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Politique

Pas d’augmentation générale des salaires mais une "médaille" pour les secteurs essentiels promet le gouvernement

La question de la prime annoncée par le gouvernement génère des tensions, tant du côté des soignants, qui n’ont toujours rien touché et dont certains ne bénéficieront que d’une gratification très réduite, que des nombreux travailleurs essentiels qui doivent souvent lutter pour obtenir leur prime. Dans ce cadre, le gouvernement a annoncé aujourd’hui, à l’issue du Conseil des Ministres, la création d’une médaille pour les travailleurs essentiels…

mercredi 13 mai

Une prime loin de satisfaire les travailleurs essentiels

Ces dernières semaines, la prime annoncée par le gouvernement suscite des tensions dans différents secteurs. Dès son annonce, le 15 avril par Gérard Darmanin, celle-ci avait été pointée du doigt par certains soignants, soulignant notamment le caractère mesquin de la dégressivité d’une prime, de 1500€ pour les soignants des zones les plus touchés à 500€ pour les autres.

D’autres soignants avaient de leur côté rappelé la faiblesse de leurs salaires, en insistant sur le caractère ponctuel et finalement bien maigre de la prime. C’est une « revalorisation du salaire infirmier et pas l’aumône » dont on a besoin, avait notamment déclaré Thierry Amoureux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, tandis que le docteur Jérôme Marty expliquait sur CNews : « On continue à payer des aides-soignantes au SMIC, alors qu’elles ont une place indispensable dans le système de soins. Que leur métier est le plus difficile. Et on continue à filer des primes. C’est une mascarade, excusez-moi mais franchement c’est indécent ».

Plus récemment, les soignants du Nord et du Pas-de-Calais s’inquiétaient en début de semaine de ne toucher que 500€ sous prétexte que leurs départements ne feraient pas partie des zones les plus touchées par l’épidémie, tandis que des soignants des zones concernées regrettaient de ne pas s’être vu verser la prime dès le mois de mai.

A la prime réservée aux soignants, s’ajoute la possibilité annoncée fin mars par le gouvernement de concéder une prime défiscalisée et délestée de cotisations patronales aux travailleurs des secteurs essentiels. Là encore, de nombreux travailleurs ont dû se mobiliser pour tenter d’arracher cette mesure d’un montant réduit, 1000€, qui n’a pas empêché les employeurs de rechigner à la verser.

Dans différentes entreprises telles que Gestamp (sous-traitance auto) à Theil-sur-Huisne, dans l’Orne, Marie Surgelés à Maribeau, de Comdata (centre d’appel) à Chalon-sur-Saône, de Agis (agro-alimentaire) à Herbignac, mais aussi dans de nombreuses enseignes de la grande distribution telles que Casino, Auchan ou Carrefour, on a ainsi pu voir de nombreux salariés se mobiliser pour tenter d’obtenir une prime qui est loin de s’être généralisée.

Alors que la prime est réclamée par de nombreux travailleurs essentiels, le gouvernement promet… une médaille

Aussi, on pouvait s’attendre à ce que le Conseil des Ministres d’aujourd’hui dont l’ordre du jour annonçait une communication du Premier Ministre sur « la reconnaissance de la Nation à l’égard de ceux qui se sont dévoués lors de l’épidémie de covid-19 », fasse ressurgir la question de cette prime.

Un espoir qu’a finalement douché Sibeth Ndiaye à la sortie du Conseil, évoquant comme seule nouveauté … une médaille. « Il s’agit de remercier bien entendu le personnel soignant engagé mais aussi tous ceux qui se sont investis à leurs côtés et s’investissent encore au quotidien : personnels des administrations, services publics, salariés des entreprises, des commerces, bénévoles. Tous ceux qui ont contribué au cours des semaines passées et contribuent encore à la poursuite des activités de première nécessité. » a-t-elle précisé en introduisant son point, avant de rappeler les annonces déjà faites par le gouvernement autour des différentes primes et d’un plan, à terme, de revalorisation des salaires dans le secteur de la santé.

« Le gouvernement a décidé deux choses, le regroupement des promotions de la Légion d’Honneur et de l’Ordre du Mérite, qui comprendront une part importante de personnes ayant contribué à la lutte contre le virus, à tous les niveaux et dans tous les domaines d’activité. » a-t-elle ensuite expliqué, tout en ajoutant qu’une « médaille de l’engagement face aux épidémies sera réactivée. »

Pas de véritable nouveauté donc, à l’exception de médailles qui, dans une période marquée par la défiance envers le gouvernement et la montée de revendications dans les secteurs essentiels, risquent d’attirer l’ironie ou la colère de ceux qui sont quotidiennement au cœur du fonctionnement de la société. Alors que les salaires des travailleurs connaissent une stagnation historique, cette nouvelle tentative de coopter les travailleurs dans une forme d’unité nationale apparaît bien illusoire et hypocrite, alors que la gravité de la crise économique à venir et ses conséquences sur les travailleurs semblent chaque jour se préciser un peu plus.




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