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Élections au Pérou

Pedro Castillo remporte les élections au Pérou sur fond de crise politique historique

La crise politique que traverse le Pérou depuis plusieurs années s'est soldée par une campagne présidentielle extrêmement polarisée avec près de 18 candidats. Face à la fille du dictateur Fujimori, le candidat de gauche Pedro Castillo remporte la victoire.

mardi 8 juin

Les résultats préliminaires des élections tenues ce dimanche 6 juillet pour désigner le futur président du Pérou, annoncent la victoire du parti « Pérou libre » représenté par Castillo face au parti de droite, « force populaire » de Keiko Fujimori.

Une élection présidentielle sur fond de crise politique

La situation politique catastrophique du pays allié à une crise sanitaire profonde a propulsé un candidat de gauche et indépendant du fujimorisme à la tête du pays. Pedro Castillo, syndicaliste enseignant qui se revendique d’un programme « populaire » gagne les élections dans un pays qui a hérité de la polarisation politique liée à la dictature d’Alberto Fujimori.

La crise politique du pays s’explique aussi en grande partie par l’arc politique hérité de la dictature d’Alberto Fujimori. De celle ci a aussi été héritée une profonde corruption dela caste politique traditionnelle. Comme l’a déclaré l’ancien procureur Avelino Guillen, cet « héritage que Fujimori a laissé au Pérou est de l’avoir placé dans le monde comme l’un des pays les plus corrompus ». Mais ce modèle s’est reproduit parmi l’élite au pouvoir, la direction politique jusqu’à nos jours.

Les scandales entre capitalistes et politiciens révèlent le cynisme avec lequel ils ont agi. Ainsi, en 2016, la société brésilienne Odebrecht a admis qu’environ 25 millions d’euros avaient été versés pour remporter des concours d’appel d’offres impliquant les gouvernements d’Alan Garcia, Alejandro Toledo, Ollanta Humala, Pablo Kuzcynski et Keiko Fujimori elle-même. Cette dernière porte d’une peine de 30 ans de prison pour des délits de corruption du fait d’avoir touché la somme de 1,2 million d’euros versés par l’entreprise brésilienne en 2011.

Mais la crise sociale au Pérou est le résultat des cinq dernières années lorsque la dispute pour le pouvoir a mis au jour des cas de corruption entre les membres du Congrès et les présidents. Deux des quatre anciens présidents que le Pérou a eu entre 2016-2020 sont en procès (Kuczinsky et Humala), tandis que Toledo profite à San Francisco, aux Etats-Unis, de près de 35 millions d’euros qu’il a obtenus de l’entreprise brésilienne.

La lutte des classes est visible en 2020 dans ce pays lorsque le Congrès décide de substituer le président de l’époque, Martin Vizcarra, lui aussi confronté à des accusations de corruption. Les manifestations sont présentes lorsque les mesures antidémocratiques mettent au pouvoir l’homme d’affaires Manuel Merino, à quelques mois des élections présidentielles. Le résultat de ces manifestations fait plusieurs morts, des centaines de disparus, environ 200 blessés. Le Coordonnateur national des droits de l’homme (CNDD) dénonce un « coup d’Etat » législatif et a souligné que ce fait a laissé le pays dans « une situation d’incertitude, alors que nous faisons face à la plus grande crise sanitaire, économique et sociale ».

Le coronavirus a révélé de nombreuses contradictions dans un pays où les réformes néolibérales appliquées par la dictature de Fujimori et les gouvernements successifs ont poussé le système de santé à bout de souffle, ce qui a abouti à de nombreuses manifestations l’an dernier contre les mesures imposées par le gouvernement.

Castillo et Fujimori expriment la profondeur de la crise politique péruvienne

Sur fond de crise politique et de polarisation, l’élection présidentielle exprime avant tout une première rupture d’un secteur conséquent de la classe ouvrière péruvienne avec le fujimorisme.

Cependant, le programme de Castillo« d’économie populaire avec des marchés », qui encourage la concurrence entre les secteurs public et privé ; la nationalisation des ressources et propose un référendum qui permet de modifier la constitution actuelle fait face à la contradiction centrale d’un candidat qui tente de clôturer la crise politique du régime sans véritable plan de bataille pour la classe ouvrière et en indépendance de l’impérialisme. En effet, la tentative par Castillo de modifier la constitution fait déjà face à une contradiction centrale qui est que la majorité de la caste politique présente à l’assemblée nationale (par laquelle celui ci veut passer pour modifier la constitution) s’oppose à ce projet. Du fait qu’il ne s’appuie pas sur la combativité de la classe ouvrière péruvienne et des classes populaires, allant même jusqu’à les appeler au calme au moment de doutes concernant la bonne tenue du scrutin électoral, Castillo ouvre une brèche pour une partie de la population péruvienne qui souhaite un véritable changement dans le pays tout en ayant rompu avec la direction fujimoriste.

De plus, celui ci rejoint la candidate réactionnaire Keiko Fujimori, et ce notamment concernant son programme d’opposition au droit à l’avortement, demande historique du mouvement féministe péruvien où la vague verte née en Argentine s’est aussi exprimée avec force. Son opposition au mariage pour tous et à l’avortement légal rappellent pourquoi il est essentiel de s’organiser de façon indépendante à l’Eglise catholique et aux secteurs réactionnaires de la classe politique péruvienne.

Loin d’un processus électoral démocratique et de projets qui visent à favoriser les intérêts de la population, cet événement était le résultat d’une campagne qui cherchait à semer la peur dans la population. Fujimori a basé sa campagne sur l’anticommunisme. Dans une interview, elle a souligné que le Pérou devrait éviter « l’installation d’un modèle communiste et expropriateur » pour éviter de devenir le Venezuela et un retour aux années de violence et de guerre.

L’élection de Pedro Castillo exprime qu’une brèche s’est ouverte dans la classe ouvrière péruvienne et dans ces aspirations démocratiques contre l’héritage des Fujimori et de la caste politique corrompue et aliénée aux intérêts des impérialistes dans la région. Cependant, seul un programme d’indépendance des impérialistes, de l’Église et des institutions peut ouvrir la voie à l’auto organisation de la classe ouvrière et des classes populaires pour en finir avec l’héritage fujimoriste, afin de poser la perspective d’une véritable Assemblée constituante libre et souveraine.




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