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Notre classe

Contre la justice de classe

Paris. Grande action ouvrière en soutien aux 8 condamnés de Goodyear

Daniela Cobet et Flora Carpentier Près de 10 000 personnes se sont rassemblées à l’appel de la CGT ce jeudi 4 février Place de la Nation à Paris pour témoigner de leur soutien aux 8 salariés de Goodyear condamnés à 2 ans de prison, dont 9 mois fermes, dans le cadre d’un procès engagé par l’Etat. Retour sur ce succès qui appelle à des suites.

vendredi 5 février 2016

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La météo n’aura une fois de plus pas aidé, mais cela n’a pas empêché les dizaines de délégations de travailleurs de plusieurs secteurs de suivre, pendant plus de trois heures et dans un climat très combatif, l’enchainement de prises de paroles entrecoupés de passages musicaux joués par des artistes solidaires tels que Kaddour Hadadi, alias HK, Yvan Le Bolloc’h et Sanseverino. Des nombreux cars sont venus du Nord de la France, dont 5 avec les ex salariés de Goodyear Amiens-Nord. Une journée de grève a été convoquée dans quelques secteurs, comme la RATP et les hospitaliers d’Amiens.

Bien au-delà de Goodyear

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Ressortait le fait que derrière l’immense élan de solidarité à l’égard de cette emblème que sont devenu les Goodyear, ce cache une dure réalité de multiples cas de répression syndicale et de la violence engendrée par les licenciements et le chômage.

Le premier intervenant était un travailleur de la mairie de Longwy, en lutte depuis plus d’un an avec ses collègues, avec des mouvements de grève suivis à plus de 80% du personnel. « On nous qualifie dans la presse de preneurs d’otages et de terroristes, mais ils n’arriveront pas à nous faire taire, et il est hors de question de laisser nos camarades se retrouver en prison ». Pendant que les manifestants scandaient « Tous ensemble eh ! eh ! », il s’est exclamé : « N’ayons pas peur, continuons à lutter ».

S’en est suivi une longue série de témoignages poignants de la violence que représentent la répression syndicale et les licenciements, dont celui d’une éducatrice sportive licenciée pour avoir voulu créer une section syndicale : « aujourd’hui je me bats pour rester en vie car je suis atteinte d’un cancer avec métastase osseuse car j’étais tellement déprimée par ces licenciements que j’ai tardé à me soigner. Je le dis pour dépeindre la réalité et soulever l’importance de la liberté syndicale »

Ou encore celui d’un travailleur de l’agence d’interim Start People ayant renoncé à se présenter ce 4 février au matin à un entretien préalable au licenciement auquel il était convoqué, pour se solidariser des Goodyear et témoigner de son cas. Cible lui-même de répression syndicale, on lui reproche d’avoir accompagné des postiers sur un piquet de grève à Perpignan, alors que la Poste avait embauché illégalement des intérimaires pour remplacer les grévistes, ce à quoi a été ajoutée une accusation mensongère d’agression envers le directeur de ce même bureau de Poste.

C’est à plusieurs que les travailleurs d’ID Logistics sont montés à la tribune pour dénoncer la criminalisation syndicale dont ils font l’objet de la part de celui qu’ils appellent le « tôlier » (leur patron). Celui-ci a décidé du licenciement de 35 salariés, dont 11 délégués syndicaux, pour avoir osé combattre les augmentations de cadences, alors que l’entreprise faisait 960 millions de chiffre d’affaires l’an passé. Les travailleurs menacés de licenciement ont affirmé qu’ils ne lâcheraient rien face aux pratiques mafieuses de leur tôlier, et ils ont revendiqué la nécessité de s’unir contre la répression syndicale.

Un travailleur d’ERDF a dénoncé les 14 000 morts liées au chômage tous les ans, et le fait qu’« aucun patron ne répond de ce crime de masse ». Il a également dénoncé l’acharnement judiciaire (8 ans de procédures judiciaires avec 6 relaxes et 2 amendes avec sursis) sur 8 de ses camarades qui avaient osé s’opposer au licenciement d’une collègue qui avait été témoin d’un accident du travail. Il a insisté sur la nécessité de « fédérer les luttes » : « L’attaque du gouvernement est massive est totale, il faut une réponse massive et totale, il faut des grèves reconductibles pour arriver si possible à la grève générale et bloquer l’outil de production dans ce pays »

L’intervention d’un travailleur d’Air France a été particulièrement acclamée. Il a dénoncé le fait que lui et ses camarades soient traités comme des voyous alors qu’ils se battent contre les licenciements. Une criminalisation qui a conduit à 5 licenciements et à des perquisitions , avant d’être « déférés comme des criminels » au parquet de Bobigny.

Une inspectrice du travail, des artistes

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Mais il n’y a pas que les ouvriers qui luttent contre les licenciements et pour leurs conditions de travail qui se voient réprimer. L’inspectrice du travail Laura Pfeiffer à été condamnée alors qu’elle était chargée de contrôler l’entreprise Tefal de Rumilly et a dénoncé les pratiques de la direction de cette entreprise. Elle a également témoigné de son soutien aux Goodyear et de sa consternation face aux « attaques subies par les salariés et les syndiqués, qui se multiplient et s’intensifient sur tout le territoire national ». « Comment peut-on condamner non pas les dirigeants mafieux initiant de tels plans sociaux mais les salariés qui tentent de lutter pour sauvegarder leur emploi contre la machine capitaliste en train de les broyer ? », s’interrogeait-elle.

L’élan de solidarité touche aussi le milieu artistique. Yvan Le Bolloc’h, animateur de télévision, acteur et musicien, a affirmé qu’on avait bien « besoin de se serrer les coudes » par les temps qui courent. « Mesdames, Messieurs, je suis aujourd’hui séquestré par la CGT, et c’est un grand plaisir ! » s’est-il exclamé sous les applaudissements de la foule.

Marcel Trillat, réalisateur connu pour ses films sur la classe ouvrière, a fait le lien entre la condamnation des travailleurs de Goodyear et la situation des 14 salariés d’une entreprise de peinture sous-traitante qu’il filme actuellement. « Ceux-ci se battent contre leur patron-voyou qui leur doit des mois de salaires, les faisait travailler dans des conditions de travail lamentables, et a mis la clé sous la porte dès qu’ils ont commencé à protester. Ils occupent actuellement les locaux de leur entreprise. »

Violence et justice de classe

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Xavier Mathieu, l’ancien leader des Continental qui avait été poursuivi pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne a lui-aussi répondu présent : « Tous ceux qui nous traitent de voyous aujourd’hui, ce serait pas les mêmes qui envoient des avions Mirage au Mali, en Syrie pour bombarder des populations civiles, des enfants, des femmes ? Ce n’est pas ceux-là qui nous accusent de violence ? Ce n’est pas notre « justice » qui vient d’acquitter un flic qui a tiré dans le dos d’un gamin de vingt ans ? Ce n’est pas Cazeneuve qui il y a un peu plus d’un an a envoyé une bombe dans le dos du petit Rémi Fraisse ? Et c’est ces gens-là qui viennent nous parler de violence ? ». Il est revenu ensuite sur le drame social crée par la direction de Continental qui a fermé le site de Compiegne, les ruptures familiales, les suicides : « Ce ne sont plus des patrons voyous, ce sont des criminels ! Quand vont-ils être condamnés ? » Il a fini sur une note tranchante concernant cette « justice » : C’est une justice de classe ».
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Mickaël Wamen, ancien secrétaire général de la CGT Goodyear, est revenu sur le récit de l’arrestation scandaleuse des 8 camarades de Goodyear dont il fait partie, leur garde-à-vue et leur condamnation comme de vulgaires criminels. « Non content d’avoir mis plus de 1500 mecs à la porte, non content d’avoir envoyé 800 mecs à Pôle Emploi, le gouvernement aide Goodyear à aller plus loin avec la condamnation du 12 janvier qui est la seule et unique condamnation à des peines de prison ferme pour des syndicalistes dans la Ve République, tout ça avec un gouvernement soi-disant de gauche ». Il a fait le lien avec la condamnation des Air France. « Ce n’est quand même pas une poignée qui va décider pour nous et nous empêcher de faire ce que les anciens avaient fait : reprendre la rue ! »

Il s’est ensuite adressé à tous les présents en disant que les 8 salariés de Goodyear n’étaient pas les seuls condamnés dans cette histoire :« Vous êtes tous condamnés, condamnés à agir, on peut plus laisser faire ce gouvernement ! » Sur la politique actuelle du gouvernement il a affirmé : « Sous le couvert des attentats ignobles qui ont eu lieu notamment à Paris, il veut faire une loi pour déchoir de nationalité des gens qui de toute façon ne pourraient plus être déchus parce que depuis les attentats généralement ils ne sont plus là. Par contre la loi va servir de tremplin à attaquer les droits fondamentaux de ceux qui se battent. ».

Après avoir entendu tous les témoignages qui lui ont précédé il a conclu en s’adressant les présents : « Vous ne croyez pas qu’il y a de quoi faire là ? Il faut donc y aller, on arrête de faire semblant là. Je pense qu’il faut qu’on se retrouve vite, tout le monde au même endroit, pas 50 manifestations en France. Tout le monde, même endroit, même jour, même cause. ». Il a ensuite interpellé la Confédération CGT et son secrétaire général Philippe Martinez qui interviendrait quelques minutes plus tard sur les suites à donner : « Je m’engage, si les camarades de la CGT veulent bien, à travailler à construire cette unité dont nous avons tous besoin, parce que la seule chose qui leur fait peur c’est nous. Non pas parce qu’on soit des violents, mais parce qu’on est déterminés. Pour nous, mais aussi pour nos gamins. Car qu’est-ce qu’on va leur laisser sinon ? Un pays où les salariés n’ont plus de droits et où ce sont les entreprises du CAC40 qui gouvernent ? »
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Moins d’une semaine après le succès de la journée de mobilisation contre l’état d’urgence, ce grand rassemblement en soutien aux condamnés de Goodyear confirme un début de changement dans la situation sociale. Aux travailleurs de saisir l’occasion pour lancer une contre-offensive face à l’escalade liberticide et répressive du gouvernement et les attaques patronaux. D’ici ce prochain rendez-vous prôné par Wamen et que nous appelons de nos vœux, rendez-vous le 16 février à la Bourse du Travail de Paris pour la première réunion du comité de soutien aux Goodyear qui devrait se poser le défi de s’étendre à chaque lieu de travail et de confluer avec les cadres de lutte contre l’état d’urgence de façon à structurer et élargir la riposte globale qui commence à germiner.



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