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Jeunesse

VIDAL DÉMISSION

Paris 8. Les chèques-psy : encore une mesure fantôme du gouvernement

Le gouvernement avait promis des chèques psy pour les étudiants en janvier pour « répondre à la détresse étudiante ». Pourtant, cette mesure est restée très partielle, et n'était en réalité que de la poudre aux yeux. Le collectif Le Poing Levé a mené une enquête à Paris 8 sur cette mesure cosmétique.

vendredi 16 avril

Une mesure partielle et qui n’est pas appliquée dans toutes les universités

“Répondre à la détresse étudiante” c’est ce que nous a promis le gouvernement en janvier 2021. Frédérique Vidal avait alors annoncé la mise en place des "chèques-psy" à l’intention des étudiant.es. Mais derrière les effets d’annonces, la réalité de l’accompagnement psychologique proposé aux étudiant.es est tout autre. ”En 2020, on dénombrait plus de 1,63 millions d’étudiants inscrits à l’université.” mais le dispositif “chèques-psy” ne compte que 1360 psychologues. Par ailleurs, l’opération “chèques-psy” n’est pas appliquée dans les facultés déjà pourvues de psychologues.

En contactant le service de médecine préventive de Paris 8 il s’est avéré que cette université n’a bénéficié d’aucun moyens supplémentaire concernant le suivi psychologique des étudiant.es : “Cela ne concerne pas notre université car il y a déjà un psychologue sur la fac”. Les élèves doivent s’inscrire sur liste d’attente afin de pouvoir prendre rendez-vous avec un.e psychologue de la faculté. Cette attente est variable : le délai minimum est d’une semaine pour avoir le/la psychologue au téléphone et prendre rendez-vous.

A l’échelle nationale, la mesure n’a pas été appliquée en temps et en heure laissant les étudiant.es dans l’attente et face à un parcours du combattant pour pouvoir bénéficier d’une aide psychologique. Le protocole à suivre afin de bénéficier de seulement trois séances est dissuasif car il est impossible de prendre rendez-vous directement avec un.e psychologue. Il est obligatoire d’obtenir l’aval d’un médecin généraliste (ou médecin de la faculté) avant de pouvoir obtenir des consultations. Alors que la simple expression du besoin de bénéficier d’un suivi psychologique devrait être la seule étape pour y accéder.

Ce système pousse certain.es étudiant.es à renoncer aux séances. En ce qui concerne la possibilité d’aller voir le ou la médecin présent.e à l’université, le temps de prise en charge est très important. De plus, aller voir son médecin de famille pour parler de sujets graves et personnels n’est pas toujours aisé. Il faut ajouter à cela, l’aspect financier car la consultation n’est pas remboursée pour tout le monde, notamment les étudiant.es étranger.ères dont la situation n’est pas toujours régularisée. Certain.es étudiant.es en grande situation de précarité ne peuvent pas avancer le prix d’une consultation alors même qu’iels peinent à se nourir à l’image des files d’attentes interminables d’étudiant.es pour obtenir des repas à 1 euro ou des colis alimentaires. Les étudiant.es étranger.eres sont plongé.es dans une grande précarité en raison de la perte de leurs emplois depuis le début de la pandémie, et de la négation de leur statut d’étudiant.es et de leur droit : “Nous sommes venus étudier, payons ici des impôts indirects, mais nous n’avons pas le droit aux bourses.”

Du fait de la distance avec leur famille elles et ils ne peuvent pas bénéficier du soutien familial, d’autant plus qu’une grande partie des étudiant.es étranger.e.s et particulièrement à Paris 8 viennent de pays anciennement colonisés et pillés par la France dont le niveau de vie est bien faible en comparaison à celui de la France. En ce sens, il est urgent et essentiel que des suivis psychologiques accessibles et gratuits soient déployés à grande échelle mais aussi que les bourses et aides étudiantes soient allouées aux étudiant.es étranger.eres et que leurs situations soient régularisées.

Ces mesures fantômes ont été prises suite à une vague de suicide dans la jeunesse symptomatique de la situation de détresse économique et psychologique des étudiant.es méprisé.es et ignoré.es par un gouvernement qui sacrifie sa jeunesse depuis mars 2020. Mais comme nous l’avons dit, dans les faits ces annonces sont de la poudre aux yeux.

De plus, ces mesures qui n’ont pas été appliquées correctement aggravent la crise dans les subjectivités. Certain.es étudiant.es ne se sentent pas assez légitimes de consulter et ne font même pas la démarche d’être suivi.es de peur de prendre la place de quelqu’un.e qui en aurait plus besoin. Parfois la situation de détresse est telle que la force n’est pas là pour s’engager dans des démarches éprouvantes et qui risquent de ne pas être concluantes. Ces promesses non tenues sont donc meurtrières quand il s’agit de personnes qui n’ont aucun recours psychologique ou psychiatrique et qui sont dans un état de détresse qui les mettrait en danger.

Cette absence d’aides psychologiques efficaces résultent d’un cruel manque de moyens allouées aux universités et aux étudiant.es. Elle met également en exergue le fait que les troubles de la santé mentale sont considérés comme des phénomènes individuels n’ayant pas nécessairement nature à être pris en charge par la société.

Pas de chèques-psy : l’Etat est responsable

Non seulement, le gouvernement ne met en place aucun dispositif viable pour traiter la question centrale du mal-être étudiant mais, tout son discours n’est que mépris et culpabilisation.

Vidal continue de déverser son discours individualiste et culpabilisateur. [Suite à un long silence et afin de justifier l’interminable fermeture des facs, Vidal a annoncé : « Le problème, c’est le brassage. Ce n’est pas le cours dans l’amphithéâtre mais l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ou un sandwich avec les copains à la cafétéria. » Que le gouvernement ait une telle méconnaissance de ce qui constitue un risque sanitaire ou non n’étonne plus personne au vue de sa gestion erratique de la crise. Mais un tel décalage de réalité est proprement inadmissible. Encore une fois, le gouvernement se décharge de toute responsabilité pour la transférer sur l’individu. Alors qu’une partie de la jeunesse meurt de faim et/ou doit suivre des traitements anti-dépresseurs pour pallier au manque de suivi psychologique, Vidal ne se préoccupe que du fameux « bonbon sur la table ». Vidal, au même titre que toute la clique macronienne, est coupable.

Rappelons qu’on vient à peine de découvrir l’existence de soirées clandestines en janvier au sein du Ministère de l’Education Nationale.

Cette vague de décrochages scolaires est aussi le symptôme de la rupture subjective du pacte méritocratique. La crise économique actuelle détruit le mythe de l’étudiant.e obligé.e de manger des pâtes et de bosser à Chronodrive toute sa scolarité mais qui obtiendrait de meilleures conditions de vie suite à l’obtention de son diplôme. Pourtant le gouvernement continue sa politique de course à la sélection. C’est pourquoi de nombreuses universités ont rouvert leurs portes uniquement pour les partiels alors que le taux de dépression était en train d’exploser, et faisant abstraction des risques sanitaires. Donc non, notre avenir n’est pas seulement obscurci. Pour la majorité invisible il s’incarne par l’absence de travail avec au mieux, des taffs précaires et sous-payés après avoir trimé pour un diplôme qui ne vaut rien.

Cette situation de crise aiguë est une véritable brèche voire une poudrière pour une future explosion sociale. En ce sens, il convient d’affirmer que nous ne sommes pas la variable d’ajustement du capital, nous refusons de payer la crise et les conditions de vie misérables et méprisées qui nous sont imposées.

Malgré l’absence de possibilité de regroupements dans l’université, la jeunesse a montré des ébauches d’auto-organisation depuis le début de la crise. En janvier les étudiant.e.s de Malesherbes, La Sorbonne mère, Paris XII et Clignancourt se sont organisé.e.s pour bloquer les universités et empêcher la tenue des partiels. Le 1er décembre 2020, les AED qui sont en majorité des étudiant.e.s précaires s’étaient massivement mobilisé.e.s derrière le mot d’ordre « Nous ne sommes plus vos pions ! ». Cette journée de grève était historique, dans un des secteurs les plus précaires de l’Éducation Nationale qui ne s’était pas mobilisé depuis 17 ans. Les AED se sont remis.e.s en grève le 19 janvier en se coordonnant avec d’autres secteurs de l’Education Nationale. C’est cette même jeunesse qu’on retrouvait en manif durant les mois de novembre et décembre pour lutter contre l’abrogation de la Loi Sécurité Globale et les violences policières. Toute l’année, de nombreux tweets sont sortis et sont montés en top tweet à l’image des hasthags : #Honteuniv ; #Etudiantsfantomes ; #DuFricPourLesFac ou bien du hashtag #Etudiantspasinfluenceurs suite à la sortie de la youtubeuse Enjoy Phoenix sur les diplômes en carton. Bien que partielles et peu étendues dans le temps, ces embryons de mobilisation montrent l’envergure de la colère actuelle dans la jeunesse. L’absence totale de mise à disposition d’aides psychologiques est un autre mot d’ordre autour duquel les étudiant.e.s peuvent se rallier.

Un an après le début de la pandémie il n’y a eu aucune évolution en positif pour la jeunesse et la situation ne va qu’en se dégradant. L’année scolaire touche à sa fin et il est plus que nécessaire de faire imposer un plan d’urgence. Avec le Poing Levé nous exigeons :

La gratuité de tous les soins psychologiques et psychiatriques au sein de l’université et l’embauche massive d’un personnel formé pour éviter toute situation d’afflux.

  • Une taxe sur les grandes fortunes afin de financer les soins médicaux
  • La réouverture des universités avec un plan sanitaire viable
  • La démission de Vidal



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