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Notre classe

Hommage à Samuel Paty

Pécresse au lycée Marcel Cachin : derrière le théâtre républicain, un hommage indigne

Ce lundi matin au Lycée Marcel Cachin était organisé un hommage à Samuel Paty en présence de Valérie Pécresse. Nous relayons le témoignage d'un enseignant : « On nous a réduit cet hommage à une minute de silence politique, et finalement les élèves se sont retrouvés démunis face à un Jaurès qu'ils ne connaissaient même pas. Ça n'avait pas de sens. »

lundi 2 novembre

Crédit photo : BFMTV

Nous relayons le témoignage d’un enseignant du Lycée Marcel Cachin à propos de l’hommage à Samuel Paty qui s’y est tenu hier en présence de Valérie Pécresse.

Un hommage indigne. On nous a réduit cet hommage à une minute de silence politique, et finalement les élèves se sont retrouvés démunis face à un Jaurès qu’ils ne connaissaient même pas. Ça n’avait pas de sens. Ils nous ont pas permis d’expliciter à nos élèves le contexte de cette foutue lettre qu’on avait aucune envie de leur transmettre et on avait besoin d’un temps d’échange nécessaire pour discuter entre nous de nos pratiques, ne serait-ce que pour partager nos émotions.

Ca a été un temps cathartique : on a appris que certains collègues avaient revécu ce temps-là en lien avec des traumatismes en Algérie, qu’ils avaient vécu cette épreuve de l’attentat du 16 octobre dans la sidération et qu’ils avaient besoin d’échanger. Donc ça a été salutaire pour tout le monde. Il était question de banaliser une matinée.

On s’était donnés rendez-vous un peu avant devant établissement pour discuter de ce qu’on allait faire, l’idée c’était de maintenir le temps d’échange prévu par Blanquer. Dans plusieurs établissements, au nom de l’autonomie des EPLE (établissement public locaux d’enseignement : le secondaire), il était en effet possible de maintenir ce temps d’échange.

Alors que nous protestions au sujet du non respect du protocole sanitaire, l’augmentation des agents d’entretien, l’absence de couverture internet, la vétusté et locaux etc. Aucune réponse de la hiérarchie, puis après l’attentat, toujours rien. On a interprété ce silence comme un mépris et on était tous consternés à la veille de la rentrée.

A 7h30 on se rencontre donc devant l’établissement, on discute de tout ça, tout le monde était sidéré, en colère avec le sentiment d’être maltraité : le privé est confiné, nous on ne l’est pas, on nous annonce que notre hommage qui était prévu sur une demi-journée se réduit finalement à une minute. Minute qui devient politique avec la présence de la présidente du conseil régional. Donc ça nous paraissait fort de café quand même ! On a décidé d’arracher ce temps de concertation avec ou sans l’accord du chef d’établissement. A 8h30, on est venu, énervé, nous dire de manière infantilisante qu’on devait reprendre nos élèves immédiatement, on nous posait un ultimatum : soit on était en abandon de poste soit on était en grève, on a clairement répondu en grève. De toute façon ça nous semblait nécessaire d’avoir ce temps d’échange. Il y a eu beaucoup de tension, on s’est pas laissés faire, ça a même conforté des collègues indécis dans la décision de poursuivre cette banalisation.

A 9h30 on a commencé à échanger. Ça a été un vrai moment d’émotion en début de matinée parce qu’il y avait des collègues vraiment ébranlés par ce qu’il s’était passé, qui avaient besoin d’en parler. A 10h30, Valérie Pécresse est arrivée avec son staff et le recteur. Le programme était le suivant : elle devait lire la lettre de Jaurès avec le recteur au délégués des classes de seconde et après il devait y avoir une minute de silence. Sauf qu’avant de lire la lettre Valérie Pécresse a fait un discours républicain, clairement politique de plusieurs minutes : j’ai trouvé ça révoltant ! Si c’est un temps d’hommage pourquoi a -t-elle plus le droit de parole en tant qu’élue politique que nous ? Il y avait le maire de St Ouen également qui a raconté des banalités. Le recteur quant à lui, lis la lettre de Jaurès et il dit à un parterre de délégués médusés « est ce que quelqu’un connaît Jaurès ici ? » grand moment de flottement... Les gamins regardaient le plafond, donc on a commencé à rigoler. Nous on était derrière une banderole qu’on avait fait « pour un hommage digne à Samuel Paty », on avait mis un petit brassard blanc. Le recteur essayant de se rattraper « C’est un homme politique assassiné à la veille de la première guerre mondiale », évacuant ce moment de gêne « vos enseignants vous restitueront le contexte... ». C’était n’importe quoi. C’était bien la preuve que ce moment d’échange était nécessaire.

Juste avant que Valérie Pécresse n’arrive on avait écrit une lettre de revendications donc avec les revendications d’avant les vacances : un vrai protocole sanitaire, du gel hydroalcoolique, la question de la vétusté des locaux parce que c’est elle qui est à la présidence régionale : c’est son travail. Pour qu’on ait des conditions de travail digne. Ça fait 4 ans que l’on enseigne dans des préfabriqués avec 30 élèves par classes en sureffectifs, pas de demi-groupe possible, des agents d’entretiens au bord de l’épuisement parce qu’il n’y a pas d’embauche, ils ne peuvent rien faire, les salles ne sont pas nettoyées etc. L’idée donc c’était qu’après la minute de silence, on lise la lettre de revendications, les collègues on a demandé l’autorisation à Valérie Pécresse de lire, évidemment que ça ne s’est pas fait.

Nous avons fini par interpeller Precesse après dans le hall, on lui a demandé ce qu’elle comptait faire avec les revendications sur la lettre, même si on se doute que évidemment qu’elle va rien faire, elle en a rien à faire. Elle a bégayé sur l’embauche d’agent d’entretien. On lui a assuré qu’on hésiterait pas à revenir vers elle pour savoir où en sont nos revendications. On lui a demandé sur le don de tablettes qu’elle a fait dans notre collège qui n’a même pas de couverture internet donc les élèves ne peuvent même pas acquérir de compétences numériques. Le recteur et le principal étaient très gênés, ensuite le recteur nous a reçu pour nous raconter que c’était à cause du contexte terroriste. Ils noient le poisson avec des belles promesses mais on voit très bien que tout le monde se renvoie la balle.

Nous on a profité de cette journée de grève pour construire des temps pédagogiques, demain on va faire un vrai débat avec des vraies sources et pas juste la lettre de Jaurès édulcorée. On a discuté de la situation plus générale, voir qu’il y a d’autres établissements en grève. On est sorti tous assez fort de ce collectif qui était en train de se construire.




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