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Pérou. Le Tribunal constitutionnel ordonne la libération de l’ancien dictateur A. Fujimori

Le Tribunal constitutionnel a ordonné la libération, jeudi 17 mars, de l’ancien dictateur Alberto Fujimori, après une grâce accordée en catimini par la droite en 2017. Face à la colère que provoque cette libération dans la rue, le gouvernement de gauche de Pedro Castillo a appelé au respect de cette décision.

lundi 21 mars 2022

Jeudi 17 mars, le Tribunal constitutionnel péruvien a réitéré son mépris pour les droits de l’Homme en ordonnant la libération de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), condamné en 2009 à vingt-cinq ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption.

Trois juges ont voté en faveur de cette décision contestée, qui prône l’impunité de ce génocidaire. Trois autres ont voté contre, tandis que le président de la Cour a tranché en faveur de la libération. Cette décision rétablit la grâce accordée en décembre 2017 par l’ex-président de droite Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018), qui avait généré des mobilisations massives de rejet dans le pays.

En effet, l’ancien dictateur était à ce jour en prison pour sa responsabilité dans les massacres de Barrios Altos et de La Cantuta en 1991 et 1992, par le groupe Colina, un escadron de la mort de l’armée péruvienne. Le premier a fait quinze morts dans le quartier de Barrios Altos à Lima le 3 novembre 1991. Le second, fait référence à l’enlèvement, la torture et le meurtre d’un professeur et de neuf étudiants de l’Université La Cantuta de Lima.

Mais au-delà de ces crimes terribles, l’ancien président, arrivé au pouvoir pour mater l’insurrection armée conduite par le Sentier Lumineux, est célèbre pour avoir appliqué son programme néolibéral par la répression militaire et policière. Il est également connu pour avoir mené une politique eugéniste en stérilisant de force des centaines de milliers d’indigènes dans les régions rurales du pays, des faits pour lesquels un procès doit s’ouvrir cette année. Sans parler de ses nombreuses affaires de corruption.

Le gouvernement de Castillo appelle au respect de cette décision

Une fois la mesure adoptée par le Tribunal constitutionnel, le ministre de la Santé Hernán Condori, proche de l’actuel président Pedro Castillo, a déclaré publiquement : « Nous vivons dans un pays démocratique et nous sommes très respectueux des instances finales. Si telle est la décision de la Cour constitutionnelle, nous devons la respecter ».

La veille, Condori lui-même, lors de son discours au Congrès, avait salué la performance du parlementaire fujimoriste Alejandro Aguinaga, lorsqu’il était à la tête du ministère de la Santé. « Vous et votre équipe, docteur, avez préparé un manuel de prévention du cancer du col de l’utérus pour le dépistage précoce en 2010. C’est une des bonnes choses, parmi tant d’autres, que vous avez faites lorsque vous étiez ministre de la Santé ». Or, Alejandro Aguinaga n’est autre que l’un des principaux responsables des stérilisations forcées survenues sous le gouvernement Fujimori.

Le président Pedro Castillo et son ministre des Affaires étrangères, Cesar Landa, ont tenté de se débarrasser de toute responsabilité dans la libération de Fujimori, en en appelant aux instances de justice internationale auxquelles le Pérou est rattaché. Cependant, si l’exécutif le voulait, il pourrait arrêter cette mesure injuste de la Cour constitutionnelle en émettant une résolution suprême dès que possible, comme cela s’est déjà produit d’autres cas de grâce contestés dans l’Histoire du Pérou.

Mais, comme l’a expliqué Pedro Castillo lui-même dans son dernier discours au Congrès de la République, la stabilité du gouvernement passe aujourd’hui par une alliance avec la droite, voire avec l’extrême droite, pour éviter une vacance de pouvoir présidentielle. Cette position de l’exécutif sera l’élément central qui définira son orientation sur l’épineuse question de la libération de Fujimori.

Jeudi, des milliers de personnes sont descendues dans les rues des grandes villes du pays notamment à Lima la capitale ou à Cuzco tandis que sur les réseaux sociaux cette décision a été dénoncée par les hashtags #indultoesinsulto (« la grâce est une insulte ») et « tous dans la rue ». Ces mobilisations montrent la voie afin d’empêcher la libération de l’ancien dictateur et génocidaire qui ne pourra être obtenu que par l’auto-organisation des travailleurs de la jeunesse et du peuple et non par des institutions qui demeurent sous la pression des tendances fujimoristes.



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