommes senti•e•s déconsidéré•e•s par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et par l’UFR03 d’Histoire de l’Art et d’Archéologie, nous ayant attribué comme professeur de CM et TD M. Guillaume Gernez.

Nous, avons été confronté•es à un individu "accusé d’avoir eu des comportements déplacés" vis à vis d’une étudiante en 2014 ; et d’avoir invité sur un chantier de fouilles à Oman, en décembre 2013 et janvier 2014, des étudiantes dans sa tente la nuit. Lors de ces entrevues avec les étudiantes, il est affirmé à l’issue d’une enquête datée de 2014 que "certains [des] gestes [de l’enseignant] ont dépassé le cadre d’une relation amicale". De plus, une plainte pour viol a été déposée envers M. Gernez en février 2019 par une étudiante de master, qui a participé à un chantier de fouilles à Oman, lors d’une mission à l’hiver 2019 (source : CNESER et Conseil d’Etat via un article publié par Mediapart le 20 mai 2019).

Cette plainte a débouché sur un non-lieu. Par ailleurs, le climat judiciaire ne semble pas rendre compte, aujourd’hui, de la réalité puisque seuls 0.6% des accusations de viol par des personnes majeur•e•s ont fait l’objet d’une condamnation (source : Assemblée Nationale).

En outre, l’université a émis à son encontre des sanctions disciplinaires, notamment une suspension de son droit d’enseignement à Paris 1 Panthéon-Sorbonne pendant 3 ans. Il est aujourd’hui réintégré au corps enseignant, mais il fait toutefois l’objet de certains aménagements : il n’a plus le droit d’enseigner en master, ou de diriger, participer à des chantiers de fouilles avec des étudiant•e•s, dans le cadre de ses fonctions d’enseignant de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cette situation ne participe aucunement à ce que nous nous sentions en sécurité. Comment nous promettre que de nouvelles plaintes à son encontre ne verront pas le jour ?

De plus, l’université reste très vague en ce qui concerne ces sanctions disciplinaires. L’intranet ne propose pas les comptes rendus de Commissions Disciplinaires à l’égard des personnel•le•s, alors qu’il est possible d’avoir accès à ceux des usagèr•e•s. Aucune communication claire et transparente n’est donc faite concernant des sanctions disciplinaires contre de M. Gernez.

Les informations dont nous disposons ne nous ont été transmises qu’oralement, de façon partielle et sans contexte, à travers des administrateurs de l’UFR 03. Cela complique de fait beaucoup notre compréhension de la situation et la construction de notre discours. Nous demandons des précisions claires et exhaustives.

La confrontation avec M. Gernez lors du cours est d’autant plus violente puisqu’aucun nom ne figurait sur les EPI, ou même sur l’intranet étudiant en date de début septembre 2022. Son nom n’a même pas été mentionné par les autres professeurs d’histoire de l’art et archéologie avant l’heure de son cours. M. Gernez n’a même pas pris la peine de se présenter à son auditoire lors de son premier cours nous étant destiné.

Nous avons perçu cela comme une volonté d’empêcher toute forme d’organisation qui concernerait le refus des enseignements délivrés par ce professeur. Que se serait-il produit si nous nous n’en étions pas aperçu ? L’université nous aurait-elle laissé•e•s sans informations le concernant ?

À la suite de cette découverte faites par les étudiant•e•s, bon nombre d’entre nous se sont senti•e•s mal. Certain•e•s ont même dû quitter le cours, en raison de leur état de choc et d’angoisse à la vue de l’enseignant.
Cet état de choc ressenti par les étudiant•e•s est totalement justifié compte tenu de l’étendue des Violences Sexistes et Sexuelles (VSS) au sein de l’université mais aussi dans la vie quotidienne.

Selon l’Observatoire des VSS, 1 étudiante sur 10 a été victime d’agression sexuelle durant ses études, et 1 étudiante sur 20 de viol. Comme dit précédemment, aucune information au sujet de son identité ne nous a été communiqué par l’université en date de la rentrée, à savoir début septembre 2022. Cela est un manque absolu de considération et de respect envers nous, étudiant•e•s de Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Se rajoute à ce climat d’insécurité la présence de deux vigiles aux portes de l’amphithéâtre K.
Ces derniers ont étés placés en raison d’une demande de renfort de sécurité sur l’amphithéâtre K, afin d’empêcher les possibles débordements. L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne nous semble renvoyer un sentiment irrespectueux à notre encontre. Elle se place, à nos yeux, dans une démarche de protection vis-à-vis de ses enseignants, tout en délaissant ses étudiant•e•s, puisqu’aucune communication sur la situation ne nous a été donnée. Ce renfort inhabituel de la sécurité du centre PMF, pour un simple cours d’archéologie du Proche Orient ancien, ne contribue en rien a ce que nous étudiions dans un climat serein et sécurisant. Nous avons ressenti cet épisode comme un guet-apens d’une violence incontestable.

Selon nous, être à son contact n’est pas une situation sécurisante. Son interdiction de direction de séminaires nous a été justifiée par la proximité excessive vis-à-vis des étudiant•e•s, mais de notre point de vue, un cours en TD pose la même problématique. En effet, la relation qui s’instaure entre étudiant•e•s et professeur conduit indéniablement a des rapports d’autorité non négligeables, puisqu’il est en capacité de relever notre assiduité en cours, mais aussi de nous délivrer des notes dans le cadre du contrôle continu et du partiel.

Nous nous estimons légitimes à demander un changement de professeur.
Les élèves de la double licence Histoire - Histoire de l’Art et Archéologie ont déjà collectivement boycotté les TD se tenant le jeudi 27/10/2022, à 18h, ainsi que le vendredi 28/10/2022 à 15h30. Une majorité de la promotion de Droit - Histoire de l’Art Archéologie a fait de même.

Nous pensons continuer jusqu’à l’obtention de réponses concrètes. Nous ne pouvons pas croire qu’il est impossible à l’administration de remplacer M. Gernez, seule mesure qui nous semble satisfaisante, bien que nous soyons prêt•e•s à négocier d’autres dispositions.

Nous sommes déterminé•es et soudé•e•s. Aucune proposition de l’UFR03 ne nous a été transmise pour le moment. L’université Paris 1 Panthéon Sorbonne se targue publiquement de son engagement face aux Violences Sexistes et sexuelles, mais nous estimons que cela est insuffisant puisque nous en arrivons à de telles situations. Bien que celle-ci soit complexe, juridiquement et logistiquement, nous, étudiant•e•s, n’avons pas à en pâtir.

Nous tenions par ailleurs à mettre en avant, une nouvelle fois, notre indignation devant le manque de transparence et de considération dont à fait preuve l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne envers ses étudiant•e•s. Si un changement de professeur représenterait un véritable geste de reconnaissance face aux difficultés vécues, les sentiments de malaise et d’insécurité n’en demeureront pas moins marquants pour beaucoup d’entre nous.

Nous voulons ne plus avoir à nous battre pour étudier paisiblement et dans des conditions non oppressives !
Nous voulons une université sans sexisme, ni Violences Sexistes et Sexuelles.

Les étudiant•e•s mobilisé•e•s de la Double Licence 2 Histoire - Histoire de l’Art et Archéologie, et Droit - Histoire de l’Art et Archéologie.

Soutenu•es par :

- le Collectif Paye ta Truelle

- le Comité féministe de Paris 1

- Groupe Archéo En Lutte Paris 1

- Solidaires Etudiant•e•s Paris 1

- UNEF Paris 1

- SAP1

- Sud Education Paris 1

- Le Poing Levé Paris 1

-Sorb’Out

- Kerberos - Association de la double licence Histoire/Histoire de l’art et Archéologie



Mots-clés

La Sorbonne   /    violences sexistes   /    Université   /    Jeunesse   /    Genres et sexualités