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Jeunesse

Répression dans les facs

Paris-Saclay : un prof suspendu pour avoir organisé un examen "facile" en solidarité avec ses étudiants

Alors que Frédérique Vidal et la plupart des présidences d’Université tentent de maintenir coûte que coûte leurs partiels, au nom de la sacro-sainte « valeur du diplôme », des professeurs tentent de se montrer bienveillants avec leurs étudiants compte tenue des circonstances exceptionnelles. Une attitude durement réprimée par les facs comme le démontre la suspension de Jean-Pierre Dubois, professeur de droit public à Paris-Saclay, suspendu hier pour avoir organisé un examen jugé trop facile.

vendredi 15 mai

Ces dernières semaines, les partiels suscitent de véritables batailles dans différentes universités de France. Tandis que les présidences, en phase avec la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal, tentent de maintenir ceux-ci coûte que coûte, de nombreux étudiants se mobilisent pour obtenir des modalités d’examens exceptionnelles, prenant en compte la spécificité de la situation.

C’est notamment le cas à Paris 1, où les élus étudiants ont réussi à faire adopter une motion permettant de ne prendre en compte que les notes au-dessus de la moyenne, dans le but de neutraliser les fortes inégalités qu’ont approfondi l’épidémie et le confinement. Une motion qui a suscité la colère de la Présidence et de certains professeurs qui tentent de la faire annuler à tout prix.

Dans le même sens, un professeur s’est vu sanctionner aujourd’hui à Paris-Saclay, pour avoir organisé un examen jugé trop facile. La décision portant suspension, publiée sur Academia affirme notamment que Jean-Pierre Dubois, professeur de droit public, aurait « fait le choix d’un questionnaire à choix multiple composé de 10 questions pour une durée de deux heures » avec un paramétrage qui permettait aux « étudiants de repasser cette épreuve autant de fois qu’ils le souhaitaient durant les deux heures imparties » avec pour conséquence la possibilité pour les étudiants de « passer l’épreuve après avoir pris connaissance des réponse ».

Un mail publié sur Twitter éclaire les dessous de l’affaire. Si le professeur nie avoir fait exprès d’afficher les réponses, il assume avoir organisé un « test facile, compte tenu des conditions très "dégradées" et inégales dans lesquelles étaient placés mes étudiants ». Une attitude très honorable à l’heure où les effets du confinement sur l’aggravation des inégalités à l’université sont évidents. La Présidence de Paris-Saclay y voit de son côté « un manquement à ses obligations professionnelles ainsi qu’une infraction pénale » et a, en conséquence, suspendu le professeur. Une véritable répression contre Jean-Pierre Dubois.

Une décision à laquelle le SNESUP a répondu par un communiqué, notant que « pour tenir compte des difficultés multiples rencontrées par les étudiant·es durant la période de confinement, nombre de collègues, enseignant·es et enseignant·es – chercheur·es ont fait preuve de bienveillance dans leur évaluation. » et pointe l’attaque contre Jean-Pierre Dubois, dont le syndicat se demande si elle n’a « pas vocation à servir d’exemple et à dissuader les enseignant·es et les enseignant·es – chercheur·es de faire preuve d’humanité dans un contexte de crise difficile pour toutes et tous. » Une piste qui semble relativement cohérente si l’on se rappelle du discours de la ministre de l’enseignement supérieur, martelant le refus de « brader » les diplômes.

Immédiatement, des professeurs de Paris-Saclay ont lancé une pétition pour défendre leur collègue qui a recueilli rapidement des centaines de signatures. Face à la répression que tente de déployer l’université contre un professeur, sur le point par ailleurs de partir à la retraite, pour protéger à tout prix le diplôme et décourager toute mise en question de la logique d’évaluation à tout prix qui anime aujourd’hui l’université, la solidarité doit être la plus large avec Jean-Pierre Dubois !




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