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Sélection à l'université

Paris 8 : la présidence empêche un vote sur la validation automatique des partiels

La présidence de Paris 8 a refusé de soumettre au vote la motion pour la validation automatique du semestre proposée par le Poing Levé et soutenue par l’ensemble des organisations étudiantes élues et des étudiant⋅es mobilisé⋅es. Un mépris pour les étudiant⋅es qui illustre parfaitement le caractère antidémocratique des conseils centraux de l'université.

Le Poing Levé Paris 8

19 avril 2023

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Ce lundi 17 avril, l’ensemble des élu⋅es étudiant⋅es de la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU) ont coupé court à la discussion en partant au milieu de la réunion. Après plus de 3 heures de bataille pour la validation automatique, la présidence a étalé son mépris des étudiant⋅es en refusant de faire soumettre au vote la motion proposée par Le Poing Levé et soutenue par l’ensemble des organisations étudiantes élues et des étudiant⋅es mobilisé⋅es.

Depuis le mois de janvier, des milliers d’étudiant⋅es sont mobilisé⋅es contre la réforme des retraites et se battent pour un autre avenir, loin de ce que propose le gouvernement de Macron, qui méprise la jeunesse et ses revendications. À Paris 8, des centaines d’étudiant⋅es ont participé aux Assemblées Générales et ont investi les cortèges de jeunesse. Beaucoup se sont rendu⋅es sur des piquets en soutien aux travailleur⋅euses en grève et ont rejoint les manifestations nocturnes malgré une répression policière féroce. Alors que de nombreux⋅euses jeunes se sont fait matraquer par la police, sont parti⋅es en garde à vue et subiront des procès dans les prochaines semaines pour s’être mobilisé⋅es, les étudiant⋅es refusent de laisser la présidence imposer que la vie universitaire, dont les partiels, reprenne comme si de rien n’était.

Après un rassemblement d’étudiant⋅es et personnels à l’entrée du conseil, une délégation d’étudiant⋅es mobilisé⋅es est parvenue à entrer dans la CFVU pour défendre la validation automatique du semestre, dénoncer les conditions d’études et rendre compte de la détresse de certain⋅es provoquée par les politiques des UFR. Dans celui de psychologie, les étudiant⋅es portent la dénonciation d’un système universitaire pressurisant et angoissant, que l’équipe pédagogique et la présidence de l’Université balayent par des discours méritocratiques et culpabilisants.

Un « non vote » à l’image du caractère anti-démocratique des conseils centraux

Alors que depuis le début du mouvement, la présidence avait accepté de voter deux motions se positionnant en faveur du mouvement et appelant à la banalisation des cours les jours de mobilisation nationale, elle a cette fois-ci refusé de se positionner en faveur de la validation automatique.

« Nous ne pouvons pas décider de tout », langue de bois, ton mielleux et mépris ont été les seules réponses accordées aux étudiant⋅es et personnels qui défendaient la validation automatique du semestre, illustrant parfaitement l’anti-démocratisme des conseils centraux de l’université. Il faut rappeler qu’à la CFVU siègent 37 membres dont seulement 14 étudiant⋅es, élu⋅es par des élections peu représentatives des 22 000 étudiant⋅es de l’Université. L’avis des étudiant⋅es semble donc purement consultatif tandis que plusieurs personnalités extérieures non élues ont voix au chapitre.

Ainsi, après un débat de près de 3h où les interventions étudiantes ont été discréditées, la présidence a refusé de soumettre au vote la motion, annonçant qu’elle ne prendrait de toute façon pas en considération son issue, de même pour la motion spécifique de l’UFR de psychologie. Face à ce coup de force antidémocratique, les élu⋅es étudiant⋅es ont quitté la salle du conseil.

Avec moins de 10 personnes dans la pièce, sans aucun⋅e élu⋅es étudiant⋅es ni la majorité des élu⋅es du personnel, la Présidence a conclu son coup de force anti-démocratique en faisant voter une motion dont l’absence de positionnement clair sur la tenue des partiels traduit sa volonté d’imposer un « retour à la normale ». Cette motion encourage la préservation d’une « évaluation juste [...] dans des conditions respectant l’égalité des chances et la souveraineté des jurys », ignorant l’ensemble des témoignages et revendications de l’ensemble des étudiant⋅es et personnels mobilisé⋅es depuis trois mois.

Une bataille contre la sélection et pour un autre modèle d’université

Face au tournant antidémocratique du gouvernement sur l’adoption de la réforme des retraites, d’abord avec le 49.3, puis avec la validation par le Conseil Constitutionnel et la promulgation de la réforme par Emmanuel Macron en pleine nuit, la jeunesse s’est massivement mobilisée contre la réforme des retraite, en commençant par y porter ses propres revendications.

La colère envers ce système et ses institutions s’exprime largement au sein de l’Université, exacerbée notamment par la question de la validation, qui expose la précarité étudiante et le poids de la sélection universitaire. Les étudiant⋅es se réunissent en Assemblées Générales pour penser leurs conditions d’études, à l’instar des étudiant⋅es de l’UFR de psychologie qui s’organisent face à la pression et au mépris de la politique de l’UFR. Les étudiant⋅es et personnels mobilisé⋅es de l’UFR Arts ont investi le hall de l’université pour y organiser des ateliers de discussions politiques, des projections ou encore une friperie solidaire.

De nombreux cours n’ont pas eu lieu ce semestre du fait des grèves et des journées de mobilisation. Au-delà des discours sur la « valeur du diplôme », qui serait affectée par une validation des diplômes « trop complaisante » vis à vis des étudiant⋅es, la volonté même d’évaluer des cours qui n’ont que partiellement voire jamais eu lieu pose la question du rôle de l’Université, évaluer et trier les étudiant•e•s à tous prix, leur attribuer une valeur sur le marché du travail. Dans le contexte d’une mobilisation aussi importante que celle que nous avons connue ces derniers mois, il s’agit aujourd’hui de ne pas pénaliser les étudiant⋅es, qu’iels se soient mobilisé⋅es contre la réforme ou non. C’est dans cet objectif que le Poing Levé a déposé une motion à la CFVU pour exiger la validation automatique du semestre pour toutes et tous. En effet, la validation automatique permettrait de ne pas pénaliser celleux qui ont pris part au mouvement social, mais également de garantir le maintien des bourses pour l’année prochaine et des titres de séjour pour les étudiant⋅es étranger⋅es.

Face à la présidence, cette situation démontre le caractère fantôche de la « démocratie universitaire », et que seul le rapport de force et la mobilisation large peut permettre d’obtenir gain de cause pour les revendications des étudiant⋅es et personnels de l’université en faveur d’une université ouverte à tout⋅es, gratuite et non sélective.


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