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Les hausses de salaires s'obtiendront dans la rue !

« Partage de la valeur ». En plein mouvement, la CFDT et la CFTC signent avec le MEDEF

Après des mois de « concertations » entre les syndicats et le MEDEF sur le thème du « partage de la valeur », une proposition d'accord a émergé le 10 février dernier. En pleine mobilisation contre la réforme des retraites la CFDT et la CFTC ont déjà annoncé qu'ils seront signataires de cet accord taillé pour le patronat.

Rafael Cherfy

17 février 2023

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Des concertations pour canaliser la colère face à l’inflation tout en esquivant la question des salaires

Face à l’inflation qui a plongé des millions de travailleurs dans la précarité, des grèves pour les salaires émergent dans de nombreuses entreprises depuis plus d’un an. Suite à la grève des raffineurs en octobre dernier et face aux profits record de Total et d’autres énergéticiens, le gouvernement a été forcé à réagir.

C’est dans ce cadre que la macronie avait proposé l’ouverture de concertations entre organisations syndicales et patronales sur le thème du « partage de la valeur ». Une mise en place d’un nouveau cadre de « dialogue social » pour tenter de canaliser la colère qui s’exprimait, tout en cadrant la discussion sur les propositions du gouvernement, éludant ainsi la question de l’augmentation des salaires.

Démarrées en novembre 2022, c’est à l’issue de la onzième réunion de concertation qu’une proposition d’accord national interprofessionnel a été finalisée le 10 février 2023. Si les syndicats ont jusqu’au 22 février pour se prononcer, la CFTC et la CFDT ont déjà annoncé qu’elles seraient signataires.

Une signature scandaleuse, tant l’accord constitue une tentative de masquer l’enjeu brûlant des salaires et se construit contre la mobilisation dans la rue, réhabilitant le dialogue social en plein mouvement contre la réforme des retraites.

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Des dispositifs qui arnaquent les travailleurs tout en évitant la question des salaires

Les mesures proposées par l’accord constituent en soi une arnaque pour les travailleurs. En effet, elles se bornent principalement à « élargir » et « simplifier » des dispositifs déjà existants comme la participation, la prime de partage de la valeur (PPV), ou encore l’intéressement. Pour rappel, l’intéressement est un dispositif de prime conditionné à un objectif donné par l’entreprise, la participation est une prime liée aux bénéfices de l’entreprise et la PPV est une prime facultative avec un plafond de 6 000 euros par an et par salariés.

L’ensemble de ces dispositifs ont pour logique d’associer les salariés à l’objectif d’accumulation de profit de ceux qui les exploitent et à conditionner leurs revenus à leur « performance », tout en éludant la question de l’augmentation des salaires. De plus, ces primes ne sont pas soumises aux charges sociales et ne permettent donc pas aux salariés de cotiser pour la retraite, tandis que pour le patronat elles représentent un mode de rémunération à moindre coût.

La mesure phare de l’accord tient dans l’élargissement de l’obligation de la mise en place d’un dispositif de partage de la valeur pour les branches professionnelles et les entreprises de 11 à 50 salariés. Les autres mesures restent particulièrement anecdotiques ou symboliques à l’image de l’article 32 qui entend « promouvoir une épargne verte, solidaire et responsable ». En somme, ce sont des miettes qui ont l’intérêt d’esquiver totalement la question de l’augmentation des salaires aux bénéfices du patronat, tout en enfermant la colère dans le cadre du dialogue social.

Derrière les appels à durcir le mouvement, une réhabilitation du dialogue social en pleine bataille des retraites

Au delà des mesures pro-patronales, le fait que les directions syndicales participent à ces négociations et que certaines signent un tel accord vient renforcer le gouvernement Macron et le patronat. En effet, la CFDT et la CFTC légitiment ainsi le « dialogue social » en plein mouvement contre la réforme des retraites.

Dans son communiqué de presse du 15 février, la CFDT se réjouit d’un accord qui montre toute « l’utilité du dialogue social et l’efficacité du paritarisme ». Dans la continuité, le président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux a salué « un signal fort de maturité envoyé par les partenaires sociaux » le 12 février dans les colonnes du Figaro.

Une célébration de la « maturité » des « partenaires sociaux » dont la signification en plein mouvement contre la réforme des retraites est clair : il s’agit de prouver que négocier est possible sans passer par la grève. De la même façon que le gouvernement avait utilisé le dialogue social pour s’attaquer à la grève des raffineurs, la signature d’un tel accord s’inscrit ainsi en opposition à un durcissement de la mobilisation contre la réforme des retraites.

C’est dans la rue et par la grève qu’il faut lutter contre la réforme des retraites et l’inflation !

Depuis le 19 janvier, des millions de travailleurs et de jeunes se mobilisent contre une réforme des retraites qui a servi de catalyseur aux colères qui traversent le monde du travail. La question des salaires en constitue un aspect fondamental, évoqué par de très nombreux manifestants, à l’image de Nicolas, mécanicien non syndiqué à Tisséo qui expliquait le 19 janvier : « entre la hausse des carburants, de l’électricité, de la nourriture, on s’en sort plus car les salaires ne suivent pas. Il faut bloquer le pays une bonne fois pour toutes. »

Pourtant, les directions syndicales continuent de refuser d’élargir les revendications du mouvement, pour arracher des hausses de salaires pour toutes et tous et leur indexation sur l’inflation en plus de retraites dignes. Un tel programme serait pourtant décisif pour en finir avec une situation où les grèves pour les salaires, qui se poursuivent partout en France, sont traitées comme un enjeu local, déconnecté de la mobilisation nationale en cours voire contradictoire avec celle-ci.

A l’heure où la question de durcir le rapport de forces avec le gouvernement à partir du 7 mars par une grève reconductible se pose, cet élargissement du programme est un enjeu stratégique pour durcir le rapport de forces et donner à l’ensemble des secteurs de notre classe l’envie d’entrer dans la bataille. En poursuivant la mascarade du « dialogue social » sur le « partage de la valeur » en pleine mobilisation, la CFDT réaffirme au contraire sa logique institutionnelle, en cohérence avec sa stratégie de faire du 7 mars un outil de pression sur le Sénat et de refuser d’aller au-delà d’un mouvement structuré par des revendications ultra-limitées.

Il faut exiger que les directions syndicales rompent avec cette stratégie de pression qui mène à la défaite. Les militants des bases syndicales sont bien conscients que la colère qui s’exprime actuellement dans la rue rejoint celle qui a émergé sur les salaires depuis plus d’un an : il faut en prendre acte et exiger un élargissement du programme, pour aller au-delà du retrait, et défendre non seulement la retraite à 60 ans et à 55 ans pour les métiers pénibles, mais aussi l’augmentation de 400€ de tous les salaires et leur indexation sur l’inflation.

Un tel programme exige un rapport de forces important pour être arraché, mais la force qui s’est exprimée depuis le 19 janvier dans la rue permettrait d’obtenir de telles revendications. A condition d’en finir avec les stratégies de pression mais d’assumer une stratégie qui construit le rapport de forces par la grève reconductible, et ce dès le 7 mars. Plutôt que de signer des accords avec le patronat, c’est à un tel objectif que devrait travailler l’intersyndicale, qui serait la condition pour en finir avec les miettes et les arnaques de primes, et tout leur reprendre.


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