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Coup d'Etat parlementaire

Pérou. Face aux mobilisations, la présidente putchiste annonce des élections pour 2024

Le coup d'État constitutionnel qui a destitué Pedro Castillo a déclenché une explosion de mobilisations sociales, durement réprimées par le gouvernement péruvien, mais qui ont contraint le gouvernement actuel de Dina Boluarte à annoncer des élections anticipées. Une mesure superficielle qui ne résout en rien la crise politique actuelle.

Carla Biguliak

12 décembre 2022

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Mercredi dernier, le président péruvien Pedro Castillo a été destitué et arrêté du fait d’accusations de corruption, et remplacé par son vice-présidente Dina Boluarte. Cette destitution fait suite à une tentative bonapartiste désespérée de Castillo, qui, se retrouvant dans l’incapacité de gouverner en raison du blocage institutionnel de l’opposition de droite, a décidé de dissoudre le parlement et de convoquer une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution.

Cependant, ce coup d’État parlementaire et institutionnel était déjà en préparation depuis le premier jour du gouvernement de Castillo. Sa manœuvre parlementaire n’a fait qu’offrir l’occasion parfaite à la droite pour le destituer. Ainsi, ce n’est pas la première mais la troisième tentative du Congrès péruvien de le démettre de ses fonctions en 16 mois de mandat. Preuve en est que le court gouvernement de Castillo a aussi été caractérisé par un harcèlement politique profond et permanent de la part des secteurs de droite du Congrès, et qu’au cours de son court mandat, il a été contraint de changer plus de 100 ministres et d’affronter des affaires judiciaires frauduleuses sans preuve consistante.

Cependant, face à tout cela, Castillo n’a jamais fait appel à la mobilisation des secteurs populaires, des travailleurs, des paysans et des communautés originaires pour mettre fin à ce harcèlement politique de la droite. Au contraire, il a cherché à satisfaire les pressions de la droite du Congrès, abandonnant ses promesses électorales.

Une mobilisation populaire sévèrement réprimée qui a forcé le gouvernement à avancer les élections

Mais la rue n’est pas restée silencieuse face à ce coup d’État institutionnel. Au fil des jours, les mobilisations rejetant les actions du parlement et de la nouvelle présidente se sont multipliées dans différentes régions. Parmi les secteurs les plus mobilisés on retrouve notamment les enseignants et plusieurs secteurs du mouvement ouvrier appelés à rejoindre la mobilisation par des directions syndicales poussées par leurs bases. Sans surprise, face à cette réaction des secteurs populaires de la population, le nouveau gouvernement de Dina Boluarte a répondu par une escalade répressive féroce qui a causé la mort de 3 personnes et a gazé, frappé et arrêté des manifestants.

Si Dina Boluarte tente ainsi de faire taire une partie de la population qui ne la reconnaît pas comme présidente et qui refuse la politique du Congrès, le fait est que la pression de la rue ne lui permet pas d’avancer comme elle le souhaiterait. Après l’annonce de nouvelles mobilisations cette semaine, qui comprendront des grèves nationales des paysans et des enseignants, l’actuelle et illégitime présidente du Pérou a annoncé l’avancement des élections générales à avril 2024.

Cela ne résout en rien la crise sociale et politique actuelle, et n’est rien d’autre qu’une mesure qui cherche à désamorcer la crise sociale et calmer la colère dans les rues. En effet, au même moment, Boluarte a annoncé l’état d’urgence pour les zones où les mobilisations étaient les plus fortes, révélant ainsi qu’elle continuera à réprimer dans les zones où l’on réclame encore son départ.

Contre la répression et le gouvernement illégitime de Dina Boluarte : Assemblée constituante libre et souveraine

Aujourd’hui, avec la prise de fonction de Dina Boluarte, la droite politique et les milieux d’affaires cherchent à redynamiser le régime politique afin de continuer à appliquer ses plans austéritaires contre les travailleurs. Cela a été clairement mis en évidence dans la composition du nouveau cabinet ministériel que Boluarte vient d’assermenter, qui est principalement composé de techniciens très proches des grandes puissances économiques, fondamentalement de la méga industrie minière.

C’est pourquoi le Courant Socialiste des Travailleurs - CST, organisation sœur révolutionnaire de Révolution Permanente, rejette le nouveau gouvernement de Dina Boluarte, dénonce l’emprisonnement de Castillo et exige sa libération immédiate.

Nos camarades condamnent également la répression policière contre les manifestants, appelant les travailleurs à rejoindre les mobilisations contre ce gouvernement illégitime, cherchant à développer des espaces d’auto-organisation ouvrière, paysanne et populaire à partir desquels lutter également pour la mise en place d’une Assemblée Constituante Libre et Souveraine comme solution politique à la crise actuelle.

Seule une Assemblée constituante libre et souveraine, née de la mobilisation sociale et portée par des espaces d’auto-organisation ouvrière, paysanne et populaire, permettra à la volonté du peuple de s’exprimer réellement et d’en finir avec la constitution et le régime hérité du fujimorisme instauré en 1993 qu’aucun gouvernement n’a modifié jusqu’à présent. Ses membres y seraient révocables selon la volonté de leurs électeurs, et recevraient le salaire d’un ouvrier qualifié, mettant ainsi fin aux privilèges des actuels congressistes et les empêchant de devenir une caste politique détachée de la grande majorité de la population.


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