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Pour les salaires !

Paris Nord : grève inédite dans le plus grand poste d’aiguillage de France pour les salaires

La grande majorité des aiguilleurs de la Commande Centralisée du Réseau de Paris Nord était en grève ce mardi, pour exiger des augmentations de salaires, et de meilleures conditions de travail.

Augustin Tagèl

28 février 2023

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« Le central a été ouvert en 2016, date à laquelle beaucoup de mes collègues et moi-même avons été embauchés comme contractuels, et depuis, la direction a fait la sourde oreille à toutes nos demandes », nous explique en préambule Alim, agent à la Commande Centralisée du Réseau (CCR ) de Paris Nord, située dans la gare de Saint-Denis. Ce centre s’occupe à la fois des lignes B et D du RER, de la ligne H du Transilien, jusqu’à Saint-Denis, des lignes de fret du Bourget et des trains travaux d’entretiens. « On doit gérer un train toutes les trois minutes, et jusqu’à 2 000 par jour », continue-t-il.

A ces postes, où la responsabilité pénale des agents peut être engagée en cas d’incident sur les voies, la pression n’est qu’un des éléments qui usent les travailleurs. Les conditions de travail sont particulièrement éprouvantes. « La direction pense que, tout étant informatisé, nous n’avons pas de mérite, mais ce sont des postes en 3x8, on enchaine 8h sans pause repas, on travaille les week-end, pendant les vacances scolaires, c’est dur de maintenir une vie familiale. Ces conditions de travail n’attirent plus personne alors qu’il faudrait de nouveaux postes ! », nous détaille Alim.

Guillaume, l’un de ses collègues, abonde dans son sens : « C’est l’outil de travail lui-même que la direction laisse à l’abandon. Pendant des années la climatisation du centre ne marchait plus, il faisait 30°C l’été, et 5°C la nuit l’hiver ! ». Le délabrement de ce poste de contrôle est presque un comble pour la SNCF Réseaux, qui avait inauguré l’endroit en grande pompe en 2016. L’objectif de l’époque : afficher une vitrine moderne de l’entreprise, supprimer les petits postes d’aiguillages locaux, diminuer la masse salariale et limiter les postes à des agents de maitrises et des cadres pour éviter les grèves. Mais sous le vernis, ce sont des conditions de travail dures, des postes qui n’attirent plus personne et une direction méprisante. « Un tiers des effectifs en poste depuis l’ouverture est en état de fatigue mentale ou de dépression », nous confie Guillaume.

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« Les lieux de travail sont délabrés, les chaises, les casiers, même la moquette part en morceau. Il y a un mal-être évident des salariés. Nous ne sommes pas syndiqués, mais nous nous sommes organisés, avons fait plusieurs demandes et nous avons fait des délégations pour des rendez-vous avec la direction, qui nous a ignoré. Alors nous avons décidé de rédiger une lettre de 5 pages pour expliquer nos revendications. Elle a été signée par 74 des 75 agents du centre, en face c’était toujours la sourde oreille. Le ras le bol a débordé, nous avons voté la grève. Aujourd’hui nous sommes à 81% de grévistes et il y a une forte solidarité entre nous », résume Alim. « On a vu et on a compris la situation du Bourget, où la direction ne propose rien aux grévistes qui luttent depuis 3 mois, pour nous le seul moyen de nous faire entendre, c’est de faire grève aussi ».

« Les revendications sont simples, poursuit-il, nous voulons la reconnaissance de la spécificité de la CCR, de la complexité d’un travail qui demande de coordonner autant de trains, de travaux, d’intervention, alors que tout va s’aggraver avec l’arrivée des jeux olympiques. Nous exigeons des augmentations de revenu, par une augmentation des indemnités locales de 7 à 15€, par le versement d’une prime de technicité de 300 à 500€ par an selon le nombre de table d’aiguillage à gérer, et enfin le versement d’indemnité grands travaux ». En tout, ce sont environ 250€ mensuel qu’exigent les grévistes, en plus de l’amélioration de leurs conditions de travail.

« Face à cela, dénonce-t-il, la boite ne répond que par le mépris, à la CCR comme au Bourget on voit que la direction a appelé des Infralog », des brigades spéciales créées et formées pour casser les grèves.

Les bas salaires ne posent pas qu’une question immédiate selon Alim : « avec 1800€ de salaire de base, on cotise peu pour la retraite ». « La date du 7 tout le monde y pense », nous confirme Guillaume, « les dernières dates de mobilisation ont été très suivies, pour la suite, les préavis sont tombés, nous allons suivre ».

Malgré les efforts de la direction pour tenter de casser la grève, la détermination des aiguilleurs reste entière et rappel la mobilisation massive de ceux de la région de Toulouse en avril dernier. Le message des grévistes est simple : l’importance s’organiser à la base. Comme le souligne Anasse Kazib, aiguilleur au Bourget et syndicaliste SUD Rail : « l’inflation et l’augmentation des prix de l’énergie, quand on sait que pour les 3x8 on prend beaucoup nos voitures pour se déplacer, font revenir de façon centrale la question des salaires ». Il observe notamment qu’au Bourget ou à la CCR : « il y une volonté de reconnaissance du métier, de dignité et de respect pour le travail fait, qui se traduit par des grèves avec une forte auto-organisation et une volonté de lutter ».

Il dénonce également le fait que : « lorsque des travailleurs s’organisent ainsi pour exiger de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, les patrons se bouchent les oreilles et répriment au lieu de faire des propositions aux revendications. La seule chose qu’ils comprennent c’est le rapport de force ».

Pour le syndicaliste : « on s’avance vers une séquence forte à partir du 7 mars, avec le début, on l’espère, d’une grève massive et reconductible. Mais il y a des contradictions qui sont relevées par de plus en plus de travailleurs : c’est l’absence de plan de batille combinant les questions de retraites et de salaires, ou encore d’avantages nouveaux à obtenir. Il y a la question de l’inflation, qui concerne tout le monde, qui est posée par les grévistes de la CCR ou du Bourget, mais qui reste absente des revendications de l’intersyndicale ». Pour lui, le message est clair : « ça pose la nécessité d’élargir les mots d’ordre ».

Il porte un regard optimiste sur la grève d’ampleur qui se prépare à partir du 7 mars : « ça nous met à l’offensive, dans une position qui peut faire reculer le gouvernement et le patronat, c’est l’occasion de revendiquer, au-delà de la question des retraites, de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, de nouveaux acquis. Il y a déjà une inquiétude à la SNCF, de voir émerger maintenant une lutte pour les salaires, comme on l’a vu avec la grève des contrôleurs et comment la direction à voulut faire signer rapidement un accord avant le début de la grève des retraites. Dans beaucoup de boites, même du privé, des patrons lâchent des sous par peur de voir se développer des grèves pour les salaires et pour les retraites ».

« Le défi c’est de faire en sorte que nos grèves se combine avec la bataille des retraites à partir du 7 mars, mais ne se limite pas à cela, et qu’elle porte des objectifs bien plus larges pour que tous les travailleurs puissent entrer dans la bataille ! » conclue-t-il. A bon entendeur.


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