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Jeunesse

Université Paris VIII

Paris 8. En plein confinement, les devoirs s’accumulent : exigeons la validation pour tous !

Alors qu’une enquête réalisée dans le département de sociologie et d’anthropologie insiste sur la précarité des conditions de confinement des étudiants, dans de nombreux cours, la continuité pédagogique et les partiels sont maintenus. Dans la crise que nous connaissons, les examens entraîneraient une brutale sélection, exigeons la validation automatique !

vendredi 10 avril

Photo : Fauteuil Herman Miller dessiné par les Eames (modèle DAX.) un des rares vestiges de l’Université de Vincennes, construite au cours de l’été et de l’automne 1968 et ancêtre de Paris 8 - Saint Denis.

Ce questionnaire adressé aux étudiants de sociologie et d’anthropologie, destiné à faire un état des lieux des conditions dans lesquelles beaucoup sont contraints de combiner précarité, confinement et dossiers à rendre, révèle ainsi que seulement 18% « déclarent, dans cette enquête, avoir à la fois une bonne connexion internet, un ordinateur personnel non partagé et une pièce où ils et elles peuvent s’isoler pour travailler là où ils et elles résident actuellement ». Des données qui rappellent les conditions inégales de confinement et d’accès aux ressources matérielles et universitaires, auxquelles s’ajoute une série de témoignages pointant du doigt l’absurdité de la situation : « Je n’ai vraiment pas le temps d’étudier à distance car je suis en contrat actuellement dans un magasin alimentaire et en cette période (covid) je fais énormément d’heures supplémentaires donc je travailel tous les jours et cela est très physique (mise en rayon, porter des grosses charges ex carton d’aliments...) alors quand je rentre à mon domicile je suis épuisée ! Je suis une bonne étudiante avec de bons résultats en temps normal, mais là je suis inquiète pour ma validation ce semestre ! ».

Alors que plusieurs milliards de personnes sont confinées dans le monde, dans de nombreux cours, la charge de travail reste importante, et la sélection à la fac se poursuit. D’autant plus que si trois quarts des étudiants interrogés ne travaillent plus depuis les mesures de confinement, deux tiers déclarent ne pas bénéficier de revenu de compensation, aggravant la précarité déjà très dure qui touche les étudiants : « Je ne sais pas comment je vais faire pour rester dans mon domicile. Je ne peux plus travailler et ma bourse ne suffira pas. Je vais devoir travailler avec cet état d’anxiété ». Une continuité pédagogique d’autant plus inacceptable qu’elle sanctionne, à Paris 8, de nombreux étudiants étrangers. Alors qu’ils sont nombreux à avoir perdu leur emploi, se trouvant sans revenus réguliers, beaucoup sont aussi isolés, sans aides pour étudier des textes qu’ils doivent traduire eux-même, mais aussi exposés à beaucoup d’incertitudes quant aux questions administratives qui revêtent une dimension vitale, pour pouvoir renouveler leur carte de séjour étudiant par exemple.

Aussi, alors que le pic de l’épidémie du covid-19 n’est toujours pas atteint, des entreprises comme McDo, dans lesquelles nombres d’étudiants sont employés, annoncent la réouverture de restaurants. Dès lors, si certains vont désormais devoir gérer, d’une part, les conséquences du maintien de la continuité pédagogique, et d’autre part, de nouveaux risques d’expositions au virus ; d’autres, doivent faire face à des problèmes financiers (bourses trop faibles, plus revenus, etc) suite aux pertes d’emplois dues au confinement. Il apparaît alors scandaleux que des départements, comme celui de Droit, entreprennent d’organiser des partiels en ligne, malgré le manque de ressources, matériels, bonnes conditions, et surtout, dans les coordonnées d’une situation de crise sanitaire qui touche directement les étudiants, nombre d’entre eux étant eux-même malades ou ayant des proches dans un état grave. Dans le département d’Histoire également, où dans certains cours, les dossiers évalués à rendre s’accumulent, la perspective de partiels en présentiels est maintenue. En licence d’arts plastiques, des étudiants ont rédigé une lettre ouverte pour revendiquer « la possibilité d’une validation automatique à 12/20 » et dénoncent un contexte « peu favorable » pour se concentrer sur les études. Ce n’est pas aux étudiants de payer la crise !

Si la mobilisation contre la loi ORE pointait du doigt le mode de gestion néolibérale des universités au service des grandes entreprises, ici encore, étudiants, personnels et enseignants se retrouvent isolés et mis de côté dans les décisions à prendre concernant le rôle de l’université dans un contexte où les moyens manquent cruellement pour faire face au Covid-19. L’Université et l’enseignement apparaissent totalement déconnectés des enjeux sociaux, et avoir comment seule fonction la remise de diplômes coûte que coûte, pour attribuer une valeur aux étudiants sur le marché du travail, quitte à éjecter tous ceux qui sont les plus exposés à la crise. Comment passer des partiels comme si de rien n’était dans cette situation ? La validation automatique est aujourd’hui de première nécessité pour empêcher une brutale sélection. Mais elle est aussi une condition pour que les étudiants puissent jouer un rôle acteur dans une situation ou le monde bascule. À l’international comme en France, les gouvernements et le grand patronat industriel et financier sont déterminés pour faire payer aux salariés et aux jeunes la crise qui débute. Ils obligent les travailleurs des secteurs non-essentiels à se rendre au travail au péril de leur vie, ils licencient à la pelle et font planer le spectre du chômage de masse... Pour que ça soit les responsables de cette situation qui passent à la caisse, à commencer par Macron et sa clique qui envoient les soignants combattre et mourir sans masques, il faudra que l’on s’organise, raison de plus pour ne pas passer nos partiels comme si de rien n’était.




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