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Politique

Témoignage

Parole de manifestante : « J’ai fait 30h de garde à vue parce que j’étais habillée en noir »

Samedi 12 décembre, lors de la manifestation contre la loi sécurité globale qui a réunit plus de 10.000 personnes à Paris, le gouvernement et sa police répriment tous azimuts. Plus de 142 personnes ont été interpellées, et de nombreux manifestants blessés. Ce jour-là, Justine a été confrontée à la répression ce jour là. Nous relayons ici son témoignage.

mercredi 30 décembre 2020

Paris, le 12 décembre 2020. Crédit photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT AFP

Justine* (le prénom a été changé), intermittente du spectacle âgée de 28 ans, s’est rendue à la manifestation contre la loi sécurité globale à Paris : « J’étais là pour manifester contre la loi révoltante et liberticide qu’est la loi sécurité globale. J’étais pas là pour casser quoi que ce soit mais pour manifester ma colère contre le gouvernement.  ». Arrivée à place du Châtelet, elle est partie seule dans le cortège et a été rejoint par son ami. Arrivés boulevard Sépastopol, la police a chargé la foule, [prenant d’assaut les cortèges pour diviser les manifestants - > https://www.revolutionpermanente.fr/Charges-et-interpellations-massives-Darmanin-attaque-toujours-plus-notre-droit-de-manifester], et Justine s’est fait tirer par le col par un des policiers et s’est fait sortir du cortège, alors que quelques secondes avant, ils marchaient tranquillement, la fanfare jouait juste derrière. Son ami, qui a essayé de la retenir, s’est également fait sortir du cortège. Les deux ont été accusés de « former un groupe qui allait commettre des violences » et « d’outrage », les arguments se basant sur le fait de porter des vêtements noirs et qu’ils étaient, au yeux de la police, en train de rejoindre le bloc. Il leur est également reproché de s’être « dissimuler le visage », ce que Justine explique très bien, « parce qu’entre la pluie et le covid, oui c’est logique de porter une capuche et un masque ! ».

Après avoir été sortis de force du cortège, Justine et son ami sont emmenés dans le commissariat du 18ème arrondissement. Justine ne sortira que 30 heures plus tard. Par « chance », ils se sont retrouvés dans le même fourgon de police qu’Alexis Baudelin, avocat au barreau de Paris et membre de la Black Robe Brigade, qui s’était lui-même fait interpellé, et qui a donc pu leur expliquer les procédures légales d’une garde à vue.

Arrivée à 18h30 au commissariat, et après la fouille et la mise en cellule, Justine à rencontrée son avocate et a été reçue dans la soirée par l’Officier de Police Judiciaire (OPJ), où elle a du prouver qu’elle n’était pas venue pour « commettre des violences » mais qu’elle était simplement venue manifester. Alors que même l’OPJ lui disait que son cas serait classé sans suite, et qu’elle sortirait normalement du commissariat le lendemain, sa garde à vue a été prolongée pour que la police enquête sur si elle était oui ou non une black block. Reconvoquée le dimanche pour une deuxième déposition, Justine a été soumise à une fouille complète de son téléphone : Photos, messages, profil sur les réseaux sociaux,…et ce, sans la présence de son avocat, qu’elle a omis d’appeler sous le coup du stress.

Après que sa deuxième déposition ait été prise, étant déjà en garde à vue depuis 30 heures, Justine a été déférée au Tribunal de Grande Instance situé porte de Clichy, où elle passera une deuxième nuit en cellule. Elle raconte avoir appris ensuite qu’un rassemblement de soutien avait été organisé devant le Tribunal de Grande Instance : « Quand t’es à l’intérieur, tu entends rien et tu n’en sais rien, mais quand tu l’apprends ça fait quand même plaisir ! ». Prévenue qu’elle risquait un rappel à la loi, son avocate lui conseille de refuser puisqu’elle n’avait commis aucune infraction ; lorsque le procureur lui « propose » donc de signer un rappel à la loi et de participer à un stage de citoyenneté (coûtant 150 euros et financé par ses frais !) pour pouvoir sortir, Justine refuse.

Le procureur revient alors avec deuxième proposition, qui comprend le même rappel à la loi, couplé à une interdiction de se rendre sur Paris pendant 6 mois ! Et il lui explique également que si elle refuse cette proposition, la procédure sera celle de la comparution immédiate, où Justine risque jusqu’à un an de sursis et 15.000 euros d’amendes ! Elle nous explique qu’elle fond alors en larmes : « J’étais sidérée. J’ai due revenir à la première proposition qu’on me faisait, à savoir le rappel à la loi, dans lequel je reconnais que j’étais là pour commettre des violences ! La vraie violence, c’est d’être forcée de signer une fausse accusation juste pour retrouver sa liberté. »

Après deux nuits en garde à vue, Justine explique qu’une fois sortie, elle a découvert de nombreux témoignages des manifestants interpellés le même jour, qui déclarent notamment que des policiers ont réalisés de faux témoignages les concernant, que certains sont encore en garde à vue, ect… : « Ca fait peur certes, mais ça met aussi en colère. Quand je vois que sur mon rappel à la loi, c’est écrit que je ne dois récidiver, mais ça veut dire dire quoi récidiver, quand tu viens pour manifester et qu’on t’accuses de violences ? Donc si j’y retournes la prochaine fois, je ne sais pas quelles vont être les conséquences juridiques, et ça fait que je me sens prise au piège, puisque s’ils ont déformés la réalité une fois, ils peuvent recommencer.  »

« Ca fait que la stratégie par la peur du gouvernement fonctionne. En ça, on le voit très bien le tournant répressif du gouvernement, déjà avec la Loi Sécurité Globale, mais rien que quand on regarde qui on a au gouvernement, parce quand on se dit que Darmanin, le premier flic de France, devrait être en taule et qu’il a même pas fait de garde à vue, qu’est ce que tu veux faire avec ça ?  »

Justine, depuis qu’elle est sortie, attend des nouvelles de son avocate pour pouvoir faire un recours pour toutes les gardes à vue abusives, avec pour objectif de faire annuler toutes les condamnations. En ce qui la concerne personnellement, elle raconte qu’elle ne sait pas si elle retournera manifester : « Psychologiquement, avoir signé ce rapport à la loi, ça te met pas en accord avec toi même. Ils font ça pour faire peur et pour qu’on arrête de manifester, et pour ça, toutes les institutions marchent ensemble et s’appuient mutuellement.  ».

Depuis qu’elle est sortie, elle a lancée un appel à témoignage pour récupérer des vidéos de son interpellation, dans le but de démonter la version policière. Son appel a été beaucoup relayé, et elle a reçue de nombreux messages de soutiens, qui attestent de la solidarité, nécessaire pour faire face à la violence d’État qu’elle a subie. Il est en effet nécessaire d’adresser notre solidarité à toutes les personnes interpellées, de dénoncer systématiquement tous les actes de répressions et d’aller à l’encontre du discours du gouvernement, qui cherche à justifier sa politique répressive sous l’argumentaire de la violence des manifestants. En ça, le témoignage de Justine est une énième preuve que le discours du gouvernement n’est qu’une façade pour chercher à légitimer la violence exercée sur les mouvements sociaux.




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