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Pass sanitaire jusqu’à l’été : le gouvernement prolonge son étau autoritaire

L’annonce du prolongement du pass sanitaire a minima jusqu’à l’été montre la volonté d'Emmanuel Macron de prolonger sa gestion autoritaire de la crise sanitaire. Le chef de l’Etat fait un pas de plus vers la pérennisation de ses mesures autoritaires et liberticides instaurées sous le prétexte sanitaire.

lundi 4 octobre

Mercredi dernier, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, annonçait que le passe sanitaire allait être prolongé jusqu’au 31 juillet 2022 alors qu’il aurait dû prendre fin à la mi-novembre. Cette prolongation de plusieurs mois, au-delà du second tour de la présidentielles et des élections législatives, s’inscrit dans une gestion autoritaire de la crise sanitaire que Gabriel Attal se garde bien de mettre en avant : « Il faut se donner les moyens d’avoir la possibilité de recourir à des mesures, si c’est nécessaire, pour protéger les Français », affirme-t-il. Sa principale inquiétude est que dans l’hypothèse d’un rebond épidémique, le parlement ne soit pas en mesure de faire face car ce dernier cessera ses activités en février pour laisser la campagne présidentielle se dérouler. « Les dix-huit mois qui se sont écoulés nous ont montré qu’il fallait toujours rester prudents et vigilants », soutient le porte-parole du gouvernement mettant l’accent sur la prévention d’un potentiel rebond de l’épidémie pour justifier la prolongation des mesures autoritaires.

Derrière la rhétorique de Attal qui assure que « l’enjeu » pour le gouvernement « n’est pas de dire que nous allons prolonger indéfiniment des contraintes », le projet est bien de continuer sur la lancée autoritaire adoptée depuis le début de la crise, à savoir l’état d’urgence sanitaire qui induit le maintien de la gouvernance par le Conseil de Défense, mais aussi la prolongation ad vitam eternam du pass sanitaire. Un ensemble d’annonce qui mettent en œuvre les mécanismes nécessaires à une institutionnalisation, le tout sans même consulter le Parlement, ce qui constitue même l’exception de trop pour des secteurs conscients de la bourgeoisie comme le journal patronal L’Opinion : «  l’exécutif affaiblit plus encore un contrôle du Parlement déjà moindre que celui prévu dans le cadre de la loi de 1955 sur l’état d’urgence sécuritaire. »

Ainsi, le 13 octobre prochain, un projet de loi de prorogation du passe sanitaire pendant 7 mois sera proposé en Conseil des Ministres et très certainement ratifié par le parlement dans la foulée pour donner les pleins pouvoirs au chef de l’État, pour gérer la crise sanitaire pendant la période des présidentielles. Le gouvernement s’attend à un « point de fracture » face à cette prolongation de 7 mois inédite encore, mais cherche toutefois à passer en force. Le recours au Conseil de Défense et de Sécurité National sortira renforcé de ce projet de loi. Emmanuel Macron et son gouvernement cherchent, en effet, à normaliser la gouvernance par Conseil de Défense s’appuyant sur les mécanismes les plus anti-démocratique de la Vème République.

Cette tendance à la normalisation du tournant autoritaire n’est pas nouveau : depuis les attentats de 2015 et l’instauration de l’état d’urgence permanent, les gouvernements ne font que restreindre toujours plus les libertés démocratiques, en mettant en place des dispositifs d’exception qui s’installent et finissent par devenir la règle. Jean-François Eliaou, député LREM de l’Hérault et professeur d’immunologie, soutient cette logique de suspension de leviers démocratiques au nom du combat contre le virus : « On est obligés d’enjamber cette période. Alors que cette mesure est utile, le débat politique sur cette question est futile, dépassé, enfantin. Tout cela est dérisoire au regard de ce qu’on a réussi à faire en faisant baisser le taux d’incidence ».

Dans le cadre des élections présidentielles, Emmanuel Macron affirme par cette mesure autoritaire qu’il compte bien rester à la manœuvre tout au long de la crise sanitaire et même bien au-delà. En effet, bien que du point de vue de l’exécutif, il aurait été parfaitement possible de convoquer l’Assemblée nationale et le Sénat entre la fin des travaux parlementaires, le 28 février, et les législatives pour réimposer ses mesures autoritaires, Macron prend bien une décision politique : comment ne pas voir poindre derrière cette manœuvre les ambitions de l’actuel président en campagne pour sa réélection ? Imposer le passe sanitaire jusqu’aux vacances d’été, c’est d’une part, éviter un débat houleux à quelques encablures des présidentielles mais c’est également prolonger ses prérogatives au-delà de son mandat et poser les jalons d’un prochain mandat.




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