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Rencontre

Patou, Gilet Jaune du Havre : portrait d’une femme en colère

Nous avons rencontré Patou un soir des vacances d’Hiver sur le rond-point d’Octeville à la sortie du Havre. Patou est sur les ronds-points depuis plusieurs semaines, avec son compagnon, ce sont des Gilets Jaunes de la première heure.

vendredi 4 janvier

Son combat de gilet jaune, à Patou, trouve sa place entre les nombreuses revendications « sur le pouvoir d’achat, changer les choses, que l’on prenne en considération le peuple, je me bats aussi pour l’avenir de mes enfants » celui de lutter contre la pauvreté et d’aider les plus démunis. Alors, avec un petit groupe de gilets jaunes, sur la région havraise, ils ont décidé d’aider les sans-abris et de faire des collectes alimentaires dans les supermarchés. Et ces collectes sont aussi devenues financière. A leur grande surprise, les gens donnent instinctivement de l’argent.

Patou est mère de famille. Avec son mari, ils élèvent 4 enfants, ils ont toujours eu à traverser les galères d’une société qui rend les fins de mois difficiles, qui licencie et qui il y a quelques années les a mis à la rue elle, lui et leurs 4 enfants. « Le plus petit avait alors un an, ça a duré deux mois et je me rappelle qu’on a du faire l’anniversaire de ma grande de douze ans a l’hôpital Flaubert » raconte-t-elle. Patou nous explique comment, au pire moment de leur vie, la société plutôt que de les aider, les a enfoncé et a cherché à leur arracher leur enfants.

Aujourd’hui elle est Gilet Jaune et elle cherche à se battre contre la misère qu’engendre cette société, son combat s’est donc particulièrement tourné du côté des sans-abris. Et les actions de collectes qu’ils ont menés avec plusieurs gilets jaunes havrais leurs ont permis de sortir déjà trois sans abris de la rue, de leur redonner du courage.

« Je me suis dit pour n’importe qui la vie elle peut te jouer des tours et ont peut pas se dire que ça ne t’arrivera jamais ! Ça peut être quelque chose qui arrive dans ta vie et tout bascule, nous on a eu la chance d’être une famille, de rester uni avec nos enfants et notre couple était assez fort mais quand c’est quelqu’un qui est tout seul et qui n’a plus la force de s’en sortir. Si on ne lui tend pas la main, il ne pourra pas s’en sortir. Il y a parfois plus d’entraide chez les SDF, j’ai appris ça et aujourd’hui je veux les aider. »

Depuis le début du mouvement les Gilets Jaunes dont Patou ont fait beaucoup d’expérience et ce qui ressort des discussions c’est la colère tenace légitime, l’expérience de la solidarité de se retrouver la spontanément au coin du feu de palettes sur le rond-point, de rythmer les nuits aux bruits de klaxons de soutiens et des rencontres sur ce rondpoint. Certains ont même trouvé l’amour, la lutte les a fait tenir ensemble au coude à coude de longues nuits et les a renforcé, les expériences ils en ont eu. Patou nous raconte celle de la répression du mouvement : « Quand on voit qu’on est là qu’on est à genoux sur le sol ils nous foncent dessus ils nous traitent de ‘’cassos’’, ils nous disent ferme ta gueule ! Honnêtement quand tu te fais taper dessus, que tu ne fais rien, notre colère elle vient aussi de là ! Ceux qui sont pacifiques encore aujourd’hui, c’est qu’ils se sont pas fait taper dessus par les CRS, ils ont pas été au front parce que moi je suis une mère de famille, on a été pacifiques, on a essayé de négocier avec eux, une heure avant ils nous disaient : ‘’ne vous inquiétez pas’’ et puis une heure après on voit arriver tout le monde, on nous gaze, on nous tape dessus ! C’est quoi ça ? La colère elle est là parce qu’ils la mettent la colère, quand le CRS nous dit que le seul ordre qu’ils ont reçu c’est de se défouler alors que d’habitude ils nous ont dit qu’ils sont briefés et là ils ne sont pas briefés. Moi je leur ai dit ; vous devez être là pour les citoyens vous faites quoi là ? Et ils veulent qu’on ne soit pas en colère ! »

Et pour cette mère de famille les Gilets Jaunes, c’est maintenant une affaire de cœur elle ne lâchera pas le mouvement les expériences les ont renforcés et aussi en tant que femme. Elle nous explique qu’au début du mouvement certains hommes lui disaient de retourner faire la vaisselle mais pour Patou comme pour beaucoup de femme gilets jaunes : « ce qui se passe ici ce n’est pas qu’une affaire d’hommes ce pourquoi on est en train de se battre c’est l’affaire de tous, on a notre place ici et il est temps qu’on s’organise tous entre citoyens de tout sexe, de tout âges, on est aussi combattante que les hommes et on est déterminées ! »




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