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Asie

Pénurie de médicaments, nouveau variant : l’épidémie en Chine fait craindre des répercussions mondiales

Possible pénurie de médicaments, peur d’un nouveau variant et crainte d’un nouveau choc des chaînes de valeur mondiales : la reprise du Covid en Chine fait craindre des répercussions au niveau mondial. Retour sur la fin des mesures de zéro-Covid dans le pays et leurs conséquences.

Irène Karalis

29 décembre 2022

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Crédits photo : AFP

Depuis plusieurs semaines, l’épidémie de Covid en Chine connaît une recrudescence spectaculaire. Si plus aucune donnée sanitaire n’est communiquée par les autorités de santé du pays, The Financial Times et Bloomberg estiment le nombre de personnes contaminées à 250 millions pendant les vingt premiers jours de décembre, soit 12,4 millions de personnes contaminées par jour. Le taux d’incidence aurait sûrement dépassé les 5 000 personnes infectées pour 100 000 personnes, soit 5 % de la population, et devrait atteindre les 9 % de la population lors du pic de l’épidémie. Les contaminations proviennent en majorité du sous-variant d’Omicron BF.7, déjà repéré en Belgique en mai dernier et qui s’est répandu dans de nombreux pays, dont la France. Le 17 octobre dernier, ce sous-variant représentait 10,78% des séquençages de la France.

En conséquence de cette nouvelle situation épidémique en Chine, la situation des hôpitaux, déjà fragiles avant la reprise épidémique, est désormais critique. Isabelle Qian, journaliste au New York Times, explique ainsi : « Le système médical chinois est déjà fragile même dans le meilleur des cas — les gens comptent sur les urgences des hôpitaux pour les soins les plus élémentaires. » Dans ce contexte, la reprise de l’épidémie met en danger la vie des travailleurs hospitaliers, et mi-décembre des médecins de l’hôpital universitaire du Sichuan, une province du Sud-Ouest du pays, ont dénoncé la mort de l’un de leurs collègues, mort à 23 ans en raison du surmenage causé par le débordement des hôpitaux et d’une infection au Covid. Pour la population, cette sortie brutale de la politique autoritaire du zéro-Covid appliquée pendant près de trois ans par le gouvernement signifiera la mort de milliers de travailleurs.

Dans la continuité de la nouvelle politique sanitaire du gouvernement, ce lundi, les autorités chinoises ont annoncé la fin de la quarantaine imposée aux voyageurs entrant dans le pays, permettant ainsi à la population de pouvoir recommencer à voyager massivement. En réponse, ce mardi, le Japon et l’Italie ont à nouveau instauré l’obligation de présenter un test négatif pour pouvoir entrer sur leur territoire. Mercredi soir, les États-Unis ont également annoncé l’obligation d’un test négatif pour entrer sur leur territoire à partir du 5 janvier. Dans le même temps, Emmanuel Macron a affirmé avoir « demandé au gouvernement des mesures adaptées de protection des Français » et le ministère de la Santé français a indiqué « suivre très attentivement l’évolution de la situation en Chine. ».

La Commission européenne, quant à elle, a convoqué ce jeudi une réunion pour « discuter [...] de possibles mesures pour une approche coordonnée des membres de l’Union Européenne. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a annoncé juger le dépistage des voyageurs provenant de Chine « injustifié », expliquant que les États membres de l’UE ont « des niveaux d’immunisation et de vaccination relativement élevés » et rappelant que les « variants circulant en Chine circulent déjà dans l’UE. »

De possibles répercussions au niveau mondial ?

Si la situation sanitaire en Chine inquiète autant, c’est qu’elle pourrait avoir des répercussions au niveau mondial. La première inquiétude se situe sur le plan épidémique, de nombreux scientifiques redoutant l’apparition d’un nouveau variant. Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines, défend ainsi auprès du Monde l’importance de séquencer les prélèvements positifs à l’arrivée des avions de Chine, expliquant qu’il est « important de surveiller les nouveaux variants et sous-variants qui arrivent afin de connaître leur contagiosité, leur sévérité et leur capacité d’évitement immunitaire ».

Concernant les possibilités d’émergence d’un nouveau variant, Bruno Lina, chercheur au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, est plus nuancé. Expliquant auprès des Échos qu’un virus évolue et accouche de nouveaux variants pour pouvoir échapper aux anticorps, le chercheur rappelle que moins de la moitié de la population âgée de la Chine étant totalement vaccinée et que la population chinoise n’ayant pas fait face à de grande vague épidémique depuis le début de la pandémie, cette dernière ne possède pas massivement d’anticorps. Il conclut ainsi : « L’hypothèse la plus probable est qu’en Chine, le virus ne connaîtra pas d’évolution significative à court terme. Je ne m’attends pas à ce qu’un nouveau variant sorte de nulle part d’ici trois semaines. » Rappelant également que les variants deviennent plus contagieux mais moins dangereux durant l’évolution du virus, il explique que « le retour à un virus très dangereux voire mortel comme en 2020, quand on connaît la virologie, on sait que ça n’arrivera pas. On va toujours vers un virus qui gagne en transmission et perd en virulence ».

La deuxième inquiétude concerne la possible pénurie de médicaments en Occident que pourrait engendrer la reprise épidémique en Chine. L’économiste Sophie Wieviorka explique ainsi auprès du Monde que « pour l’Europe, le risque se situe d’abord dans les médicaments. Des pénuries se profilent en Chine. Or, les approvisionnements européens dépendent beaucoup des usines pharmaceutiques chinoises ». Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, affirme de même auprès du Monde : « nous sommes inquiets sur les conséquences que le contexte chinois pourrait avoir sur le manque de médicaments mais aussi les masques et autres matériaux. » En effet, la France importe par exemple une grande partie de son paracétamol de Chine. L’arrêt de la production dans le pays pourrait dans ce contexte s’ajouter à des difficultés d’approvisionnement déjà présentes depuis le début de la pandémie en Europe et provoquer une pénurie de médicaments.

Enfin, la troisième inquiétude se situe sur le plan économique et l’impact que pourrait avoir la vague épidémique en Chine sur les chaînes de valeur mondiales. BYD, premier fabricant mondial de voitures électriques, rapporte ainsi que 20 à 30 % de ses ouvriers sont incapables de travailler et en quarantaine à domicile, provoquant une baisse de la production de 2 000 à 3 000 voitures par jour. Alors que l’économie chinoise était déjà en difficulté en raison des confinements successifs, elle devrait maintenant enregistrer une croissance du PIB autour de 3 % en 2022, soit les pires chiffres du pays depuis les années 1980. Mais certains économistes pensent que la fin des mesures zéro-Covid pourrait accélérer la reprise chinoise et Gary Ng, économiste chez Natixis, explique auprès du Monde : « Le changement de politique est douloureux à court terme, mais bénéfique à long terme pour l’économie chinoise ». Les prévisions estiment en ce sens déjà la croissance du PIB chinois à 4,9 % pour l’année prochaine.

Dans ce contexte, la fin des mesures de zéro-Covid est à double tranchant pour le gouvernement chinois, sur le plan national comme international. Sur le plan national, la reprise de l’économie se fera au prix de nombreuses morts et d’un débordement des hôpitaux, tandis que sur le plan international, la reprise du tourisme chinois et des échanges internationaux pourrait se faire aux dépens des chaînes de valeur mondiales et de l’approvisionnement en médicaments. Quoi qu’il en soit, si la fin de la politique de zéro-Covid a permis de mettre fin aux manifestations historiques dans la population, la crise politique du régime est loin d’être refermée définitivement.


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