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Culture et Sport

Plan de bataille pour la culture

Pas de 2ème « année blanche ». Quel avenir pour les précaires de la culture ?

Alors que la possibilité d’une date de réouverture s’éloigne de plus en plus pour les lieux culturels et que le secteur continue de faire les frais de la gestion sanitaire catastrophique du gouvernement, le ministère de la Culture ne semble pas envisager de reconduire « l’année blanche » des intermittents après août 2021.

jeudi 28 janvier

Crédit image : Ludovic Marin / AFP

Depuis le début de la crise, la logique du gouvernement a été celle de diviser les secteurs et d’étaler dans le temps les conséquences de la crise pour éviter le plus possible la convergence des colères. Car comme le notait Le Monde vendredi dernier, la majorité et le gouvernement s’inquiètent en effet que « la colère s’agglomère » et ne donne lieu à un « printemps social ».

Dans ce contexte, certains travailleurs de la culture parmi les plus précaires ont bénéficié d’un certain répit sous la forme d’une « année blanche ». À destination de ceux qui bénéficient déjà du régime d’intermittence, cette mesure a automatiquement renouvelé les droits à l’assurance chômage des intermittents jusqu’en août 2021. Elle leur permet de toucher leurs allocations dues au régime d’intermittence jusqu’à cette date, même si, à cause de la fermeture des lieux, ils n’ont pas pu remplir la condition du nombre d’heures de travail minimal pour renouveler leurs droits. En écartant de fait les « primo-entrants » (ceux qui demandent l’ouverture des droits au régime d’intermittence pour la première fois) et en laissant sur le carreau tous les travailleurs occasionnels hors du régime d’intermittence, ceux qu’on appelle les « intermittents de l’emploi », le gouvernement a souhaité ainsi diviser les travailleurs précaires et empêcher toute revendication commune.

Mais même pour les intermittents concernés, la question de l’arrêt de l’activité pose aussi la question de la continuité des droits sociaux, comme la formation, les congés maternités… qui seraient perdus sans heures de travail, donc sans cotisations. D’autant plus que ces allocations du régime d’intermittence, minimes pour beaucoup, ne permettent à ces travailleurs que de survivre en attendant le jour de la reprise, qui paraît de plus en plus lointain… Et qu’il semblerait aujourd’hui que même cette mesure, qui ne constitue en vérité qu’une aumône, soit elle aussi remise en question.

« Un travail d’instruction va être mené avec le cabinet de la ministre du travail et les partenaires sociaux afin de quantifier les populations les plus touchées par la crise » rapporte le journal Le Monde d’après des propos de la Rue de Valois concernant la possibilité d’une 2ème année blanche. Le cabinet de la ministre semblerait donc vouloir conditionner la reconduction de l’année blanche à « certains profils », estimant que « les intermittents ne sont pas tous égaux face à la situation actuelle ». Une situation également envisagée par la CGT spectacle, qui explique dans une vidéo que le ministère de la Culture ne se dirige pas vers la reconduction de l’année blanche.

Outre le fait que les secteurs qui continuent de tourner (comme l’audiovisuel ou la musique enregistrée) voient affluer les intermittents qui cherchent du travail et ne permettent donc pas nécessairement à ces intermittents d’avoir les 507h nécessaires pour renouveler leurs droits, la logique a de quoi alerter : elle fait planer concrètement au dessus de la tête de tous les travailleurs intermittents la menace de la perte de leur emplois, de leur revenus, et même du droit au régime d’intermittence.

Quel plan de bataille pour les précaires de la culture ?

La bataille contre la réforme des retraites mais aussi le mouvement des Gilets Jaunes sont encore frais dans les esprits du gouvernement. Les images de la colère du monde de la culture qui avait pris la rue en décembre 2019 avec les travailleurs des transports le sont tout particulièrement. « Les artistes sont une frange de la population dont la caisse de résonance est proportionnellement inverse à leur nombre », rappelait un conseiller ministériel au journal Le Monde début janvier. « Comprendre : s’ils sont relativement peu nombreux (670 000 personnes, soit 2,5 % de la population active), les professionnels de la culture savent faire du bruit pour se faire entendre », expliquait ce même journal.

Face à ce gouvernement qui cherche une fois de plus à diviser les plus précaires, il s’agit de revendiquer de manière unitaire un plan d’urgence pour tous les précaires, seule condition pour que le secteur de la culture puisse sortir de la crise. Comme on a pu le voir dans la bataille contre les licenciements et les suppressions de postes, les négociations de branches individuelles ne permettent pas d’imposer le rapport de force nécessaire pour empêcher le désastre social.

C’est pour cela qu’il est nécessaire aujourd’hui de revendiquer une « année blanche » pour tous les travailleurs de la culture : c’est à dire le renouvellement automatique des droits des intermittents jusqu’à un an après la fin de la crise, mais aussi des allocations d’urgence à la hauteur minimale du SMIC pour tous les précaires, y compris ceux hors du régime d’intermittence, et ce également jusqu’à la fin de la crise. De l’argent, il y en a, comme en témoigne le « plan de relance » du gouvernement qui arrose de milliards d’euros les entreprises du CAC 40.

Mais aussi, à l’heure où le gouvernement voudrait relancer le “dialogue social” et remettre sur le tapis la réforme de l’assurance chômage, il n’y a rien à négocier ni avec Matignon, ni avec la rue de Valois ! Il s’agit aujourd’hui d’opposer à l’inconséquence sanitaire et à la casse sociale du gouvernement une réponse unifiée de tous ceux qui dépendent de la survie du secteur culturel pour leur emploi, des précaires et des secteurs en lutte contre les licenciements qui ont déjà fait des démonstrations. Une réponse unifiée des travailleurs qui se battent non seulement pour les emplois et un plan d’urgence à la hauteur pour les plus précaires, mais aussi pour une stratégie sanitaire conséquente dans laquelle la culture et ses travailleurs ne sont plus considérés comme une perte acceptable à la faveur des profits du patronat.




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