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Pendant que l’hôpital public s’écroule, Macron annonce 15 milliards d’euros pour la police

Alors que la reprise épidémique sature des hôpitaux déjà en grande difficulté, Macron s'est rendu à Nice pour présenter un plan sécuritaire. Au total, ce sont 15 milliards d'euros de cadeaux à la police qu'entend assurer Macron s'il est réélu. Un projet ultra-réactionnaire qui sonne par ailleurs comme un véritable crachat au visage des soignants épuisés par le manque de moyens.

lundi 10 janvier

Crédits photo : AFP

15 milliards pour la police : Macron décline son agenda sécuritaire pour l’après-2022 en pleine crise sanitaire

Ce lundi 10 décembre, Emmanuel Macron s’est rendu à Nice dans le Sud de la France. Un voyage aux allures de déplacement de campagne pour présenter ses plans sur le terrain sécuritaire pour les prochains mois. En visite à l’ancien hopital niçois Saint-Roch, destiné à être transformé en « hôtel des polices », sorte de super-établissement « mutualisant » en son sein la police municipale, la gendarmerie ainsi que d’autres services corrélés, Macron a en effet présenté son projet de loi Lopmi, acronyme de « Loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur » pour la période 2022 – 2027. En pleine crise sanitaire et alors que l’hôpital souffre du sous-investissement structurel, la loi prévoit notamment un investissement de 15 milliards d’euros en 5 ans (soit 25% de plus que le budget actuel) pour la « sécurité » et fait partie de l’arsenal de promesses de campagne du président...

Au micro des journalistes, Macron a développé le contenu du plan ultra-sécuritaire en revendiquant son bilan : « nous avons ces cinq dernières années, conformément à l’engagement que j’avais pris, réinvesti dans notre sécurité ». Affirmant vouloir « mettre les moyens », il a ensuite développé le contenu de l’investissement massif qu’il entend assurer sur le terrain répressif. Une partie des 15 milliards devrait ainsi être investie dans une augmentation des effectifs de police pour atteindre l’objectif déjà annoncé de « doubler le nombre de policier sur le terrain d’ici 2030 ». Dans le même temps, la réorganisation des métiers de la répression aurait pour conséquence d’affecter « 3000 agents de plus sur la voie publique ».
Emmanuel Macron a ensuite présenté pêle-mêle diverses mesures, avec toujours la même logique : augmenter la répression. Outre la mise en place de brigades de gendarmerie en milieu rural qui auraient pour but de « rapprocher les forces de l’ordre de la population dans des territoires où l’empreinte des services publics est faible », Macron a annoncé la création d’une nouvelle « force d’action républicaine », destinée à chasser les commerces de stupéfiants des quartiers populaires. Sur ce terrain de la guerre contre la drogue, prétexte sécuritaire mobilisé par Darmanin depuis maintenant un an et demi pour intensifier le quadrillage des quartiers populaires, Macron a expliqué vouloir une généralisation des amendes forfaitaires pour les délits condamnés à moins d’un an de prison, visant notamment les personnes accusées de trafic de drogues.

Parce que le gouvernement sait instrumentaliser la question des droits des femmes pour son agenda sécuritaire, le projet de loi devrait aussi inclure l’augmentation à300 euros des amendes pour harcèlements de rue, qui serait considéré comme un délit par la police et la justice. Enfin, un milliard d’euros devrait être dédié au financement d’une école de formation de « cyber-patrouilleurs » à l’intérieur du ministère de l’intérieur.

En pleine crise sanitaire, Macron se soucie ainsi avant tout de préparer les prochains cadeaux aux policiers, qui ont déjà gâtés sous son quinquennat, en cas de réelection. Un projet ultra-sécuritaire de Macron qui apparaît autant comme un crachat au visage des soignants que comme une volonté de préparer les prochains affrontements de la lutte de classes et de se positionner sur le terrain régalien pour 2022. Sur ce plan, la volonté de contrer la droite et l’extrême-droite a joué à plein.

Pécresse, Ciotti : Macron cherche à contrer la droite

Alors que les Républicains cherchent à tacler Macron sur le terrain régalien et de se présenter comme les plus conséquents sur ce plan, à l’image de la sortie de Valérie Pécresse sur le Kärcher, l’enjeu pour Macron était également de contrer la droite.

En ce sens, Eric Ciotti a, dès l’arrivée du président dans les Alpes Maritime, fait connaître son choix de ne pas se rendre à ce qu’il considère être un « meeting du candidat Macron » et un déplacement de campagne accueilli par les soutiens politiques de Monsieur Macron ». Dans un courrier publié sur son compte twitter, le député LR a cherché à attaquer Macron sur son volet sécuritaire, dénonçant l’absence de « reconquête républicaine » et l’incapacité de « restaurer l’ordre et la République dans les quartiers ».

Une surenchère réactionnaire à l’image d’une présidentielle marquée par les offensives sécuritaires et xénophobes. Un terrain que le macronisme a largement préparé, car si le Président-candidat surenchéri à quelques mois de l’élection, cela fait plusieurs années qu’il multiplie les cadeaux aux policiers et les mesures répressives. Mais si droite et LREM affichent leurs rivalités, force est de constater qu’ils partagent un constat : la nécessité de préparer des offensives sociales qui impliquent un nouveau renforcement de l’appareil policier. En clair, renforcer le bras armé de l’Etat et mettre tous les moyens nécessaires pour mater les futurs phénomènes sociaux et toute possibilité de révolte.




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